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Tacle par derrière

Mondial-2026 : beIN Sports souffle les droits de diffusion de la compétition à Ligue 1 +, le foot français s’inquiète

La chaîne de la Ligue de foot professionnel avait signé un accord avec la Fédération internationale et comptait augmenter son nombre d’abonnés à l’occasion de la Coupe du monde. La finalisation du contrat ne devait être qu’une formalité.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle pour Ligue 1 + et il faudra en tirer les conséquences», se désole la LFP. (Kenzo Tribouillard/AFP)
Publié le 11/02/2026 à 16h30

Pour filer la métaphore sportive, on dira que le geste n’est pas très fair-play. Et même carrément violent. D’autant qu’il n’était pas du tout attendu. La chaîne beIN Sports diffusera en France l’intégralité, soit 104 matchs, des rencontres du Mondial-2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, au détriment de la plateforme Ligue 1 + (la chaîne de la Ligue de foot professionnel, LFP) qui avait pourtant trouvé un accord avec la Fédération internationale de foot (Fifa), a appris l’AFP mercredi de sources proches du dossier confirmant une information de l’Equipe. Les deux médias se disputaient un lot proposé par la Fifa comprenant l’ensemble des 104 rencontres en complément d’un premier lot de 54 matches propriété de M6, le diffuseur gratuit du Mondial en France. La chaîne franco-qatarienne, détentrice de ce lot depuis 2012, a doublé la plateforme de la Ligue en trouvant également un accord avec la Fifa pour l’édition 2030, selon une source proche du dossier. BeIN n’a pas précisé le montant aligné pour cet accord.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle pour Ligue 1 + et il faudra en tirer les conséquences», se désole la LFP qui a convoqué un conseil d’administration en urgence ce mercredi pour décider des suites à donner à cette affaire. La non-acquisition du Mondial est en tout cas un gros coup dur pour Ligue 1 + et LFP Media puisque la diffusion de la plus grande compétition sportive de la planète avait pour but de booster le nombre d’abonnés de la plateforme, qui a dépassé le million mais reste très insuffisant pour rapporter des droits TV substantiels aux clubs français.

Avant ce revirement, LFP Media, filiale commerciale de la Ligue, avait signé un contrat de près de 20 millions d’euros avec la Fifa, attendant qu’il soit ratifié par l’instance mondiale, une procédure qui est «en général une formalité», pensait-on alors à LFP Media. C’est d’ailleurs la Fédération internationale, selon plusieurs sources, qui était allée chercher Ligue 1 + pour qu’elle lui formule une offre.

Un procédé qui a crispé beIN Sports, habituée à conclure l’acquisition de ses droits au dernier moment, mais qui n’avait pas vu venir l’offensive de la Ligue, dont elle est un des diffuseurs des championnats de longue date, mais avec qui elle est en litige depuis plusieurs années également.

BeIN, qui diffuse encore un match de Ligue 1 par journée jusqu’à la fin de la saison, ainsi que l’intégralité des matches de Ligue 2 jusqu’en 2029, s’était dans un premier temps gaussé de l’accord entre Ligue 1 + et la Fifa. L’un de ses dirigeants, caustique, avait fait savoir à ce propos qu’il «serait intéressant de connaître la justification d’un investissement de 20 millions d’euros pour les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 pour des droits dont certains matches seront disponibles en clair et dont les autres seront diffusés dans la nuit».

Relations tendues entre Al-Khelaif et la Ligue

Dans un message interne diffusé mercredi aux salariés de la chaîne franco-qatarienne dont l’AFP a obtenu une copie, Yousef Al-Obaidly, président de beIN Sports France, a d’ailleurs raillé «la pression médiatique cynique exercée sur le processus par un diffuseur concurrent». «Ce n’est pas ainsi que beIN fonctionne», a-t-il ajouté. «Le processus d’attribution des droits de la Coupe du Monde a illustré le meilleur de beIN, malgré les campagnes menées par certains à notre encontre. Nous avons respecté le processus de la FIFA et sommes restés patients et déterminés», a-t-il également écrit.

Ce dénouement surprise n’est pas de nature à pacifier les rapports tendus entre la Ligue et Nasser Al-Khelaifi, président du PSG et de beIN Media Group, par ailleurs membre du conseil d’administration de la LFP. Fin janvier, le tribunal des activités économiques de Paris a contraint la chaîne franco-qatarienne à régler à LFP Media plus de 14 millions d’euros au titre d’échéances impayées dans un litige qui les opposait à propos de la diffusion d’un match par journée de Ligue 1.

Le 14 janvier, beIN et Canal + avaient déjà été déboutées à la suite de deux arrêts de la cour d’appel de Paris, dans le cadre d’un conflit au long cours qui les oppose à la LFP. Dans cette procédure qui concerne toujours les droits télé de la Ligue 1, : elles réclamaient à l’instance autour de 660 millions d’euros.

Mise à jour le 11 février à 17 h 22 avec davantage de contexte.
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