Malgré une condamnation définitive, Jean-Marc Morandini sera bel et bien, jeudi matin, à l’antenne de CNews. Ce mercredi 14 janvier, la Cour de cassation a pourtant rejeté le pourvoi de l’animateur après sa condamnation en appel pour «corruption de mineurs», le 21 mars 2025. Le journaliste est donc définitivement condamné à deux ans de prison avec sursis pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents.
Mais pour CNews, qu’importe. Malgré deux procès perdus en appel – respectivement pour «corruption de mineurs» et «harcèlement sexuel» –, le présentateur de 60 ans est et restera l’une des têtes d’affiche de la chaîne d’opinion de Vincent Bolloré, où il officie quotidiennement de 10h30 à midi. CNews l’a fait savoir à l’AFP, mercredi soir dans une déclaration lunaire : «Jean-Marc Morandini continue son combat pour la justice et il reste à l’antenne.»
Dans le dossier tranché en cassation, la justice reprochait à Jean-Marc Morandini d’avoir envoyé des messages à deux jeunes de 15 ans, en 2013 et 2015-2016. Avec le premier adolescent, le présentateur originaire de Marseille évoquait des scénarios sexuels. Avec l’autre, il avait notamment demandé à recevoir une photo dénudée. L’animateur avait aussi demandé en 2009 à un garçon de 16 ans de se dénuder et de se masturber lors d’une audition pour un film jamais sorti.
En première instance, en décembre 2022, Jean-Marc Morandini avait plaidé «l’imprudence» et «l’humour», avant d’être condamné par le tribunal correctionnel de Paris à un an de prison assorti d’une période de sursis probatoire de deux ans. En appel, la peine avait été alourdie et la justice lui avait interdit d’exercer une profession au contact de mineurs. Outre une amende de 20 000 euros, elle avait aussi confirmé son inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Comme l’avait révélé Mediapart, Europe 1, qui l’employait encore la saison passée, avait dû prendre des mesures d’isolement des stagiaires de seconde dans ses locaux au mois de juin 2025.
Harcèlement sexuel dans l’affaire des castings
En toute logique, la décision de ce mercredi aurait donc dû sonner le glas de la présence de l’animateur à l’antenne, après dix ans de procédures contre lui et un soutien jusqu’ici jamais démenti du groupe Canal + – dont CNews fait partie. Jusqu’à présent, les dirigeants des médias de Vincent Bolloré se sont toujours réfugiés derrière la présomption d’innocence et leur supposée volonté d’attendre que tous les recours légaux soient épuisés pour justifier le maintien du délinquant sexuel à l’écran.
Car Jean-Marc Morandini a aussi été poursuivi et condamné en première et deuxième instances dans une seconde affaire assez similaire. En janvier 2025, il a été reconnu coupable en appel de «harcèlement sexuel» et condamné à dix-huit mois de prison avec sursis. Agissant sous le faux profil d’une directrice de casting, appelée Catherine Leclerc, l’animateur avait encouragé en 2015 de jeunes comédiens âgés de 19 à 26 ans à s’exhiber nus pour des castings d’une web-série dont il était le producteur. Cinq d’entre eux avaient porté plainte. Dans cette autre procédure, l’animateur a également formé un pourvoi en cassation, qui n’a pas encore été examiné.
Après la révélation de l’affaire dans les Inrocks, à l’été 2016, Jean-Marc Morandini avait été évincé des médias où il travaillait, NRJ12 et Europe 1 (pré-reprise en main par Vivendi). Mais ce proche de Vincent Bolloré, imposé par le milliardaire, avait rebondi à I-Télé, provoquant une grève historique des journalistes de la chaîne d’information, amenée, dans les mois suivants, à devenir CNews.
A l’époque, le groupe Canal + affirmait dans un communiqué agir au nom du «respect du principe de présomption d’innocence» et assurait que Jean-Marc Morandini «quitterait le groupe sans indemnité» en cas de condamnation. Contactées par Libération, la direction de la communication de Canal + et les deux avocates de Jean-Marc Morandini n’ont pas donné suite. Dans un communiqué distinct, ces dernières disent étudier «la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’homme» après une décision de la Cour de cassation jugée «particulièrement injuste».




