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CNews condamné à deux nouvelles amendes par l’Arcom, pour des propos visant notamment les Algériens et les Palestiniens

La chaîne de Vincent Bolloré écope d’une sanction globale de 100 000 euros pour des manquements dans sa tenue de l’antenne, les 8 et 12 août derniers.

A Paris, le 18 novembre 2025. (Bastien Andre/Hans Lucas. AFP)
Publié aujourd'hui à 22h08

Déjà secouée ces dernières semaines pas le cas Morandini et le départ fracassant de Sonia Mabrouk, CNews est rattrapé – une nouvelle fois – par le gendarme de la télé. Dans des décisions consultées par Libération, l’Arcom a infligé ce mardi 10 février 100 000 euros d’amende à la chaîne du milliardaire d’extrême droit Vincent Bolloré, pour des manquements dans deux éditions de l’émission «L’Heure des Pros 2 Eté», les 8 et 12 août 2025. En pleine pause estivale, l’animateur star Pascal Praud était absent.

Dans le détail, deux décisions ont été rendues le 5 février par l’autorité de régulation. La première concerne l’émission précédemment cité et diffusée le 8 août sur le canal 14 de la TNT. En plateau, une séquence est consacrée à une décision du Conseil constitutionnel rendue la veille. Cette dernière censure l’allongement de la rétention des étrangers jugés dangereux. L’ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes, Noëlle Lenoir, balance alors que des «millions d’Algériens […] présentent des risques majeurs», puisqu’ils «peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où, ou prendre une voiture et rentrer dans une foule».

Des propos «de nature à inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires à l’égard des ressortissants Algériens vivant en France», estime l’Arcom dans sa décision. Et le gendarme de l’audiovisuel d’ajouter que ces «propos litigieux n’ont pas été contredits ou modérés par les personnes présentes en plateau».

L’ex-ministre «d’ouverture» du gouvernement Raffarin prendra tout de même la peine, d’abord sur les réseaux sociaux puis sur CNews, de corriger sa tirade en affirmant qu’il fallait «milliers» et non pas «millions»«Ce correctif diffusé sur la chaîne, qui est de nature à préciser l’intention de l’invitée, est en l’espèce sans incidence sur la caractérisation des manquements retenus à l’encontre de l’éditeur», relève l’Arcom dans sa décision. Pour cette première séquence, CNews écope de 25 000 euros d’amende.

630 000 euros d’amende depuis 7 ans

La seconde décision rendue par l’autorité de régulation a trait à l’édition de «L’Heure des Pros 2 Eté» diffusée le 12 août. Cette fois, la sanction financière concerne des propos tenus par Françoise Laborde – accessoirement ancienne membre du CSA, et ancienne journalistes à TF1 et à France Télé – lors d’une séquence de débat portant sur un contrôleur aérien suspendu pour avoir dit «Free Palestine» à l’équipage d’une compagnie israélienne. Elle y dépeint «les Palestiniens» comme perçus avant le 7 octobre par les «Occidentaux» comme des «opprimés» et des «gens qu’il fallait absolument défendre». Puis, elle estime qu’à la suite de ces attaques terroristes, ces mêmes «Palestiniens», se «révèlent être les sauvages, sanguinaires, les plus épouvantables qu’on puisse imaginer».

«En associant ainsi l’ensemble des Palestiniens aux auteurs des attaques terroristes du 7 octobre et en les qualifiant notamment de «sauvages» et de «sanguinaires épouvantables», les propos imputent à l’ensemble des Palestiniens, sans distinction, des comportements d’une particulière gravité», écrit l’Arcom dans sa décision.

Toujours au cours de cette séquence autour d’un contrôleur aérien de Roissy, Françoise Laborde affirme qu’un «grand nombre» de bagagistes «très marqués […] physiquement par la religion musulmane» et qui auraient «la petite barbe qui va bien», seraient «très protégés, très syndiqués» et «constituent carrément des lobbies à l’intérieur des aéroports». D’après la chroniqueuse, visiblement bien renseignée – elle «[prend] l’avion de temps en temps» – ces derniers ne fouilleraient «pas tout le monde de la même façon», et présenteraient donc un risque de radicalisation.

Ces deux assertions n’ont, là non plus, pas fait l’objet d’une quelconque modération ou contestation de la part des personnes présentes en plateau. Ces «stigmatisations […] sont de nature à encourager des comportements discriminatoires» à l’égard des personnes visées, cingle l’Arcom. L’autorité de régulation adresse dans sa décision une «sanction pécuniaire» d’un montant de 75 000 euros à CNews.

Selon un décompte de nos confrères de Mediapart en janvier, depuis 2019, l’Arcom a réprimandé à 24 reprises et pour un montant de 530 001 euros d’amendes la chaîne. Désormais, c’est 26 fois, pour 630 001 euros.

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