Comme tout événement d’ampleur, le coronavirus a créé de nouveaux clivages. Au fil de la crise, on a vu les prudents s’opposer aux «anti-masques», les adversaires de la chloroquine aux pro-Raoult, les partisans du confinement aux libertaires, les disciples de Pasteur aux «antivax»... Sur le papier il n’y a rien à redire : pas de société sans conflits. A fortiori, dans une démocratie, la peur de la maladie n’est pas censée créer un consensus sans faille.
Le problème vient plutôt de la forme que prennent ces conflits à une époque où les clivages politiques (entre la gauche et la droite, mais pas seulement) sont affaiblis au point de ne plus laisser de place qu’à des oppositions morales. On a beaucoup parlé des complotistes qui n’ont pas d’autre grille de lecture que l’alternative entre le mal (le pouvoir) et le bien (la dissidence). En réponse, on leur oppose souvent une morale inversée certainement plus crédible, mais qui n’a aucune chance de les convaincre. La moralisation du conflit prend parfois d’autres formes qui ne sont pas moins caricaturales. C’est le cas du conflit générationnel dont la période, en l’occurrence si mal nommée, des «trêves» a donné un exemple spectaculaire en France.
D'un côté, il y a Mauricette, une dame de 78 ans, très aimable, pensionnaire d'un hôpital de Sevran et qui a accepté d'être la première Française à se faire vacciner. Lors de ses vœux, Emmanuel Macron a rendu hommage au «magnifique message d'espoir contre l'obscurantisme et le complotism




