Dati fulmine. Le ministère de la Culture «aurait dû être informé» de l’action en justice intentée par les sociétés publiques France Télévisions et Radio France contre les médias de la galaxie Bolloré, CNews, Europe 1 et le JDD, a estimé ce mercredi 19 novembre la ministre, Rachida Dati.
France Télévisions et Radio France ont séparément assigné les trois médias privés dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré auprès du tribunal des affaires économiques, pour «dénigrement», avait appris l’AFP mardi de source proche, confirmant une information du Figaro.
Selon le journal, une première audience est prévue le 29 janvier prochain. S’étant s’est procuré les assignations en justice, le quotidien révèle également que les deux groupes de l’audiovisuel public demandent 1,5 millions d’euros pour dommages et intérêts, dont 1 million côté France Télévisions et 500 000 pour Radio France.
Une «entreprise orchestrée de déstabilisation»
Selon les documents que le Figaro a pu consulter, les deux entreprises publiques pointent les mêmes dérives. France Télévisions mentionne dans sa plainte de plus de 80 pages «une campagne coordonnée de dénigrement particulièrement virulente, menée de manière structurée et persistante» et «visant à déstabiliser économiquement et institutionnellement le groupe public, en portant atteinte à sa réputation et à la confiance du public».
Radio France, quant à elle, fustige dans une assignation d’une soixantaine de pages une «entreprise orchestrée de déstabilisation», conduite à coups de «de propos dénigrants systématiques et répétitifs» contre elle, «visant à saper la confiance de ses auditeurs en mettant notamment publiquement en doute le respect par Radio France de principes essentiels de sa mission de service public : la neutralité, l’indépendance et le pluralisme de l’information».
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Cette action intervient après un conflit en septembre entre ces deux blocs médiatiques, les médias de la galaxie Bolloré accusant l’audiovisuel public de partialité en faveur de la gauche.
«Cette démarche n’avait en aucun cas été concertée et encore moins approuvée par les tutelles», a déclaré Rachida Dati lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Si elle reconnaît qu’«en l’état du droit, c’est leur liberté d’avoir choisi de s’engager dans cette voie», elle juge néanmoins que «les tutelles auraient dû être informées, auraient pu être informées», invoquant le «respect de l’engagement des deniers publics dans cette procédure».
«J’aurai le scalp d’Ernotte»
Les relations entre le ministère de la Culture et l’audiovisuel public sont glaciales en raison du grand projet de Rachida Dati de créer une holding France Médias, qui fusionnerait Radio France, France Télévisions et l’INA. Alors que la ministre en a fait son cheval de bataille depuis son arrivée au gouvernement, le texte a aujourd’hui disparu de l’agenda parlementaire, pour le plus grand plaisir de la gauche.
Si la guerre se déroulait d’abord en coulisses, les entreprises publiques et la ministre sont à couteaux tirés depuis le mois de juin. Suite à la diffusion d’un épisode de Complément d’enquête qui lui était consacré, Rachida Dati aurait affirmé devant témoin d’après le Canard enchaîné : «J’aurai le scalp d’Ernotte [la PDG de France Télévisions, ndlr].»
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Moins d’une semaine plus tard, après un accrochage entre Rachida Dati et le journaliste Patrick Cohen sur le plateau de C à vous, les deux entreprises publiques avaient affiché leur soutien à l’intervieweur violemment pris à partie. Une atmosphère pas franchement propice au dialogue.
Mis à jour à 15h40 avec l’ajout de la somme de dédommagements réclamée par France Télévisions et Radio France




