Dans un contexte déjà morose, c’est une vacherie de plus pour l’audiovisuel public. La partie «dépenses» du budget 2026, qui a franchi vendredi 23 janvier l’étape de l’Assemblée nationale grâce à l’utilisation par Sébastien Lecornu de l’article 49.3 de la Constitution, prévoit une coupe supplémentaire de 15 millions d’euros dans les crédits dédiés à France Télévisions, ce qui porte à 86 millions d’euros le montant de l’effort à réaliser pour les médias détenus par l’Etat (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, INA, TV5 Monde).
En 2026, le budget total de l’audiovisuel public sera donc de 3,863 milliards d’euros. Si on ajoute les coupes de 2025 et la baisse structurelle de 2026, l’audiovisuel public a perdu 162 millions d’euros en deux ans.
«Une forme d’abandon»
La plus grosse entreprise, France Télévisions, sera aussi la plus touchée avec une baisse de 80,2 millions d’euros de son budget par rapport à 2025. Radio France, elle, subira une coupe de 4,1 millions d’euros.
Pour France Télévisions (2,4 milliards d’euros de budget), le coup est rude alors que sa PDG, Delphine Ernotte, est en train de mettre en place un plan d’économies visant un objectif de «zéro déficit», qui pourrait atteindre jusqu’à 180 millions d’euros selon les Echos.
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Or, dans l’entreprise, entre la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et les attaques des médias d’extrême droite, «l’ambiance est déjà très anxiogène», alerte le délégué syndical du SNJ, Antoine Chuzeville. Le journaliste voit donc arriver ces nouvelles coupes avec «beaucoup d’inquiétude». «France Télévisions a supprimé plus de 1 500 postes depuis 2012 et voit son budget encore drastiquement réduit : comment assurer les mêmes missions dans ces conditions ?» interroge-t-il. Il ajoute : «Cela a des effets très concrets sur les salariés que nous représentons : stress, angoisse sur l’avenir, difficultés à se projeter sereinement dans les prochaines années…»
Pour la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, spécialiste du sujet des médias, le constat est similaire. «Les crédits diminuent d’années en années alors qu’il n’y a plus de contrat d’objectifs et de moyens [les directives du gouvernement pour l’audiovisuel public, ndlr] depuis fin 2023», déplore cette dernière. Elle voit dans ces «baisses exponentielles», «une forme d’abandon» de ces entreprises par l’Etat. Contactées, ni France Télévisions ni Radio France n’ont souhaité faire de commentaires.




