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«Sa combativité morale me paraît intacte» : Boualem Sansal parle pour la première fois depuis sa libération ce dimanche sur France 2

Gracié le 12 novembre et de retour en France depuis mardi, l’écrivain franco-algérien de 81 ans fait sa première apparition à la télévision après son année en prison en Algérie ce soir au journal de 20 heures. Une prise de parole aux forts enjeux diplomatiques.

Boualem Sansal, le 24 avril 2024 à Strasbourg. (Roses Nicolas/Abaca)
Publié le 23/11/2025 à 10h27, mis à jour le 23/11/2025 à 13h12

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié le 12 novembre par l’Algérie après un an de prison, s’exprimera pour la première fois depuis sa libération dimanche soir dans le journal de 20 heures de France 2, a annoncé France Télévisions dans un communiqué.

«Après sa libération et son retour en France (mardi, ndlr), il accordera sa première interview à France Télévisions et répondra aux questions de Laurent Delahousse», a indiqué le groupe public. Son interview sur France 2 sera enregistrée avant le journal de 20h, selon France Télévisions. Une douzaine de minutes seront diffusées dans ce JT, puis une version plus longue passera à 21 h 30 sur France Info.

Incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal, Boualem Sansal, 81 ans, a retrouvé la liberté le 12 novembre. Il a été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement à une demande des autorités allemandes.

L’écrivain, qui était au cœur d’une crise diplomatique entre Alger et Paris, est rentré en France mardi, après avoir d’abord été transféré à Berlin pour des soins médicaux. Il a été reçu par Emmanuel Macron dès son retour, qui a été discret et s’est fait hors de la vue des médias.

Un plan médias encadré

Boualem Sansal «est conscient qu’il arrive dans un contexte profondément marqué par la difficulté de la relation franco-algérienne et que ce contexte pèse vraisemblablement sur son expression publique», a déclaré à l’AFP Arnaud Benedetti, fondateur de son comité de soutien, qui lui a parlé au téléphone vendredi. Selon lui, après France 2, Boualem Sansal devrait prendre la parole lundi à la radio et dans un quotidien national. «C’est un programme médias qui me paraît assez encadré», a jugé le fondateur du comité de soutien, présidé par l’ancienne ministre Noëlle Lenoir.

«On est dans un moment où la France essaie de reprendre langue d’une manière un peu plus apaisée avec l’Algérie que ces derniers mois, elle souhaite vraisemblablement que rien ne soit fait qui puisse venir entraver cette petite amorce de reprise de dialogue», a poursuivi Arnaud Benedetti, en soulignant qu’il ne s’agissait que d’une «supputation». «D’autant plus que le cas Sansal est aujourd’hui réglé mais que le cas Christophe Gleizes reste en instance au moins jusqu’au 3 décembre», a-t-il ajouté.

Collaborateur des magazines So Foot et Society, le journaliste Christophe Gleizes, 36 ans, a été condamné fin juin en première instance à sept ans de prison ferme en Algérie, notamment pour «apologie du terrorisme». Son procès en appel aura lieu le 3 décembre.

Boualem Sansal «est certainement conscient que sa parole sera scrutée, analysée, soupesée» et «il a certainement intériorisé ces paramètres avant sa prise de parole», juge Arnaud Benedetti, tout en rappelant que l’écrivain «n’a jamais bridé son expression» par le passé.

«Des hauts et des bas»

Écrivain dissident admirateur de Camus et Orwell, polémiste révéré par les droites françaises, Boualem Sansal purgeait en Algérie une peine de cinq ans de prison notamment pour «atteinte à l’unité nationale». Le romancier avait été condamné pour avoir notamment déclaré en octobre 2024 au média français d’extrême droite Frontières que l’Algérie avait hérité sous la colonisation française de régions appartenant précédemment, selon lui, au Maroc. Cet ancien haut fonctionnaire en Algérie avait été arrêté le 16 novembre 2024 à son arrivée à l’aéroport d’Alger avant d’être emprisonné, aggravant le froid diplomatique entre la France et son ancienne colonie.

Peu après sa libération, Boualem Sansal avait dit à son compatriote Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, qu’il espérait que les relations entre la France et l’Algérie allaient «évoluer», selon des propos rapportés dans Le Point par Kamel Daoud. «Sa combativité morale m’a paru intacte», malgré «des hauts et des bas, ce qui est normal», a assuré Arnaud Benedetti.

Mise à jour à 13 h 10, avec les propos du fondateur du comité de soutien de Boualam Sansal, Arnaud Benedetti.

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