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«Détruire un marché prend quelques secondes» : les tensions commerciales plombent les exportations de vins français

En 2025, les ventes de vins et de spiritueux français à l’étranger ont rechuté à leur niveau d’avant Covid, frappé par les tours de vis douaniers des Etats-Unis et de la Chine.

Les exportations de vins et spiritueux français ont enregistré une baisse de 8% en valeur, en 2025. (Philippe Lopez /AFP)
Publié le 10/02/2026 à 16h34

La série noire se poursuit. Après trois ans de recul, les ventes mondiales de vins, champagnes, cognac et autres alcools français se sont encore afaissées en 2025, avec 14,3 milliards d’euros en 2025, elles ont accusé une baisse de 8% en valeur par rapport 2024. S’il représente toujours le troisième excédent commercial de la France, après l’aéronautique et les cosmétiques, le secteur des vins et spiritueux peine à faire face à l’agressivité commerciale de Washington et Pékin.

Dans le détail, les exportations de vin français ont reculé de 3% à 121 millions de caisses, malgré une bonne tenue des effervescents (+3%). Les ventes de spiritueux ont elles baissé de 17% en valeur, à 3,7 milliards d’euros, et de 5% en volume, c’est-à-dire en nombre total de ventes réalisées.

Aux Etats-Unis, premier marché à l’international, les ventes sont «lourdement» affectées par l’instauration de droits de douane auxquels s’ajoute depuis un an un taux de change euro/dollar très défavorable, explique la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) : le repli en valeur est de 21%, soit 3 milliards d’euros, et de 9% en nombre de caisses. «Les principales raisons, c’est effectivement la politique menée par le président Trump sur ses “tarifs” et quelque part une forme d’agressivité envers tous les pays», souligne Gabriel Picard, le président de l’organisme, qui met également en avant l’influence des taux de change. «15% de droits de douane et 10% de variation [des changes, NDLR], au total ça fait 25% de variation du prix, ce qui est énorme». «La grande question est “où en est-on? a-t-on touché le fond ?”», s’inquiète le patron de la FEVS.

«Un genou à terre»

Dans le même temps, les exportations vers la Chine ont marqué le pas, à 767 millions d’euros, soit un recul de 20%. Là encore, des taxes douanières appliquées par Pékin en rétorsion à des mesures européennes contre les voitures électriques chinoises ont pénalisé les ventes de cognac, armagnac et autres eaux-de-vie de vin. La riposte chinoise «nous a mis un genou à terre, on a perdu un quart du marché», a souligné Florent Morillon, de l’interprofession de cognac, qui retrouve son niveau de 2010. Et l’accord trouvé in fine entre la Chine et plusieurs entreprises à l’été 2025 n’est «pas satisfaisant», car plusieurs PME subissent encore des droits de douane à 32%, explique-t-il.

En 2025, le marché à l’export des vins et spiritueux français est ainsi ramené à son niveau d’avant Covid. Mais le bilan du secteur reflète aussi une érosion lente et structurelle des volumes vendus sur tous les marchés traditionnels, y compris la France, sous l’effet principal des changements de modes de consommation, souligne la FEVS. «Pendant les années Covid, on a eu une explosion en valeur mais les volumes n’ont jamais suivi», relève le président de la fédération.

Miser sur l’Europe

Dans ce contexte, le filière des alcools en France, qui comprend 5 400 entreprises et porte 600 000 emplois directs ou indirects, appelle les pouvoirs publics à «la mise en œuvre des accords commerciaux négociés par l’Union européenne, porteurs de perspectives de développement importantes pour nos filières». Avec en tête, l’accord signé entre Bruxelles et quatre pays du Mercosur. «La souveraineté n’est pas la fermeture», plaide Gabriel Picard, alors que Paris s’est opposé à la ratification du traité, aujourd’hui renvoyé par le Parlement européen devant la Cour européenne de justice.

Quant à l’accord UE-Inde, qui réduit les droits sur les alcools européens, «c’est un bon signal» même si «la route est longue» avant que ce marché puisse se déployer, ajoute le vigneron bourguignon. «Détruire un marché prend quelques secondes, on l’a vu avec le cognac en Chine, mais le construire prend des années.» Et le représentant de la filière d’inciter Bruxelles à en faire davantage : «Les tensions géopolitiques ne vont pas s’arrêter demain. L’Europe doit être organisée pour cela et notamment soutenir les filières qu’elle expose à des rétorsions.»

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