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Sanctions

Après l’amende géante de l’UE, Google propose des engagements pour éviter une scission

Condamné par Bruxelles à payer 2,95 milliards d’euros pour abus de position dominante, le groupe promet des «changements immédiats». L’entreprise est encore en procès pour des faits similaires aux Etats-Unis.

Maison Google au salon CES à Las Vegas (Etats Unis), le 10 janvier 2024. (Steve Marcus/REUTERS)
Publié le 14/11/2025 à 9h34

Google toujours pas prêt à renoncer à son monopole. Après s’être vue infliger une amende de près de trois milliards d’euros par l’Union Européenne en septembre pour abus de position dominante, l’entreprise a proposé ce vendredi 14 novembre à Bruxelles des mesures visant à éviter une scission de ses activités dans la publicité en ligne.

Dans ce dossier dit «Google Adtech», le groupe américain avait jusqu’à cette semaine pour proposer des mesures permettant de mettre un terme définitif à des atteintes à la concurrence, qui lui ont valu d’être sanctionné à hauteur de 2,95 milliards d’euros.

Le géant de la tech est dans le collimateur de Bruxelles en raison de ses agissements présumés dans plusieurs segments du secteur de la publicité en ligne. Le groupe propose divers services qui jouent les intermédiaires entre les annonceurs et les sites web : AdX, plateforme dédiée à l’achat et la vente d’espaces publicitaires, DFP (DoubleClick for Publishers), service pour les sites et apps diffusant des publicités, et Google Ads-DV 360, outils destinés aux annonceurs. Or la Commission estime que DFP, Google Ads et DV 360 commettent des abus de position dominante, notamment en favorisant AdX par rapport aux plateformes rivales.

Pas de «scission disruptive»

L’Union européenne avait opté en septembre pour une amende de 2,95 milliards d’euros pour sanctionner le groupe, estimant qu’il avait abusé de sa position dominante dans la pub en ligne, mais sans aller jusqu’à lui ordonner une scission pure et simple. Cependant, la Commission n’avait pas exclu d’exiger une telle mesure si les engagements du groupe pour remédier aux atteintes à la concurrence ne lui convenaient pas, et avait donné 60 jours à Google pour lui faire des propositions.

Google conteste toujours la décision de l’UE, contre laquelle il entend faire appel. Comme elle l’a toujours fait jusqu’ici, l’entreprise a écarté la solution la plus radicale pour rétablir les conditions d’une concurrence loyale : la vente de tout ou partie des activités en cause, qui auraient entraîné de fait une scission du groupe.

«Notre proposition répond pleinement à la décision de la Commission, sans avoir recours à une scission disruptive, qui porterait atteinte aux milliers d’annonceurs et diffuseurs de publicités qui utilisent les outils de Google pour développer leur activité», a assuré un porte-parole du groupe américain.

Cela mêle des changements «immédiats» pour mettre un terme aux pratiques sanctionnées, et des «mesures importantes» contre les conflits d’intérêts allégués par Bruxelles, précise le groupe.

Une procédure parmi d’autres

La balle est désormais dans le camp de Bruxelles. «Nous allons analyser les mesures proposées par Google, pour vérifier si elles pourraient mettre fin aux pratiques dénoncées et aux conflits d’intérêts inhérents à ses activités», déclare une porte-parole de la Commission.

Donald Trump s’en était pris à l’UE pour l’amende infligée en septembre, qu’il avait qualifiée d’«injuste». Le groupe fait pourtant face aux mêmes accusations d’abus de position dominante de la part du gouvernement américain, lors d’un procès qui se déroule en ce moment aux Etats-Unis.

Au cours d’une audience fin septembre devant une cour fédérale de Virginie, Google a proposé de changer ses pratiques commerciales, sans évoquer là aussi une cession qu’il considère comme trop radicale. Les plaidoiries finales sont prévues lundi, et le jugement dans ce procès américain est attendu dans les semaines ou les mois qui viennent.

Dans une autre affaire antitrust retentissante, le groupe a déjà échappé cette année à une scission de son navigateur Chrome, qui était pourtant réclamée par le gouvernement américain. Par ailleurs, la Commission a ouvert jeudi 13 novembre une nouvelle enquête contre Google dans un tout autre domaine, le soupçonnant cette fois de pénaliser certains sites d’information dans les résultats de son moteur de recherche, ce dont le groupe se défend.

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