Une mesure qui devrait faire tirer la grimace aux automobilistes, mais vertueuse sur le plan environnemental. Les prix des carburants à la pompe devraient augmenter de 4 à 6 centimes par litre dès le 1er janvier, selon les estimations avancées ce mercredi 26 novembre par l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Cette hausse proviendra de l’évolution du dispositif des «certificats d’économies d’énergie» (CEE), visant à réduire la consommation d’énergie en France. Soucieux de garder le cap du financement de la transition énergétique sans creuser davantage son budget, l’Etat se tourne vers cette machine à financer la décarbonation qui repose sur des fonds privés. Libé fait le point sur ce mécanisme complexe, et son évolution ambivalente.
Quel est le principe de ce dispositif ?
Ce dispositif (prononcé «C2E») a été créé en 2005 pour atteindre les objectifs climatiques de la France, et repose sur le principe du pollueur-payeur. Il oblige les fournisseurs d’énergie et vendeurs de carburants à financer des travaux ou des actions de réduction de la consommation d’énergie et d’amélioration de l’efficacité énergétique. Le but : économiser de l’énergie.
Par exemple, un professionnel accorde une prime à un ménage ou une entreprise pour remplacer une chaudière au fioul par une pompe à chaleur électrique ; en échange de quoi ce fournisseur obtient un CEE et échappe à des pénalités financières.
Plus de 200 types d’économies d’énergie sont aujourd’hui éligibles aux CEE, également accessibles aux copropriétés et aux entreprises qui souhaitent rénover énergétiquement un bâtiment, ou financer des équipements industriels ou agricoles.
Décryptage
Le volume de l’énergie à économiser est revu tous les quatre ans. A chaque fin de période, le professionnel doit justifier qu’il a atteint l’objectif de CEE fixé par l’Etat.
En parallèle, les fournisseurs d’énergie décident pour beaucoup de répercuter tout ou en partie ces obligations d’aides sur leurs factures, réglées par les particuliers comme les entreprises.
Combien d’argent ça représente ?
Ce mécanisme représente une manne de 4 à 6 milliards d’euros chaque année, qui est logée dans un fonds. Pour 2025, la somme devrait se situer autour de 6 milliards.
Mais le gouvernement a décidé de faire gonfler cette enveloppe en 2026. L’effort porté par les CEE devrait ainsi «augmenter globalement d’environ 27 %» et passer à plus de 8 milliards en 2026, a confirmé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
L’augmentation de ce fonds servira en particulier à financer le dispositif d’aides à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’ et à la mobilité électrique, pour le bonus écologique à l’achat d’un véhicule – revu à la hausse – et le leasing social.
Quelle incidence sur le prix à la pompe ?
L’Union française des industries pétrolières (Ufip) a publié ce mercredi le résultat de ses calculs prenant en compte les demandes d’augmentation des CEE contenus dans un récent décret du ministère de l’Economie : elle devrait les répercuter à la pompe à hauteur de «4 à 6 centimes» par litre de carburant.
Les 11 centimes que pèsent aujourd’hui ces CEE dans le prix du litre de carburant «devraient devenir 15 à 17 centimes, et ça, c’est dès le 1er janvier», puisque le dispositif s’applique sur «tous les volumes d’énergie vendus en 2026, donc dès le 1er janvier, les obligations vont augmenter de cet ordre de grandeur», a justifié Olivier Gantois, directeur de l’Ufip Energies et mobilités.
En sachant qu’à la différence du gaz et de l’électricité, le marché des carburants «n’est pas régulé», expose Olivier Gantois, et chaque distributeur décidera donc indépendamment des autres du niveau du prix qu’il pratiquera.
Comment réagissent les consommateurs ?
Côté conducteurs, cette hausse à venir est qualifiée d’«absolument incompréhensible dans le contexte actuel», fulmine Philippe Nozière, président de 40 millions d’automobilistes. Ce dernier pointe le pouvoir d’achat des Français en déclin. «On leur ajoute encore une taxe masquée, qui va rendre chaque trajet du quotidien plus coûteux», déplore Philippe Nozière. «Cinq ou six centimes en plus, par litre, c’est énorme pour des millions d’automobilistes qui n’ont aucune alternative à la voiture. On transforme à nouveau la mobilité en luxe.»
La hausse pourrait signer la fin de l’embellie pour les conducteurs, alors que les prix du carburant étaient au plus bas depuis quatre ans cet été. En juillet, le litre de gazole s’élevait à 1,62 euro et celui de sans-plomb 95 à 1,66 euro en moyenne, selon le site du ministère de la Transition Ecologique. Au vendredi 21 novembre, ce prix du litre de gazole s’élevait en moyenne à 1,697 euro le litre, celui du super SP95-E10 à 1,707 euro le litre, d’après le dernier relevé du ministère.
En outre, à la différence d’un impôt progressif suivant le revenu du contribuable, ce mécanisme s’applique à tous de façon égale. Or les plus modestes consacrent proportionnellement plus d’argent à leurs déplacements que les plus aisés.
Autre lecture : tout en renchérissant le prix d’un transport polluant, le gouvernement décide de mettre à contribution un dispositif privé pour augmenter les aides à la transition énergétique et à la mobilité décarbonée.
Quid des autres secteurs ?
Côté gaz, Engie a fait savoir que pour les clients de ses contrats Passerelle, «les prix seront révisés le 1er janvier 2026 pour intégrer ces évolutions réglementaires des CEE», ainsi que la création d’un dispositif pour soutenir le biogaz, avec une hausse moyenne «d’environ + 3,5 % du budget annuel» gaz de ces clients, sans modification du tarif d’abonnement.
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«Nous serons très vigilants à l’impact du dispositif sur l’évolution des prix en 2026», a précisé Bercy, soulignant que Matignon a demandé au ministre de l’Economie de travailler à des scénarios de baisse des prix de l’électricité pour les prochains mois. Celles-ci pourraient être de l’ordre de 10 %, a avancé le ministre chargé du Pouvoir d’achat, Serge Papin.




