L’heure n’est pas à l’apaisement entre LVMH et les rédactions des éditions Croque Futur, qui regroupe Challenges, Sciences et Avenir et la Recherche. A peine un mois et demi après leur rachat, le 30 décembre par le géant français du luxe, les salariés de ces trois magazines ont voté ce mardi 10 février une motion de censure contre leur nouvel actionnaire.
Un texte adopté par 109 personnes sur 129 votants - soit 85,4 % des voix – pour exprimer «leur colère et leur inquiétude suite à plusieurs décisions unilatérales prises par la direction de la société et l’actionnaire». Cette motion vise Michèle Benbunan, la représentante de LVMH – qui est aussi la nouvelle patronne du groupe Les Echos-Le Parisien également propriété du groupe de Bernard Arnault – Maurice Szafran, le président de Croque Futur, Thierry Massé le DG par interim, mais aussi LVMH.
Selon les salariés, leur nouveau propriétaire a réaffirmé son intention de «dénoncer la charte» du magazine économique Challenges, corédigée en 2013 entre la société des journalistes et l’ancien actionnaire majoritaire, l’homme d’affaires, Claude Perdriel. Ils estiment par ailleurs que LVMH entend «imposer un changement de la formulation de la ligne éditoriale» au titre. Autre motif de grief : le projet de «priver les membres de la société des journalistes de leur pouvoir d’approbation des futurs directeurs de la rédaction». Un levier puissant qui permet de protéger l’indépendance d’une rédaction. Les employés dénoncent enfin une clause de cession réduite à la portion congrue et déplorent l’absence de garanties sur l’emploi.
Chartes d’indépendance
Dès l’automne lors des négociations sur le rachat entre Claude Perdriel, 99 ans, et le groupe LVMH, les salariés avaient fait part de leurs craintes. Bernard Arnault ne faisant pas mystère, selon la Lettre, de son intention de faire évoluer le magazine économique tenant d’une ligne favorable à «l’économie sociale de marché» vers à une adhésion à «l’économie libérale de marché». Les rédactions de Challenges, Sciences et Avenir et la Recherche avaient demandé au milliardaire, sans succès selon elles, de signer leurs «chartes d’indépendance» sous leur forme actuelle.
L’ONG Reporters sans frontières et des syndicats de journalistes avaient saisi en décembre la justice administrative et l’Autorité de la concurrence pour examiner les conséquences du rachat de Challenges. Mais le Conseil d’Etat a rejeté le 30 décembre la première requête.
Avec ce rachat, LVMH a désormais dans sa besace l’essentiel des titres de la presse économique française. En juillet 2025, le milliardaire a racheté le quotidien libéral L’Opinion et l’Agence économique et financière (L’Agefi). Il détient également le Groupe Les Échos-Le Parisien, où l’on retrouve le seul quotidien économique et financier de référence, Les Échos, mais aussi l’hebdomadaire Investir ou le mensuel spécialisé en conseil patrimonial, Mieux vivre votre argent.




