C’est une inégalité qui ne passe pas. «Malgré des transformations sociales et économiques majeures sur les deux derniers siècles, l’inégalité de genre reste une caractéristique déterminante de l’économie mondiale», constate le dernier rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales, publié mardi 9 décembre. Les femmes font davantage d’études que par le passé, elles participent plus au marché du travail, elles occupent davantage de postes à responsabilité, et pourtant, les écarts entre les femmes et les hommes ne s’effacent pas. «Les inégalités de genre restent très importantes partout, même s’il y a eu des progrès dans certaines régions, comme l’Europe», remarque l’un des coordinateurs de l’étude, Ricardo Gómez-Carrera. Et l’accès des filles à la scolarisation, avec une parité presque totale atteinte au cours de ces vingt-cinq dernières années – «une grande avancée», disait cet été le Nobel d’économie Abhijit Banerjee dans Libération – est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour gommer les inégalités de genre.
Lire aussi
Les femmes travaillent plus que les hommes et gagnent moins qu’eux. En prenant en compte les tâches ménagères et les soins aux personnes dans la sphère privée, elles travaillent en moyenne plus longtemps que les hommes, 53 heures par semaine contre 43 heures en moyenne à l’échelle mondiale. Le déséquilibre apparaît dans toutes les régions. Le salaire que les femmes touchent pour leur travail rémunéré ne dépasse pas en moyenne 61 % du salaire horaire des hommes. Quand le travail non rémunéré est également inclus dans le calcul, elles n’en gagnent plus que 32 %. A l’échelle européenne, cet écart passe de 8 %, quand seul le travail rémunéré est considéré, à 43 % lorsque toutes les formes de travail le sont. Ce qui montre à quel point, souligne le rapport, l’approche conventionnelle des statistiques sous-estime la contribution des femmes.
Cette minimisation de l’apport des femmes n’est pas sans conséquence. «Ces responsabilités disproportionnées limitent les opportunités de carrière des femmes, restreignent leur participation à la vie politique et ralentissent leur accumulation de patrimoine», relèvent les auteurs du rapport, qui considèrent que «les économies qui sous-évaluent le travail de la moitié de leur population compromettent leur propre capacité de croissance et de résilience».




