Camille Landais préside le Conseil d’analyse économique (CAE) depuis deux ans, organisme indépendant et néanmoins rattaché au Premier ministre. Alors que le contenu du projet de loi de finances pour 2025 sera présenté en conseil des ministres ce jeudi 10 octobre, le professeur d’économie à la London School of Economics revient sur l’état des finances publiques du pays, sur la difficile équation politique et plaide pour que la France se dote d’une contre-expertise sur les finances publiques.
Comment qualifiez-vous la situation budgétaire de la France ?
Je suis à la fois chagriné en tant que citoyen, et pas catastrophiste en tant qu’économiste. Le niveau de dette publique est élevé, mais il n’est pas ingérable. On ne se finance pas à des taux qui sont incroyablement trop élevés, et même si certains s’inquiètent des spreads [l’écart de taux d’emprunt à dix ans entre la France et d’autres pays, thermomètre de la confiance des investisseurs, ndlr], cela ne reste pas, pour l’instant, un problème majeur. Il est faux de dire que la France est au bord de la faillite. L’équation économique est assez simple : il n’y a pas nécessairement d’urgence, mais on voit bien qu’on accumule des déficits publics «primaires» (avant paiement des charges de la dette) élevés de manière systématique. Il fa




