Un nouveau tour de vis des géants du numérique en faveur de l’administration Trump. Tandis que TikTok semble, depuis son passage sous pavillon américain, limiter la publication aux Etats-Unis de certains contenus critiques des méthodes du Président, Meta se lance à son tour dans la chasse aux contenus anti-ICE, la police de l’immigration dont les agents ont abattu Renee Good puis Alex Pretti à Minneapolis.
Selon le média en ligne Wired, les utilisateurs des réseaux de Mark Zuckerberg - Facebook, Instagram et Threads - ne peuvent plus, depuis plusieurs jours, partager le site ICE List, une plateforme collaborative visant à recenser des données sur le personnel du département de la Sécurité intérieure, dont dépend l’ICE. Lorsqu’ils tentent de publier un message contenant le lien du site, les internautes font face à un message d’erreur ou une mise en garde réglementaire, même en dehors des Etats-Unis.
Sur Threads, le post disparaît instantanément, sans plus d’informations, comme l’a constaté Libération. Sur Facebook, idem. Il est simplement écrit que le contenu «enfreint les standards de la communauté», qui «définissent ce qui est autorisé ou non» sur la plateforme. Le message est du même tonneau sur Instagram : «Nous restreignons certaines activités afin de protéger notre communauté.»
«Un homme assis derrière Trump à son investiture»
Sollicité par plusieurs médias anglophones, Meta a répondu que le site ICE List violait ses conditions d’utilisation, en «demandant ou relayant» des informations personnelles. Une pratique que le site de recension met en œuvre depuis plusieurs mois, sans pour autant avoir été censurée auparavant. Et que d’autres plateformes de surveillance de l’ICE revendiquent également, sans subir les mêmes sanctions.
«Ce n’est pas surprenant qu’une entreprise dirigée par un homme assis derrière Trump le jour de son investiture soit montée au créneau pour aider les agents de l’ICE à conserver leur anonymat», a réagi le fondateur du site, l’Irlandais Dominick Skinner, auprès de Wired. Mark Zuckerberg faisait parmi des heureux – et riches – élus à la Maison Blanche le 20 janvier 2025.
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Créée au début de l’été 2025 et hébergée en Europe, la page ICE List se donne pour objectif de maintenir la pression sur les forces anti-immigration du gouvernement américain, en réponse à leurs abus. Les centaines de bénévoles actifs peuvent y recenser des agents, des plaques d’immatriculation et des véhicules de l’ICE ou déclarer des incidents. Une équipe technique est ensuite chargée de vérifier, via des sources de données ouvertes, la véracité des informations.
D’autres menaces planent sur ICE List
Nourrie par la brutalité des forces de la police anti-immigration, la mobilisation en ligne a rapidement pris de l’ampleur et fini par inquiéter l’administration Trump. En juillet 2025, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a menacé toute personne participant au «doxing» – le fait de diffuser des éléments privés afin d’exposer une personne à des risques – de sévères poursuites, les qualifiant de «criminels».
Et d’autres menaces planent sur ICE List : à la mi-janvier, une cyberattaque, dont Dominick Skinner attribue la responsabilité à des hackeurs russes, avec de nombreuses adresses IP venues de ce pays, avait bloqué temporairement l’accès aux contenus du site. Quelques jours plus tôt, l’activiste numérique avait annoncé qu’il avait reçu de la part d’un lanceur d’alerte interne les informations de près de 4 500 agents du département de la Sécurité intérieure. Une fuite de données considérable, mais dont Wired a en réalité démontré qu’une grande partie des informations était déjà accessible à tous via LinkedIn.




