Dans les tuyaux depuis plusieurs mois, l’opération est désormais actée. Le géant du luxe LVMH a annoncé avoir racheté ce mardi 30 décembre les magazines Challenges, Sciences et Avenir ainsi que La Recherche, dont il veut assurer «la pérennité», selon un communiqué.
Propriété du milliardaire Bernard Arnault, LVMH était entré dès 2020 à hauteur de 40 % au capital des Éditions Croque Futur, qui publient les trois titres. «Cette acquisition permettra aux Éditions Croque Futur de dynamiser le développement et la diffusion de ses trois titres, notamment sur le numérique, et de contribuer ainsi à leur pérennité», a affirmé LVMH. Le groupe a aussi la volonté de «promouvoir une information de qualité et la culture scientifique ainsi que sa vulgarisation».
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Mais dans un communiqué commun, les sociétés des journalistes des trois magazines ainsi que leurs délégués syndicaux et le comité social et économique (CSE) ont évoqué «un saut dans le vide» avec cette vente, alors qu’«une véritable défiance s’est installée» envers LVMH.
En novembre, les rédactions de Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche avaient demandé à Bernard Arnault, sans succès selon elles, de signer leurs «chartes d’indépendance» sous leurs formes actuelles. Ce mardi, elles ont demandé à nouveau, avec les délégués syndicaux, «des gages de bonne volonté» : «des perspectives d’avenir crédibles, des engagements clairs sur l’emploi, la signature de la charte d’indépendance actuelle de Challenges et l’octroi de garanties similaires pour Sciences et Avenir et La Recherche».
L’ONG Reporters sans frontières et des syndicats de journalistes ont saisi en décembre la justice administrative et l’Autorité de la concurrence pour examiner les conséquences du rachat de Challenges.
De son côté, Maurice Szafran, tout juste nommé président des Éditions Croque Futur et directeur de la publication des trois titres, a souligné que leur «objectif commun serait d’entamer [leur] redressement économique dans un marché de la presse plus difficile et complexe que jamais». «Avec le soutien actif de LVMH, ces défis collectifs deviennent atteignables», a-t-il ajouté dans un message aux rédactions.
Concentration médiatique
Entre juillet 2024 et juin 2025, l’hebdomadaire Challenges s’est écoulé en moyenne à 135 000 exemplaires et le mensuel Sciences et Avenir à 175 000 exemplaires, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). La Recherche est un trimestriel.
De quoi agrandir un empire médiatique déjà bien garni pour LVMH. Il comprend déjà, entre autres, le groupe Les Échos-Le Parisien, avec les quotidiens du même nom et Radio Classique. Il a aussi racheté cette année la totalité du quotidien libéral L’Opinion et du site d’actualité financière L’Agefi, dont il détenait déjà des parts.
Cette cession signe par ailleurs le retrait du monde de la presse de l’homme d’affaires Claude Perdriel, aujourd’hui âgé de 99 ans. Jusqu’alors actionnaire majoritaire des trois titres, il avait convenu de cette vente pour un euro symbolique, après soixante années passées dans cet univers.




