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Sous-traitance

Du «made in Italy» dans de «graves conditions d’exploitation» : treize marques de luxe à leur tour épinglées par la justice

Gucci, Versace ou encore Yves Saint Laurent sont dans le viseur d’un procureur de Milan pour avoir fait fabriquer des sacs, portefeuilles et vêtements dans des ateliers exploitant «de la main-d’œuvre chinoise».

Dans un atelier de Prada, à Scandicci, en Italie, le 28 novembre. (Gregorio Borgia/AP)
Publié le 04/12/2025 à 20h14

Après Loro Piana, Dior (deux marques de LVMH), Armani et Valentino, déjà épinglés ces derniers mois, treize nouveaux grands noms du luxe comme Gucci, Versace ou Yves Saint Laurent sont soupçonnés d’avoir fait appel en Italie à des sous-traitants qui exploitaient des ouvriers chinois sous-payés.

Dans une requête consultée jeudi par l’AFP, Paolo Storari, substitut du procureur à Milan, a indiqué avoir trouvé des sacs, portefeuilles ou vêtements de ces différentes marques au cours de perquisitions dans des ateliers italiens employant «de la main-d’œuvre chinoise dans de graves conditions d’exploitation».

Salaires de misère

La procédure révélée ce jeudi concerne des marques du groupe français Kering (Gucci, Yves Saint Laurent et Alexander McQueen), Givenchy (LVMH), mais aussi Prada et sa nouvelle acquisition Versace, ainsi que Ferragamo, Pinko, Dolce & Gabbana, Missoni, Off-White, le maroquinier Coccinelle, sans oublier le géant du sport Adidas. Il s’agit de la plus grande extension à ce jour d’une enquête lancée l’année dernière dans le secteur du luxe, qui a notamment révélé des violations en matière de salaires et d’heures de travail, des manquements à la sécurité et des logements insalubres pour les travailleurs. Le substitut du procureur de Milan demande aux marques, qui restent présumées innocentes, de fournir rapidement des documents sur leurs chaînes d’approvisionnement, et des audits internes.

D’autres grands noms ont déjà été épinglés par la justice italienne dans des affaires similaires : Dior, deuxième marque de LVMH, les maroquiniers Tod’s et Alviero Martini, Valentino Bags Lab ainsi qu’une filiale d’Armani et le spécialiste du cachemire Loro Piana. Ces entreprises, à l’exception de Tod’s, ont été placées sous le régime d’administration judiciaire, une procédure de surveillance. Un phénomène dont Libération s’était fait l’écho à sa une, le 19 août dernier.

Salaires de misère, ouvriers dormant dans des ateliers clandestins : les enquêtes menées par le parquet de Milan ont révélé un grave manque de supervision des chaînes d’approvisionnement. En septembre, une enquête du média anglais Business of Fashion rapportait que dans deux usines, des personnes sous-payées, parfois sans papiers, fabriquaient des sacs pour Armani et Dior pour respectivement 75 euros et 53 euros pièce. Des sacs vendus en boutique par Dior pour 2 600 euros. Loro Piana, elle, était soupçonnée de faire produire des cachemires entre 80 et 100 euros la pièce et de les revendre de vingt à trente fois plus cher dans ses prestigieuses boutiques.

Contrôles insuffisants

En Italie, les marques de luxe sous-traitent en général leur production à des fournisseurs, qui à leur tour sous-traitent à d’autres, dans un contexte de marges de plus en plus serrées et de contrôles insuffisants ou inexistants. Mais selon la loi italienne, les entreprises peuvent être tenues responsables des infractions commises par des fournisseurs agréés.

Certains activistes et associations, qui dénoncent un système généralisé, accusent les grandes marques de luxe occidentales d’avoir importé les conditions de travail des usines de Chine, du Bangladesh ou du Pakistan pour garder le précieux label «Made in Italy».

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