Alors que l’inflation a atteint ces derniers mois des niveaux inconnus depuis quarante ans, que les associations d’aide alimentaire ne parviennent que difficilement à faire face à l’afflux des demandes, les surendettés sont de plus en plus nombreux. L’an dernier, 121 617 dossiers ont été déposés, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente, calcule la Banque de France dans un rapport annuel publié ce jeudi 8 février. Ce qui porte le nombre total de personnes concernées à 586 000 en métropole. Les incidents de crédit augmentent encore plus nettement, de 14 % par rapport à 2022.
Répartition inégale des dossiers dans la population
Si toutes les personnes pauvres ne sont pas surendettées et que toutes les personnes surendettées ne sont pas pauvres, le revenu médian des personnes ayant déposé un dossier est bien moindre que celui du reste de la population (avec 1 136 euros par mois contre 1 930 euros). Elles font souvent face à des situations de précarité, 69 % d’entre elles ont un niveau de vie inférieur au smic, et 58 % sont sous le seuil de pauvreté (à 60 % du revenu médian). 8 % d’entre elles ont même un niveau de vie inférieur au RSA, une «situation qui ne devrait pas se produire» en théorie, relève Hélène Arveiller, adjointe au directeur des services aux particuliers à la Banque de France.
Certaines catégories de la population sont aussi surreprésentées – certains individus rentrant dans plusieurs à la fois. Comme les familles monoparentales, principalement les mères célibataires, qui comptent pour 20 % des ménages surendettés alors qu’elles ne représentent qu’à peine 10 % des ménages dans la population. Les 25-64 ans, également, qui totalisent 83 % des dossiers. Ou encore les chômeurs, avec 25 % des dossiers, ainsi que les employés (30 % des cas contre 15 % dans la population) et les ouvriers (22 % contre 11 % dans la population). La répartition géographique des dossiers est particulièrement hétérogène, les départements qui enregistrent plus de 300 dossiers pour 100 000 habitants sont tous situés dans les Hauts-de-France, dans le centre de la France, et en périphérie de l’Ile-de-France.
«Phénomène de régularisation»
Le montant des dettes que ces personnes ont contractées varie grandement, de 500 euros à 30 millions d’euros, dans un dossier dans lequel les condamnations pénales se sont multipliées. L’endettement médian hors dettes immobilières est de 16 898 euros par dossier, totalisant 4,2 milliards d’euros. Les dettes à la consommation, que l’on retrouve dans 72 % des dossiers, prennent plus de poids, avec une progression de deux points l’an dernier, à 40 % de l’endettement total. En revanche, les dettes immobilières refluent, avec un encours en baisse de près de 10 % et une part dans l’endettement global de 27 %. La troisième catégorie, les dettes de charges courantes, incluant les impayés fiscaux, de loyers, alimentaires, de transports, se retrouvent dans trois quarts des dossiers mais porte sur des sommes moindres que les deux autres catégories.
Si les dossiers de surendettement sont de plus en plus nombreux, ils le sont moins qu’en 2019 (de 15 %), et beaucoup moins que dans les années qui avaient suivi la crise de 2008 : ils sont moitié moins qu’en 2014. Hélène Arveiller compare l’évolution du surendettement des ménages à celui observé sur les défaillances d’entreprises qui avaient nettement baissé pendant la pandémie : «Nous sommes dans un phénomène de régularisation après les années atypiques que nous avons vécues.» Elle explique l’absence d’explosion des cas par les différents filets de protection mis en place pour amortir le choc de l’inflation : «Les boucliers tarifaires ont sans doute joué leur rôle en 2023. Nous sommes attentifs pour l’année à venir.»




