Le bassin de Longwy, dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, a été le cœur bouillonnant de la sidérurgie française. Mais remonter aujourd’hui le fil de cette histoire prend la forme d’un jeu de pistes réservé aux initiés. Michel Olmi, ancien secrétaire de l’union CGT et soudeur à Unisor, accepte d’être notre guide. Les villes se suivent en enfilade : Réhon, Longwy, Longlaville. Et il y a comme des trous dans le paysage.
Pour comprendre, il faut descendre la route vers Herserange. Au bout d’une centaine de mètres, on tombe sur un imposant bâtiment Art déco en pierre. Sur la façade, on lit : «Société métallurgique de Senelle-Maubeuge.» Inutile d’essayer d’y entrer. Ces anciens grands bureaux, sauvés de justesse de la démolition en 1995 par une mobilisation des habitants, abritent depuis 2008 une résidence «standing» privée. Depuis le parking, il suffit de longer le garde-corps pour découvrir une vue qui agit comme une métaphore. Dans le creux de la vallée où se hissait l’usine de Senelle, un terrain de golf a été aménagé en 2011 autour de l’unique vestige industriel : un haut-fourneau rouillé, gisant couché depuis son dynamitage en 1991. Le projet de golf, privé, a coûté 15 millions d’euros d’argent public, soutenu par la mairie de l’époque. «On avait proposé avec un collectif un projet alternatif, un espace convivial pour tous avec un petit étang. Aucun habitant ne voulait de ce golf. Imaginez, sur un lieu de la classe ouvrière, de la lutte, où tant de v




