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Mettant à profit les troubles politiques aux Etats-Unis, Meta prévoit de doter ses lunettes connectées de la reconnaissance faciale

Le groupe de Mark Zuckerberg souhaite intégrer à son dispositif cette technologie décriée pour ses risques en matière de confidentialité, rapporte ce vendredi le «New York Times». Selon Meta, les associations hostiles au projet ont leur attention détournée par Trump.

Nouvelle génération de lunettes Meta conçues par Oakley au siège social de Meta à Londres, au Royaume-Uni, le 17 décembre 2025. (The Times /ABACA)
Publié le 13/02/2026 à 17h56

L’idée avait été mise au placard depuis plusieurs années. Trop de difficultés techniques, de considérations éthiques ou d’écueils liés à la confidentialité et à la sécurité des utilisateurs. En 2021, le groupe Meta, société mère de Facebook, renonce donc intégrer une technologie de reconnaissance faciale à ses lunettes connectées. Il faut «trouver le juste équilibre», dit le groupe. Malgré le débat sur la protection des données personnelles, le mastodonte américain n’avait pas pour autant totalement abandonné son projet, déjà en discussions depuis plus d’une décennie. Et le voilà de retour en 2026.

Selon un article du New York Times publié ce vendredi, Meta souhaite ajouter la reconnaissance facile à ses lunettes connectées qu’elle fabrique avec les Ray-Ban et Oakley. La sortie de ces nouvelles paires est prévue dès cette année, rapportent quatre personnes impliquées dans le projet, interrogées par le quotidien américain.

Car le temps presse : dans une note interne diffusée l’année dernière, et que le New York Times s’est procurée, le groupe souligne en effet que les troubles politiques actuels aux Etats-Unis permettraient de détourner l’attention lors de la sortie de ce produit. Comprendre : il faut tirer profit du chaos politique ambiant pour passer la loi sans entrave. «Nous allons nous lancer dans un contexte politique dynamique, alors que de nombreux groupes de la société civile susceptibles de nous attaquer concentreront leurs ressources sur d’autres préoccupations», indique le document publié par le «Reality Labs», la division de Meta qui travaille sur la production de ces lunettes intelligentes.

Identifier qui, quoi, comment ?

Avec cette fonctionnalité baptisée «Name Tag», les utilisateurs de lunettes connectées pourraient être en mesure d’identifier les personnes qu’ils croisent et obtenir de nombreuses informations à leur sujet via l’assistant IA du groupe, MetaAI. Mais le moindre badaud pourrait-il être identifié au simple coup d’œil ? Non, répondent deux personnes impliquées dans le projet au New York Times. Cette fonction ne permettrait pas d’identifier n’importe quelle personne, comme le ferait à l’inverse un outil de reconnaissance facial universel.

Concrètement, la technologie développée par Meta pourrait soit - le groupe étudie encore plusieurs options possibles - identifier des personnes avec lesquelles il est relié sur les plateformes Meta ; soit identifier des personnes détenant des comptes publics, sur Instagram par exemple.

Autre fonctionnalité de ces lunettes à «super détection» : rappeler des tâches à effectuer à leurs utilisateurs lorsqu’ils aperçoivent une ou un collègue.

Une technologie qui risque «d’être utilisée à mauvais escient»

Cette révélation concernant le projet du géant américain suscite déjà la crainte de plusieurs associations, qui, comme en 2021, pointent les limites d’un tel projet pour les données personnelles. «La technologie de reconnaissance faciale dans les rues américaines représente une menace particulièrement grave pour l’anonymat dont nous dépendons tous», a notamment déclaré Nathan Freed Wessler de l’Union américaine pour les libertés civiles, au quotidien américain. «Cette technologie est susceptible d’être utilisée à mauvais escient.»

L’utilisation par ICE, la police de l’immigration américaine décriée pour ses récentes exactions, de cette technologie de reconnaissance faciale dans les rues des Etats-Unis illustre notamment ce mauvais usage. Des élus démocrates ont ainsi récemment demandé au bras armé du régime de Donald Trump de cesser toute utilisation de cette technologie.

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