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Le site «Off Investigation» accusé de collaboration avec des journalistes d’extrême droite

Visée par une enquête de «StreetPress», la rédaction du site assure avoir mis un terme à sa collaboration avec ces «journalistes indépendants».

Jean-Baptiste Rivoire, fondateur du site «Off Investigation», à Couthures-sur-Garonne (Lot-et-Garonne), le 12 juillet 2025. (Idriss Bigou-Gilles/Idriss Bigou-Gilles)
Publié le 07/01/2026 à 19h12

Le site web Off Investigation, dirigé par Jean-Baptiste Rivoire, l’une des anciennes figures de Spécial investigation sur Canal +, est dans la tourmente. Le média en ligne StreetPress a publié lundi 5 janvier une enquête pointant les «profils sulfureux» de plusieurs rédacteurs dont des articles ont été publiés par Off Investigation, «issus de la presse antisémite ou islamophobe et figures de la complosphère».

Parmi les personnalités pointées du doigt par StreetPress, figure Eric Laffitte. Au début des années 90, il est rédacteur en chef du Crapouillot, périodique satirique alors détenu par un directeur d’extrême droite, sous la supervision duquel des caricatures antisémites ont été publiées. Peu avant 2000, il travaille également pour l’hebdomadaire d’extrême droite Minute. En 2024 et 2025, il signe pour Off Investigation deux enquêtes, dont l’une sur les origines juives de Vincent Bolloré et ses liens supposés avec Israël, et l’autre où il «remonte le fil des origines (juives) d’Alexis Kohler et ses liens avec la «Nomenklatura» israélienne», note StreetPress.

«Cette dernière série est en réalité consacrée à MSC», l’armateur dirigé par les cousins de la mère de l’ancien puissant secrétaire général de l’Elysée, écrit Jean-Baptiste Rivoire, le directeur de publication et rédacteur en chef de Off. Il affirme qu’Eric Laffitte, en plus d’avoir publié d’autres enquêtes pour son site, a aussi travaillé pour le Point et le Canard enchaîné.

Complotiste

Une autre plume mise en cause par StreetPress est Laurence Beneux, passée par France-Soir en tant que rédactrice en cheffe adjointe. Le titre, ancien quotidien généraliste, a été remplacé par un site web qui publie du contenu complotiste, sans agrément de service de presse en ligne depuis 2024. A nouveau, Jean-Baptiste Rivoire vole au secours de cette «spécialiste pointue de la pédocriminalité depuis vingt-cinq ans», selon ses dires, elle aussi collaboratrice pour d’autres médias reconnus comme Canal + ou le Figaro.

L’enquête de StreetPress cible également Grégory Pons, «dont les citations ont largement nourri les articles de Off», et Olivier Annichini, deux journalistes ayant publié dans des journaux d’extrême droite. Jean-Baptiste Rivoire conteste toute collaboration avec le premier, et défend le second, estimant que «deux brefs articles» dans Causeur - en réalité 32 d’après sa page auteur - et Valeurs actuelles ne sauraient remettre en cause son travail pour Off Investigation : «Gabriel Matzneff, un pédophile au cœur de la République», une série de quinze articles sur l’écrivain visé par une enquête pour «viols sur mineurs de moins de 15 ans».

Finalement, StreetPress dénonce la participation du rédacteur en chef d’Off Investigation lui-même à «des interviews en plateau dans les usines à fake news», citant France-Soir et Tocsin, un média d’extrême droite prisé de la complosphère. Jean-Baptiste Rivoire, lui, le classe parmi les «médias alternatifs», assurant que sa rédaction ne cèderait «pas à la police de la pensée».

Tentative de désamorçages

Dans un communiqué publié mardi, la rédaction de Off a tenu à affirmer son «engagement antiraciste, contre l’antisémitisme, l’islamophobie et toute forme de discrimination», assurant se désolidariser «totalement de ces journalistes indépendant·es dont la totalité d’entre nous ignorait le passé». Le média a aussi annoncé avoir mis un terme à sa collaboration avec ces journalistes ayant écrit dans «des médias d’extrême droite ou antisémites».

Jean-Baptiste Rivoire a créé Off Investigation en 2021. Il se donne pour mission de «mettre en lumière les enjeux politiques et financiers qui se trament dans les coulisses de la République», et publie nombre d’enquêtes écrites ou vidéo visant notamment Emmanuel Macron ou Vincent Bolloré. Autrefois rédacteur en chef adjoint de Spécial investigation sur Canal +, il avait été mis au placard après la reprise en main par le milliardaire d’extrême droite, avant de finir par quitter la chaîne cryptée par une rupture à l’amiable moyennant une clause de silence.

Avant même la publication de l’enquête, le directeur et rédacteur en chef de Off a tenté de désamorcer les accusations, dans un long article publié dimanche titré sur une «opération de déstabilisation» que mènerait StreetPress, notamment au nom d’une supposée «doxa».

Le fondateur de ce dernier, ‎Johan Weisz, déplore auprès de Libé une «réponse préventive largement diffamatoire, contenant des propos aux relents sexistes et discriminatoires» contre la journaliste autrice de l’enquête. Les propos de Jean-Baptiste Rivoire «laissent penser qu’on œuvrerait comme si on était des barbouzes et qu’on répondait à des intérêts cachés derrière nous. C’est une approche complètement complotiste de notre travail», regrette le patron de StreetPress.

Plusieurs départs

Celle-ci a été déclenchée par StreetPress à la suite d’une publication de Nils Wilcke, courant novembre, alors journaliste pour Off Investigation. Il avait dans un premier temps partagé sur X l’article d’Eric Laffitte concernant les origines juives de Bolloré, puis a supprimé son post, publié un message d’excuses et quitté Off Investigation.

Mardi, au lendemain de la publication de l’enquête de StreetPress, Lumi, une vidéaste ayant travaillé avec ce média pendant une saison, a elle aussi annoncé avoir fait défection «il y a des mois». Sa dernière vidéo a été postée en juin 2025. «Je n’aimais pas du tout la tournure et le ton que prenait le média, je l’ai signalé», témoigne-t-elle sur X. Et rappelle à l’occasion que «la plupart des personnes qui bossent dans des médias indépendants ne sont pas au courant ou en accord avec les choix des chefferies».

Il y a un mois, le média spécialisé la Lettre révélait de son côté le recrutement par Off Investigation de la journaliste Catherine Graciet. Présentée comme «spécialiste du Maghreb, autrice de plusieurs livres remarqués sur le Maroc», celle-ci a été condamnée pour chantage en 2023 à l’encontre du roi Mohammed VI.

Mise à jour ce jeudi 8 janvier à 18 h 55, avec l’ajout de propos de Jean-Baptiste Rivoire et de Johan Weisz.
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