De la journaliste Elise Lucet à l’ancienne ministre déléguée au Commerce Olivia Grégoire, diverses personnalités ont dénoncé mardi la «mise à mort» du magazine 60 Millions de consommateurs prévue selon elles dans le budget 2026. Elles appellent dans une tribune à «préserver» ce «contre-pouvoir».
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026, en cours d’examen au Parlement, prévoit la liquidation d’ici à mars de l’Institut national de la consommation (INC) et l’éventuelle cession de son célèbre mensuel à un acteur privé. En cause, selon le gouvernement, la situation financière «très dégradée» de cet établissement public employant quelque 60 personnes. Déplorant que cette mesure soit passée «quasi inaperçue», près de 200 personnes la dénoncent dans un texte publié par le Monde, parmi lesquelles l’économiste Julia Cagé, le médecin nutritionniste créateur du Nutri-Score Serge Hercberg ou encore la directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot.
Article de loi «inutile et dangereux»
Le PLF «organise la mise à mort» de l’INC et de son magazine, remettant en cause «un pilier essentiel de notre démocratie, celui de l’information et de la défense des consommateurs» face notamment aux «géants du commerce mondial», estiment les signataires. «Alors que l’Elysée entend lutter contre la désinformation, il s’apprête à enterrer un titre qui fait autorité» et qui, «alerté par une lectrice», a «révélé le scandale des poupées sexuelles» d’apparence enfantine vendues sur Shein, rappellent-ils. «Ce n’est pas seulement un magazine que l’on assassine», l’INC rassemblant «un réseau d’experts et de juristes» utile aux associations de défense des consommateurs, souligne la tribune.
Concernant les finances du titre, les signataires opposent les «millions d’euros d’aides publiques» versés à des «médias appartenant à des milliardaires» à «l’asphyxie» imposée à l’institut, avec une subvention «passée de 6,3 millions à 2,7 millions d’euros entre 2012 et 2020». Ils appellent à «la suppression» d’un article de loi «inutile et dangereux», ainsi qu’à un «engagement ferme pour préserver» l’INC et son journal.
La liquidation de l’Institut national de la consommation, créé en 1966 et devenu un établissement public industriel et commercial en 1990, pourrait coûter 8 millions d’euros, selon une annexe au projet de loi de finances. En 2024, son déficit a atteint 719 000 euros pour un chiffre d’affaires de 11,6 millions d’euros, selon Lionel Maugain, délégué du SNME-CFDT à l’INC. Son magazine, qui vient d’inaugurer une nouvelle formule, compte 80 000 abonnés entre 20 000 et 30 000 exemplaires vendus en kiosque chaque mois, d’après le syndicaliste.




