Six semaines après l’Australie, dont les citoyens âgés de moins de seize ans n’ont plus accès aux réseaux sociaux depuis le 10 décembre, l’Assemblée nationale a adopté dans la nuit de lundi à mardi un amendement interdisant aux mineurs de moins de quinze ans d’utiliser les réseaux sociaux. Si le Sénat se prononçait à son tour favorablement sur le texte, à la mi-février, la France pourrait devenir le premier pays européen à mettre en place une telle mesure.
Malgré la complexité de mettre en place des restrictions effectives, les deux Etats pourraient-ils servir d’exemple pour d’autres pays ? Tour d’horizon des initiatives existantes à travers le monde.
L’Australie, pays pionnier
Le texte australien entré en vigueur fin 2025 instaure l’une des mesures les plus strictes au monde en démocratie, en obligeant les plateformes à s’assurer que les utilisateurs ont au moins 16 ans et à supprimer les comptes d’utilisateurs trop jeunes.
Facebook, Instagram, X, Threads, Snapchat, TikTok, ou encore Twitch et son concurrent australien Kick, se sont conformés à la nouvelle législation, sous peine d’amendes pouvant atteindre 28 millions d’euros. En vertu de cette nouvelle législation, Meta a annoncé, en même temps qu’il exhortait le pays à revenir sur sa réglementation, avoir supprimé 544 000 comptes d’utilisateurs de moins de 16 ans, dont 331 000 sur Instagram, et 173 000 sur Facebook.
Seul Reddit, un forum qui rassemble des milliers de forums, a lancé une action en justice contre la réglementation australienne, en s’y conformant malgré tout. La plateforme américaine met en avant la défense de la liberté d’expression et le fait qu’elle cible avant tout des adultes.
Les pays de l’UE tâtonnent
Le Parlement européen a adopté en novembre, à une large majorité, un rapport non contraignant qui interdit aux moins de 16 ans l’accès libre aux réseaux sociaux dans l’Union européenne. En attendant la mise en place de mesures communes, plusieurs pays réfléchissent à des initiatives nationales.
Le Danemark a annoncé en octobre 2025 un projet de loi pour interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Mais la mesure devrait être plus souple que celle adoptée lundi 26 janvier à l’Assemblée nationale : les parents pourraient choisir d’autoriser l’usage à leurs enfants à partir de 13 ans.
Débat
En Espagne, un projet de loi pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans est en cours d’examen. En avril 2025, les autorités roumaines ont évoqué une idée similaire. Les mineurs de moins de 16 ans devraient obtenir l’accord de leurs parents pour s’inscrire sur les plateformes et y seraient soumis à des filtres de contenus stricts.
Pression au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, la pression s’accroît sur le Premier ministre Keir Starmer après le vote mercredi par la chambre des Lords d’un amendement visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
Le gouvernement a fait savoir qu’il n’accepterait pas cet amendement, qui doit désormais être examiné à la Chambre des Communes, où le gouvernement dispose d’une large majorité. Mais celle-ci est divisée : plus de 60 députés travaillistes ont adressé dimanche 25 janvier une lettre à Keir Starmer, le pressant de mettre en place la mesure votée par les Lords.
Aux Etats-Unis, l’impasse
Alors que les réseaux sociaux ont prouvé de maintes fois leurs effets néfastes sur les enfants et jeunes adolescents sur le sol américain, la possibilité d’une restriction stricte et globale de leur usage y reste difficile à envisager.
Relevant de la bonne volonté de chaque Etat, et non de l’Etat fédéral, des tentatives émergent çà et là, mais manquent d’ambition et de soutien. Les mesures avancées par les autorités locales ne visent le plus souvent qu’à forcer les plateformes à mettre en place des filtres de contenus et des vérifications d’âge plus minutieux. Et se heurtent aux puissants lobbies de la tech, qui saisissent systématiquement la justice au nom de la défense de la liberté d’expression.
Dans l’Utah, Etat à forte majorité républicaine, les tribunaux avaient bloqué, en 2024, une première loi empêchant tous les mineurs d’utiliser des plateformes comme TikTok ou Snapchat sans l’accord de leurs parents, à la demande de l’association NetChoice, qui représente les entreprises d’Internet. Quelques mois plus tard, une seconde tentative de régulation, plus souple, a connu le même sort, toujours sous la pression du même lobbyiste.
En Corée du Sud, l’échec de la loi «Cendrillon»
En 2011, la Corée du Sud avait adopté une loi dite «Cendrillon» qui prévoyait de bloquer l’accès aux jeux en ligne aux moins de 16 ans de minuit à six heures du matin. Mais le gouvernement est revenu sur cette décision dix ans plus tard, en abrogeant le texte, de crainte que la réglementation ne porte atteinte aux droits des mineurs.
La loi a été remplacée par une autre, permettant aux parents ou aux enfants eux-mêmes d’imposer des restrictions. Un système auquel seuls 0,01 % des utilisateurs ont eu recours. D’autres tentatives de protection les mineurs des effets néfastes des écrans ont émergé, comme l’interdiction d’utiliser son téléphone portable dans les salles de classe, qui prendra effet dès mars 2026.
En Chine, un contrôle strict
L’interdiction d’accès aux réseaux sociaux aux plus jeunes - ou à toute autre catégorie de la population - pose moins de difficultés là où Internet est étroitement contrôlé par l’Etat. La Chine restreint ainsi l’accès des mineurs depuis 2021, exigeant l’identification via un document d’identité : les moins de 14 ans ne peuvent passer plus de 40 minutes par jour sur Douyin, la version chinoise de TikTok, et le temps hebdomadaire de jeu en ligne des enfants et adolescents est limité à trois heures.
Ces restrictions sont rendues possibles par un contrôle strict de l’âge des utilisateurs : l’accès requiert un numéro de téléphone valide, lié à un document d’identité. En cas de doute sur l’âge, une photo d’identité de l’usager peut être réclamée.




