La dégringolade continue pour Ubisoft et cette fois-ci ce sont les salariés du siège de Saint-Mandé (Val-de-Marne) qui sont menacés. L’entreprise, porte-étendard de la conception française de jeu vidéo, compte bien réduire la voilure de ses effectifs dans l’hexagone. La direction d’Ubisoft a annoncé la nouvelle ce lundi 26 janvier, détaillant sa volonté de supprimer «jusqu’à 200 postes» uniquement au sein de son siège installé dans la banlieue nord de Paris. Près de 5 % de ses effectifs français sont concernés par cette vaste réorganisation qui vise à relancer l’entreprise en difficulté.
Après la fermeture de ses studios à l’étranger, notamment à San Francisco (Etats-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax, Ubisoft s’attaque à la France. Le numéro 1 français, qui compte environ 17 000 salariés dans le monde, dont près de 4 000 en France, s’est séparé de plus de 3 000 employés ces dernières années.
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La mesure énoncée ce lundi par la direction pourrait toucher jusqu’à 200 postes sur les 1 100 employés que compte le siège d’Ubisoft. Réservé aux salariés volontaires en CDI répondant à des critères définis avec les syndicats, ce dispositif prévoit un départ de l’entreprise assorti d’une indemnité, négociée entre la direction et les élus du personnel, et du maintien des droits au chômage.
«Ce n’est pas une solution que l’on trouve juste», dénoncent les salariés
C’est la première fois que le créateur de la franchise phare Assassin’s Creed propose un plan de départs de ce type en France, qui n’a pas à être justifié par un motif économique. Seuls les salariés du siège (dénommé «Ubisoft International») sous contrat français sont concernés par cette proposition, a précisé le groupe à l’AFP. La direction souligne au passage qu’«aucune décision ne sera définitive tant qu’un accord collectif n’aura pas été conclu avec les représentants du personnel et validé par les autorités françaises».
L’annonce n’a pas manqué de provoquer la colère des représentants des salariés. «Toute cette situation découle des choix stratégiques qui ont été faits par la direction. On considère que ce n’est pas aux salariés de payer pour ces choix», a commenté auprès de l’AFP un délégué syndical CGT au sein d’Ubisoft. «Ce n’est pas une solution que l’on trouve juste», a-t-il ajouté, appelant les salariés à se mobiliser.
Après des années d’errances au sortir de la crise de 2020 qui a vu sa tour de contrôle éditoriale (le service édito) décapitée par les scandales de harcèlement moral et sexuel, Ubisoft repense donc de fond en comble l’organisation de ses milliers de salariés répartis en dizaines de studios à travers le monde. La semaine dernière, l’éditeur français a présenté les contours de sa nouvelle organisation interne, répartie en plusieurs «maisons de créations».
Enquête
A partir d’avril, ces cinq structures réuniront par spécialité environ la moitié des studios d’Ubisoft, tandis que l’autre moitié servira de soutien aux différents projets. Les équipes technologiques, de production et marketing et de distribution seront mutualisées.
Ce remaniement s’accompagne d’un nouveau plan de réduction des coûts d’au moins 200 millions d’euros sur deux ans. Celui-ci s’ajoute aux 300 millions d’euros d’économies déjà réalisées depuis 2023.
Le cours de l’action Ubisoft en chute libre
En France, si les différents studios que compte le groupe à Paris, Bordeaux ou encore Annecy, ont été relativement épargnés jusque-là, le climat social pourrait encore se tendre : la direction a indiqué mercredi qu’elle souhaitait réduire drastiquement le télétravail.
La veille, Ubisoft avait annoncé l’annulation du développement de six titres, dont le très attendu remake de l’un de ses jeux phares, «Prince of Persia : Les sables du temps», au grand dam de nombreux fans qui ont appelé l’éditeur à revenir sur cette décision. Sept autres jeux ont été repoussés dans la foulée. En conséquence, Ubisoft prévoit désormais une perte opérationnelle d’un milliard d’euros pour l’exercice en cours, qui se clôt fin mars.
Si cette réorganisation interne a été froidement accueillie par les salariés, il en est de même sur les marchés financiers : Ubisoft a connu jeudi la plus forte baisse de son histoire. Alors qu’elle tournait autour de 85 euros en janvier 2021, l’action de la boîte ne vaut plus aujourd’hui qu’environ 4,5 euros, soit une chute de près de 95 % en cinq ans.




