A première vue, cela ressemble à un début de sevrage. Les dirigeants des 120 plus grandes sociétés cotées en bourse (SBF 120) ont vu leur rémunération totale légèrement baisser l’an dernier, en moyenne de 4 % par rapport à l’année précédente, et même de 9 % pour les patrons des 40 plus grandes entreprises (CAC 40), selon le rapport annuel de Proxinvest publié le 18 novembre. En 2023, les hausses respectives de ces mêmes rémunérations étaient de 2 % et 6 %.
Mais à première vue seulement. Il s’agit moins d’un assagissement que d’un tassement, indique ce cabinet. En effet, la rémunération médiane est, elle, en hausse de 8 % à 3,4 millions d’euros (la moitié des patrons du SBF 120 gagne moins, l’autre davantage) et celle pour le CAC 40 croît de 5 %, à 5,6 millions d’euros. Ce dernier montant est un record depuis la première publication de ce rapport il y a vingt-six ans.
Il n’y avait plus, en 2024, qu’un seul dirigeant au-dessus des 20 millions d’euros, en prenant en compte l’ensemble des éléments de la rémunération, de la part fixe aux jetons, en passant par les avantages en nature, les stock-options ou les actions gratuites. Il s’agit de Francesco Milleri, à la tête d’EssilorLuxottica, entreprise spécialisée dans les verres ophtalmiques, les montures optiques et autres lunettes de soleil. Sur ses 23,1 millions d’euros, 17,1 millions consistent en des actions. A la seconde place, figure Cyrille Bolloré, avec 15,7 millions d’euros de rémunération, dont 10 millions d’euros liés en grande partie à la cession de Bolloré Logistics. Viennent ensuite, avec 15,5 millions d’euros, Pascal Daloz (DassaultSystèmes), avec 10,6 millions d’euros Patrick Pouyanné (TotalEnergies) et avec 10,1 millions d’euros Gilles Gobin (Rubis). Toujours dans le SBF 120, à l’autre extrémité, «ils ne sont que quatre dirigeants à avoir des rémunérations inférieures ou égales à 500 000 euros» en 2024.
Au chapitre «cohésion sociale» du rapport Proxinvest, il est constaté que sur la décennie 2014-2024, la rémunération moyenne des dirigeants augmente 1,4 fois plus rapidement que celle des salariés. Avec une rémunération moyenne de 6,49 millions d’euros, un patron du CAC 40 gagne en 2024 82 fois la rémunération moyenne des salariés du CAC 40. 150 fois le salaire brut moyen des Français. 275 smic (en base 39 heures).




