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Thomas Legrand et Patrick Cohen filmés avec des élus PS : le parquet ouvre une enquête après la plainte des deux journalistes

Les éditorialistes avaient été enregistrés à leur insu lors d’une conversation avec des responsables socialistes en septembre. Des images qui avaient ensuite été publiées par le magazine d’extrême droite «l’Incorrect».

Thomas Legrand lors de son audition par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public à l'Assemblée, le 19 décembre. (Dimitar Dilkoff/AFP)
Publié le 26/12/2025 à 12h45

Le parquet de Paris a confirmé jeudi 25 décembre avoir ouvert une enquête sur l’enregistrement clandestin d’une conversation des journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand. La procédure, confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), fait suite à une plainte des deux journalistes après la diffusion en septembre par le magazine d’extrême droite l’Incorrect d’une vidéo, enregistrée sans autorisation. On y voit une conversation entre des responsables socialistes, dont Olivier Faure, et Patrick Cohen et Thomas Legrand.

Cette vidéo a ensuite été abondamment commentée dans les médias de la galaxie Bolloré comme CNews, Europe 1 et le JDD, jusqu’à devenir le catalyseur d’une guerre ouverte entre l’audiovisuel public et ces médias. Au point qu’en novembre, Radio France et France Télévisions ont chacune assigné les trois médias d’extrême droite devant le tribunal des activités économiques pour «dénigrement».

«Atteinte à l’intimité de la vie privée par captation»

L’enquête ouverte par le parquet ce jeudi l’a été pour «atteinte à l’intimité de la vie privée par captation», «enregistrement des paroles d’une personne, utilisation, conservation ou divulgation d’un document» ou «enregistrement obtenu par une atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui, publication, diffusion, reproduction d’information fausse de nature à troubler la paix publique», a détaillé le parquet.

Selon des informations obtenues de source proche du dossier par l’AFP, le directeur de l’information de l’Incorrect, Arthur de Watrigant, a été entendu dans ce cadre par les enquêteurs. A ce stade, le dossier «est en cours d’analyse» par la section du parquet chargée des dossiers de presse et de libertés publiques, qui n’a pas encore décidé des suites judiciaires à donner, a précisé le ministère public.

Une nouvelle plainte déposée par Thomas Legrand

Le parquet n’avait jeudi pas encore d’informations sur la nouvelle plainte déposée la veille par Thomas Legrand, après la divulgation d’informations sur une conversation privée qu’il a eue avec l’ancienne patronne de France Inter Laurence Bloch.

Il s’agit d’une plainte contre X pour «captation illégale» de la conversation, et d’une plainte visant Europe 1 et CNews pour la «conservation, divulgation et utilisation de l’enregistrement obtenu de manière illicite» et la «diffusion de fausses nouvelles», a précisé à l’AFP son avocat Me Antoine Ricard, confirmant une information du Parisien. S’agissant de ce dernier délit, «l’idée est que, au-delà de la captation illégale, le contenu a été falsifié, travesti», a-t-il précisé au quotidien.

Jeudi dernier, Thomas Legrand avait dénoncé, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, les affirmations répétées sur Europe 1 puis CNews à propos d’une récente rencontre qu’il avait eue dans un café avec Laurence Bloch. «Notre discussion a été enregistrée à notre insu», alors qu’il s’agissait d’«un rendez-vous privé entre deux amis», avait déclaré Thomas Legrand, évoquant un «espionnage». Contacté, CNews n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade, indiquant à l’AFP n’avoir «pas reçu la plainte». Europe 1 n’a pas réagi dans l’immédiat.

Laurence Bloch a par ailleurs déclaré à Télérama avoir elle aussi porté plainte mercredi, pour «délit d’espionnage audiovisuel de la vie privée», «exploitation dudit espionnage» et «interception de correspondance».

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