Le constructeur automobile Renault va à son tour être gagné par «l’économie de guerre». La marque au losange a récemment confirmé que «la démarche se concrétisait» pour créer une filière française de fabrication de drones militaires, sous l’égide de la Direction générale de l’armement (DGA).
Le magazine Usine Nouvelle a écrit lundi que Renault allait fabriquer des drones militaires dans ses usines du Mans (Sarthe) et de Cléon (Seine-Maritime). Cela se ferait en collaboration avec l’entreprise de défense française Turgis Gaillard. Cette dernière, forte de 400 salariés, produit des systèmes de défense et a lancé récemment un drone de combat. Le contrat potentiel s’élèverait à un milliard d’euros sur dix ans. Selon Ouest-France, cette production démarrerait à la fin du premier semestre 2026, avec 50 à 100 salariés.
Début 2025, le directeur général pour l’armement, Emmanuel Chiva, avait expliqué que le ministère des Armées visait la fabrication de drones à une échelle de «plusieurs milliers en quelques mois».
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Le constructeur automobile avait été contacté l’an dernier par le ministère français des Armées, ainsi que par d’autres industriels, notamment pour fabriquer des drones. «Sollicité par le ministère des Armées français, Renault Group a été invité à mettre son expertise au service du développement d’une filière française de drones», a rappelé Renault lundi 19 janvier au soir dans un communiqué transmis à l’AFP. «Renault Group dispose en effet d’un savoir-faire recherché : concevoir, industrialiser et produire en grande série des objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais».
La marque au losange n’a en revanche pas commenté l’information de l’Usine Nouvelle sur les sites concernés, dans la Sarthe et en Seine-Maritime. «Nous ne pouvons confirmer les sites mentionnés dans les médias au regard de l’avancée du projet et pour respecter le processus de consultation des instances représentatives du personnel», a souligné le groupe à l’AFP.
«Partenariat complètement inédit»
En juin dernier, le ministre de la Défense d’alors, Sébastien Lecornu, avait évoqué «un partenariat complètement inédit où une grande entreprise produisant des voitures françaises» allait «s’allier avec une PME de défense française pour armer des lignes de production en Ukraine pour être capables de produire des drones».
Renault avait précisé à ses salariés en septembre qu’il n’avait pas pour objectif de devenir «un acteur majeur de la défense» et ne s’engagerait que si le projet avait «un impact positif sur l’activité» en France sans affecter sa capacité d’investissement dans son cœur de métier, l’automobile.
Reportage
En réponse, la CGT du Groupe Renault a réaffirmé mardi son «opposition au développement et à la fabrication de tout moyen industriel susceptible d’être utilisé, directement ou indirectement, à des fins militaires». «Si Renault devait se diversifier, cela ne saurait se faire au détriment de son éthique ni au prix d’une implication dans des logiques guerrières. Le cœur de métier de Renault, en tant que constructeur automobile, demeure avant tout la conception et la production de véhicules répondant aux besoins des populations», a martelé la CGT du groupe Renault dans un communiqué.
Le syndicat a également insisté sur le système de volontariat qui serait instauré dans ce cadre. «Nous demandons que des garanties soient apportées afin que les salariés refusant de travailler à la production de matériels à usage militaire puissent être réorientés vers d’autres projets ou activités du groupe, sans préjudice pour leur emploi, leur carrière ou leurs conditions de travail», réclame la CGT, qui avait déjà dit non à cette hypothèse en septembre.
La CGT s’inquiète par ailleurs «que ce projet puisse servir à compenser un manque d’activité sur certains sites industriels, comme ceux du Mans ou de Cléon, fragilisés par des choix stratégiques du groupe ayant conduit, ces dernières années, à des délocalisations».




