L’histoire serait-elle trop belle pour être vraie ? La publicité d’Intermarché, où un loup repenti prépare une table quasi-végétarienne aux animaux de la forêt pour célébrer les fêtes – un spot qui a fait le tour du monde et gagné 600 000 millions de vues en quelques jours – est accusée de s’être largement inspirée d’un livre pour enfants. Celui de Thierry Dedieu, Un noël pour le loup, publié en 2017 aux éditions du Seuil.
Interview
«Il y a une semaine, j’ai vu la publicité à la télé, je l’ai trouvée très bien, et puis je me suis dit : mais ce livre, tu l’as écrit !» raconte Thierry Dedieu à Télérama. «C’est exactement mon livre, sauf que dans mon histoire tout ne finit pas bien, je n’ai pas d’annonceur pour m’y obliger», tacle l’auteur.
«Remonté comme une pendule»
Un loup mal-aimé pris de remords qui tente de se racheter en cuisinant de délicieux légumes pour Noël, un banquet gargantuesque, des paysages enneigés et des animaux méfiants… Tout y est ou presque. Si dans la publicité du géant de la distribution, le loup est finalement accepté par l’écureuil, le lapin, le hérisson, le mouton et le castor, qui se délectent des plats préparés par le prédateur, le conte illustré ne se termine pas par un happy ending. «Je suis auteur de livres pour enfants avec une certaine éthique, et on ne se rachète pas une réputation avec une tarte aux poireaux. Chez moi, à la fin, personne ne vient au dîner, le loup reste seul à la table et il se dit qu’il fera une nouvelle tentative l’année suivante», précise Thierry Dedieu.
Pour l’auteur, non seulement l’histoire est la même, mais les plans du film d’animation ressemblent «de façon troublante» à son album, rapporte Télérama. «Il y a des plans de mon livre qui se retrouvent dans le film», décrit également ce dernier auprès de la Dépêche, documents à l’appui. «La grande table au milieu de la forêt, les bougies, le poisson, la tarte aux noisettes, les animaux qui se cachent pour l’observer… A la rigueur, ils auraient pu lui faire faire un pique-nique pour changer !» détaille encore Thierry Dedieu, qui ne croit pas au hasard et se dit «remonté comme une pendule». «Je n’ai pas envie de me laisser faire, ce n’est pas possible», assure-t-il. Pour clôturer l’affaire, il contacte Intermarché et leur propose de faire un prochain film ensemble, sans succès. «Même si c’est David contre Goliath, même si j’ai mes petits bras face à des gens importants, je me suis dit que j’allais quand même le dire.»
Archétypes de Noël
De son côté, l’agence Romance, à l’origine de la commande du film auprès du studio d’animation montpelliérain Illogic, se défend de tout plagiat. «La saga avec Intermarché («on a tous une bonne raison de bien manger») existe depuis sept ans. A chaque opus, une dizaine de personnes, plus ou moins bienveillantes, s’autoproclament auteurs de l’histoire originale, affirme Christophe Lichtenstein, président de l’agence et contacté par Télérama. Nous avons décidé de ne plus traiter ces cas infondés. Ici, nous sommes dans ce qui définit légalement le libre parcours créatif.»
Christophe Lichtenstein assure aussi que la publicité reprend simplement des «archétypes de Noël universels» et «déjà présents depuis longtemps dans la magie des contes de Noël». «Si on avait dû lire les trois mille bouquins qui parlent de Noël, on ne s’en sortirait pas, ajoute-t-il. Par ailleurs, les styles sont incomparables graphiquement.» De son côté, Thierry Dedieu a demandé que soit apposé un bandeau rouge sur la couverture de son album : «Le livre qui a “inspiré” la pub (?)» Et a contacté ses avocats.




