Un front uni, ou presque. Alors que pas moins de douze fédérations professionnelles de commerce, une soixantaine d’associations d’entreprises et une centaine d’enseignes ont annoncé la semaine dernière attaquer Shein en justice pour «concurrence déloyale», Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique du leader français des supermarchés E.Leclerc, a exprimé ce lundi 24 novembre son désaccord avec l’initiative.
Parmi les plaignantes, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), à laquelle appartient Leclerc. L’objectif annoncé est d’attaquer Shein en justice afin d’obtenir «réparation des préjudices» imputés au géant asiatique de l’e-commerce, basé à Singapour.
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«A titre personnel, je trouve ça con au moment où Carrefour est en Chine, Galeries Lafayette est en Chine», a assené le grand patron sur RTL, avant d’enchaîner : «Tous les commerçants des grandes marques de Bernard Arnault, de [François-Henri] Pinault sont en Chine. Les galeries d’art sont en Chine.»
«Le bal des aveugles»
Michel-Edouard Leclerc a également dénoncé ce qu’il appelle «les postures» de certains parlementaires, au lendemain d’un texte de 80 députés, publié dans la Tribune Dimanche, réclamant «l’interdiction de Shein sur le territoire français» pour «protéger les travailleurs, la santé publique et la planète».
«C’est vouloir interdire quelque chose qui existe depuis quatre ans déjà, contre lequel on n’a rien fait, pour lequel on n’a rien vu, et tout d’un coup, tout le monde se met pour passer à la télé dans le groupe qui va porter plainte», a-t-il fustigé.
«C’est le bal des aveugles. Ce qui nous arrive aujourd’hui dans la mutation du monde, c’est que d’autres pays prennent le lead dans les opérations commerciales», a-t-il ajouté, précisant qu’«on peut faire des procès à des entreprises dont on ne veut pas, mais ils vont nous retaper dans leur pays et on n’exportera pas».
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Michel-Edouard Leclerc considère le géant chinois comme un concurrent comme les autres, auprès duquel il a «bien sûr» déjà passé commande, affirmait-il sur le plateau de BFM TV le 16 novembre. Ce que le multimillionnaire décrit comme «un principe» qui lui a «permis d’apprendre vite» : «Je suis client des autres, je vais chez mes concurrents», a-t-il martelé.
Et peu importe si le concurrent en question «est rentré par effraction sur le marché, sans respecter le droit de la consommation, le droit environnemental, le droit fiscal, le droit douanier, le respect des données personnelles», énumérait le 19 novembre pour Libération Me Cédric Dubucq, avocat des sociétés qui attaquent Shein en justice. La première audience, de mise en état, aura lieu le 12 janvier 2026 devant le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence.




