Quatre ans avant la bulle de l’IA, on nous avait promis l’équivalent d’une soirée entre amis ou bien d’une virée à un concert. Une révolution sociale et culturelle, sans bouger de son canapé. Le tout grâce à la vision de Mark Zuckerberg et à la réalité augmentée. Au point de pousser le milliardaire à rebaptiser son «Facebook» en «Meta». Sauf que voilà, après le lancement du Metaverse en 2021, la mayonnaise virtuelle n’a pas pris.
Malgré la conviction, toujours présente chez le boss de Meta qu’un jour les gens travailleront et se divertiront dans des mondes virtuels, les résultats ne sont pas là. De quoi entraîner une sérieuse remise en question du modèle économique dédié à la réalité virtuelle. Selon le journal financier Bloomberg ce jeudi 4 décembre, la direction de Meta envisage des coupes budgétaires pouvant atteindre 30 % l’an prochain dans sa branche consacrée au Metaverse.
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En cause, des pertes qui n’en finissent pas. Si les innovations technologiques sont saluées, le gouffre financier est aussi remarqué. L’ensemble des activités de réalité augmentée et réalité virtuelle de Meta avaient été logées dans l’entité Reality Labs, créée en 2020. Depuis 2021, elle a dépensé 80,6 milliards de dollars, mais n’a enregistré qu’un chiffre d’affaires de 9,7 milliards, pour une perte d’environ 71 milliards.
L’entreprise de Menlo Park (Californie) entendait accélérer la fréquentation du métavers grâce à ses casques de réalité virtuelle Oculus, dont le premier modèle, le Rift, avait été lancé en 2016. Mais les ventes du Quest, le successeur du Rift mis sur le marché en 2019, ont déçu. Début 2023, un cadre de l’entreprise avait estimé le nombre d’exemplaires vendus à près de 20 millions, un chiffre à comparer aux trois milliards d’utilisateurs de Facebook. En avril, plus de 100 personnes qui travaillaient directement dans le département dédié à la création de dispositifs de réalité virtuelle ont été licenciées.
Face à cet échec, Zuckerberg l’a mise en sourdine. Il ne fait quasiment plus référence au Metaverse lors de ses prises de paroles en public, préférant se concentrer sur le couteux développement de l’intelligence artificielle, ou encore sur les produits matériels liés aux «expériences», telles que les lunettes connectées Ray-Ban de Meta.
L’action de Meta grimpe en flèche
Depuis son lancement, l’ensemble du projet de Métaverse suscite la controverse. Chez les organismes de surveillance, on critique les atteintes à la vie privée et notamment à la sécurité des enfants. Côté investisseurs, on décrit une stratégie qui cumule les pertes. En octobre 2023, Bank of America s’inquiétait d’ailleurs de l’enveloppe financière consacrée par Meta pour développer cette technologie, estimant que «le délai qui se profile en attendant d’enregistrer les premiers résultats des investissements» pouvait inquiéter sur les marchés financiers.
Avec ce revirement stratégique, l’image du groupe de la Silicon Valley continue d’en prendre un coup. Une réputation déjà écornée en 2014 avec le scandale Cambridge Analytica et la collecte abusive de données de près de 87 millions d’utilisateurs du réseau social Facebook. S’en est suivi le rôle majeur joué par l’entreprise dans le référendum pour le Brexit ou encore l’importance prise par les outils de Mark Zuckerberg dans l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2016.
Les investisseurs ne l’entendent toutefois pas de cette oreille, puisque comme souvent avec les annonces de réductions budgétaires, le cours de l’entreprise progresse fortement à la bourse de New York. A l’indice technologique Nasdaq, l’action de Meta prenait plus de 4 % ce jeudi dans le courant de l’après-midi.




