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Menacé de liquidation, l’aciériste Novasco repris en partie par un consortium autour de Métal Blanc

Le consortium d’investisseurs autour d’une PME ardennaise ne reprend qu’un site sur quatre - celui de Dunkerque - de l’ancien Ascometal, en redressement judiciaire depuis le mois d’août. Seuls 144 salariés sur 696 devraient conserver leur emploi.

Le site de Novasco à Hagondange (Moselle), le 14 novembre 2025. (Jean-Christophe Verhaegen/AFP)
Publié le 17/11/2025 à 16h31, mis à jour le 17/11/2025 à 18h23

Epilogue pour les métallos mosellois, placés en redressement judiciaire le 11 août dernier. Le tribunal de Strasbourg a retenu ce lundi 17 novembre la «cession partielle» de l’aciériste en difficulté Novasco (ex-Ascometal) au consortium d’investisseurs réunis autour de la PME ardennaise Métal Blanc. Les trois sites de Saint-Etienne, Custines (Meurthe-et-Moselle) et Hagondange (Moselle), où l’ambiance était particulièrement lourde, sont promis à la liquidation. Une seule usine va être reprise, celle de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, permettant de sauver 145 emplois seulement sur 696 dans l’ensemble du groupe.

La chambre commerciale du tribunal judiciaire n’a pas étayé sa décision. Le jugement et ses motivations devraient être transmis dans la semaine. La reprise prendra effet à compter du 1er décembre, selon des sources syndicales. «Cette décision ouvre une nouvelle étape pour l’entreprise et assure la poursuite de son activité dans la durée», a réagi le consortium dans un communiqué.

L’autre candidat, l’industriel français Europlasma, proposait de reprendre tous les sites de Novasco, mais au prix de licenciements massifs à Hagondange, où seuls 75 emplois auraient été sauvés sur 450. Son dossier a toutefois «présenté des faiblesses», selon Maître Paté.

A l’aciérie d’Hagondange, plus grand site du groupe avec 434 salariés, «les gens sont écœurés», a réagi Kader Kaoulai, ouvrier au laminoir : «on avait un petit espoir mais malheureusement, on est tous écœurés, dégoûtés. Il n’y a plus rien, Hagondange est mort». Après l’annonce de la nouvelle par Yann Amadoro, délégué syndical CGT, le drapeau Novasco a été descendu du mât de l’usine, devant les grands bureaux, et incendié, a constaté un photographe de l’AFP.

Repreneur «voyou»

Quelques heures avant l’annonce de la décision de justice, le gouvernement a annoncé qu’il allait poursuivre en justice le britannique Greybull, un repreneur «voyou» tenu pour responsable de la situation critique de Novasco. Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a affirmé qu’il allait «saisir les tribunaux» contre le fonds d’investissement qui avait repris le métallurgiste en 2024 et n’a pas tenu ses engagements.

Pour sa part, Greybull a déclaré dans la soirée «avoir honoré» ses obligations et se dit prêt à s’en expliquer «sur le plan légal». Il a rappelé avoir été «le seul acteur à se positionner pour sauver Ascométal» dont l’état «s’est avéré bien plus préoccupant qu’anticipé», a-t-il affirmé dans un communiqué.

Mais les représentants du personnel ne se font aucune illusion sur une éventuelle contribution financière de ce fonds d’investissement, qui n’a déjà pas tenu ses engagements pris lors de la reprise du groupe en 2024. Greybull n’avait injecté que 1,5 million sur les 90 millions d’euros promis, tandis que l’Etat avait rempli globalement son engagement d’investir 85 millions, selon les syndicats.

«J’estime qu’il doit aux salariés, aux habitants d’Hagondange et à tout ce territoire 88,5 millions d’euros», a souligné ce lundi 17 novembre Sébastien Martin, annonçant qu’il allait «engager toute action utile sur le plan tant civil que pénal afin de mettre en cause la responsabilité» de Greybull.

«C’est du vent tout ça. On sait très bien que ces procédures-là, ça va durer deux ans, trois ans, quatre ans. C’est pas ça qui va nous donner l’espoir», a commenté l’ouvrier Kader Kaoulai.

«Ça fait quatre mois qu’on est en procédure, ça fait quatre mois que tout le monde sait que Greybull est défaillant dans les engagements. Ça fait depuis le mois d’avril qu’on demande à l’Etat d’actionner des menaces juridiques sur Greybull pour faire pression… Mieux vaut tard que jamais», a lâché Yann Amadoro.

Situation douloureuse pour les Mosellois

Novasco, qui fabrique des aciers spéciaux, notamment pour le secteur automobile, en est à son quatrième redressement judiciaire depuis 2014. Ses déboires ne sont pas uniques en Europe, où l’industrie sidérurgique multiplie les plans de licenciements, souffrant entre autres de la concurrence chinoise, des coûts élevés de l’énergie, ainsi que des difficultés des constructeurs automobiles, gros consommateurs d’acier.

La situation est particulièrement douloureuse pour les Mosellois alors que tout le département déjà durement éprouvé par la désindustrialisation.

Mise à jour à 19 h 20 avec l’ajout de la réaction de Greybull.

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