Après plusieurs sujets de friction ces derniers mois, les rédactions de BFMTV, RMC et BFM Business ont obtenu de leur direction la signature d’une nouvelle charte de déontologie pour renforcer leur indépendance, ont annoncé les deux parties ce jeudi 13 novembre.
Négocié pendant «plus d’un an», le texte représente «un progrès» pour «l’indépendance des rédactions vis-à-vis de l’actionnaire [l’armateur CMA CGM du milliardaire Rodolphe Saadé] et des régies publicitaires», ont estimé les Sociétés des journalistes (SDJ) de BFMTV, RMC et BFM Business dans un communiqué.
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Pour autant, leur signature n’équivaut pas à un blanc-seing. «La décision de signer cette charte n’a pas été facile à prendre. Au sein de nos rédactions, certains collègues estiment qu’il ne s’agit que d’un bout de papier, qui ne sera jamais respecté. Aux directions de leur donner tort», nuancent les SDJ.
Dans un communiqué distinct, la direction du groupe RMC-BFM a vu dans cette charte «une étape importante dans la consolidation» de son «cadre déontologique». Selon elle, la charte insiste sur l’«indépendance des journalistes», la «fiabilité» de l’information et l’«impartialité» de la rédaction.
Suppression de sujet et pression de LVMH
Ces derniers mois, les rédactions de CMA Media – filiale médias de CMA CGM, qui contrôle aussi le journal La Tribune – ont à plusieurs reprises manifesté leur inquiétude au sujet de leur indépendance. En janvier, elles avaient protesté contre la décision de leur direction de supprimer d’Instagram un sujet de BFM Business sur les difficultés du joaillier Tiffany, après selon elles des appels de son propriétaire, le géant du luxe LVMH propriété de Bernard Arnault.
En septembre, les SDJ de BFMTV, RMC et La Tribune avaient dénoncé la diffusion sur BFMTV d’une prise de position de Rodolphe Saadé. Il s’agissait d’extraits d’une tribune publiée dans le journal La Provence, autre propriété de CMA CGM, au lendemain du mouvement «Bloquons tout» dans lesquels il était notamment écrit : «Les entreprises ne sont pas des adversaires, elles sont des partenaires de la nation». Auditionné à l’Assemblée nationale, Rodolphe Saadé avait ensuite assuré «ne pas s’immiscer dans la ligne éditoriale» des médias qu’il possède.
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Bien qu’ayant signé la nouvelle charte, les sociétés de journalistes de BFMTV, RMC et BFM Business ont soulevé dans leur communiqué un «point regrettable» : les négociations n’ont selon elles «pas permis d’aboutir à un consensus sur la demande des SDJ d’instaurer, comme dans la presse écrite, un droit de veto, mécanisme jugé nécessaire pour éviter la nomination d’un ou d’une directrice de la rédaction porteur d’un agenda politique».
«Même un droit d’agrément, dispositif moins contraignant, a été refusé par les directions», déplorent les représentantes des journalistes. La direction de RMC-BFM souligne, de son côté, qu’un tel mécanisme n’existe nulle part actuellement dans les médias audiovisuels.




