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Plan de reprise

L’entreprise Carmat en passe de retrouver un second souffle

L’unique offre de reprise du fabricant de cœur artificiel émane de ses deux actionnaires historiques. Elle passe néanmoins par un plan de licenciement et un retrait de la Bourse de Paris.

L'entreprise Carmat est basée à Bois-d'Arcy, dans les Yvelines. (Bertrand Guay/AFP)
Publié le 24/11/2025 à 19h43

Audience déterminante ce mardi 25 novembre au tribunal des affaires économiques de Versailles. Les magistrats vont examiner les offres de reprises de Carmat, l’unique fabricant français de cœurs artificiels. En proie à des difficultés économiques, l’entreprise est en redressement judiciaire depuis le 1er juillet. Elle accuse un passif de 50 millions d’euros. Pour l’essentiel, un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui ne sera pas remboursé.

A ce jour, et selon les informations de Libération, une seule offre de reprise devrait être examinée. Elle émane de Pierre Bastid et de la famille Ligresti, les deux actionnaires historiques de Carmat. Le premier émarge au 250e rang du classement des fortunes françaises établi par le magazine Challenges, avec un patrimoine évalué à 650 millions d’euros. Le second est constitué par les héritiers d’une famille qui a développé un réseau de 500 cliniques médicales avant de les revendre au groupe Ramsay Santé. Ensemble, ils proposent de remettre dans Carmat 30 millions d’euros sur les douze prochains mois, en attendant de trouver encore 120 millions d’euros sur les quatre prochaines années. Ce qui suppose vraisemblablement l’arrivée de nouveaux actionnaires à moyen terme.

Un cours passé de 120 euros à 9 centimes

En échange de ce nouvel apport de fonds, les dettes de l’entreprise seront, pour la plupart, effacées. Carmat et sa notoriété ont également attiré une série de «curieux», qui ont demandé à consulter les comptes de l’entreprise. Parmi eux, le fonds d’investissement Alpha Blue Ocean aurait manifesté un intérêt pour la reprise de Carmat. Cette entreprise domiciliée à Dubaï et dans les îles caribéennes des Bahamas, qui a financé des investisseurs dans le secteur de la défense, a la particularité d’avoir été lourdement sanctionnée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) en 2024 pour manipulation de cours de Bourse. La société a écopé d’une amende de 1 million d’euros et son dirigeant de 1,5 million. Ils ont décidé de faire appel. «Ce type d’intermédiaire, ce sont les soins palliatifs de la finance», juge un expert financier. Leur manifestation d’intérêt prévoirait de conserver une vingtaine de salariés seulement, sur un total de 135.

La reprise de Carmat ne se fera toutefois pas sans plan de licenciement. Une cinquantaine d’emplois devraient être supprimés dans l’offre de Pierre Bastid et la famille Ligresti. Les actionnaires individuels vont, eux, être rincés puisque Carmat, si cette solution est retenue, ne sera plus coté à la Bourse de Paris. Certes, ces dernières semaines, le titre ne s’échangeait pas à plus de 9 centimes, mais il dépassait les 120 euros il y a un an. Ceux qui ont investi à ce prix-là vont perdre l’intégralité de leur mise.

«Faire appel à des investisseurs de long terme»

Si Carmat réduit significativement la voilure, il ne devrait pas modifier sa stratégie. Son objectif demeure de commercialiser des cœurs artificiels pour des patients en attente d’une greffe cardiaque. A ce jour, 122 transplantations avec un cœur Carmat ont été réalisées et 19 patients vivent actuellement avec un implant de ce type, dont l’une des particularités est de s’adapter au rythme humain – il ralentit pendant les temps de repos et accélère durant les phases d’activité. Il doit cependant être rechargé toutes les six heures. Le prix de chaque prothèse – 200 000 euros – a sans doute été jusqu’à présent un obstacle au développement de l’entreprise. Chaque transplantation doit en effet être partiellement ou totalement prise en charge par le système d’assurance maladie de l’Etat dans lequel elle est réalisée.

Ces cœurs sont à l’image des finances de Carmat qui, depuis sa création en 2008, ont eu besoin d’injections régulières, pour un montant total de 500 millions d’euros. «C’est l’un des problèmes majeurs de cette entreprise. Elle est entièrement innovante et son financement ne peut reposer sur la Bourse mais doit faire appel à des investisseurs de long terme», analyse une source qui a examiné le dossier en détail.

Le tribunal des affaires économiques de Versailles devrait rendre sa décision d’ici une semaine. S’il choisit l’offre de deux actionnaires historiques, il rassurera au moins 19 personnes. Celles qui vivent actuellement avec un cœur Carmat et s’inquiétaient d’une fin d’activité possible comme un mauvais remake d’A bout de souffle.

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