Les fêtes de fin d’année auraient pu être préservées des ravages de la plateforme asiatique d’ultra-fast fashion Shein. Mais le tribunal judiciaire de Paris a retoqué, vendredi 19 décembre, la demande de suspension du géant chinois pour au moins trois mois, formulée par le gouvernement français. Ce dernier a annoncé faire appel de la décision dans les prochains jours, «convaincu du risque systémique du modèle lié à Shein».
Cette procédure faisait suite au signalement fin octobre de produits interdits, en vente sur la marketplace du site : des poupées sexuelles à l’apparence enfantine, des armes blanches (poings américains et machettes) et des médicaments amincissants.
A l’audience, Shein avait assuré avoir suspendu «de sa propre initiative», le 5 novembre, sa marketplace qui accueille les vendeurs tiers et la vente de produits hors habillement sur son site. Interrogés par le président du tribunal sur la date de réouverture de la marketplace – encore fermée actuellement –, les avocats de la plateforme avaient entretenu le flou : le temps de «faire un audit complet» et de corriger les «failles» du site.
Filtre d’âge
La justice a demandé à l’entreprise d’instaurer un filtre d’âge efficace sur la catégorie «produits adultes», pour l’heure fermée au niveau mondial, avant de rétablir la vente de «produits sexuels pouvant caractériser un contenu à caractère pornographique».
En guise de lot de consolation, l’Etat avait «a minima» demandé le maintien de la suspension de la marketplace et des ventes des produits non vestimentaires. Il n’aura pas non plus obtenu satisfaction.
Une telle décision était attendue après que le ministère public a estimé lors de l’audience que le blocage total du site était disproportionné. Si la représentante du parquet avait insisté sur le fait que le dommage actuel avait cessé, elle avait malgré tout invité le tribunal à «prévenir un dommage futur».
Une justification reprise par le tribunal pour motiver sa décision : malgré l’existence d’un «dommage grave à l’ordre public», il a considéré que ces ventes étaient «ponctuelles» et que la plateforme s’était mise en règle, rendant tout blocage total «disproportionné». Pour le tribunal, la mise en vente de produits interdits n’était pas «récurrente et massive» et la réaction de la plateforme a été «rigoureuse et rapide».
«Un long combat»
Shein, qui se dit par la voix de ses conseils victime «d’une cabale» politique et médiatique, n’a pas fini pour autant de fouler le parquet des salles d’audience. Au même titre que les plateformes AliExpress, Temu, Wish et eBay, la plateforme dirigée par Donald Tang fait l’objet d’une enquête pénale ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Office des mineurs.
Le gouvernement s’est lancé dans «un long combat» contre les géants de l’e-commerce, d’après les mots du ministre du Commerce, Serge Papin, mercredi 17 décembre, à l’Assemblée nationale. Un combat qui se joue également à l’échelle européenne : la France réclame des sanctions de la part de la Commission.
Mis à jour à 15h26 avec des précisions sur le verdict.
Mis à jour à 18h54 avec la réaction du gouvernement.




