25 % de hausse potentielle des droits de douane, 200 % supplémentaires sur les vins et les champagnes, escalade verbale et menaces de riposte européenne… Depuis quelques jours, les tensions entre l’Union européenne et les Etats-Unis ne cessent de grandir autour de la volonté de Donald Trump de se saisir du Groenland, rattaché au Danemark. Et, tandis que Donald Trump discourait pendant deux heures mardi à la Maison Blanche avant son départ pour Davos, plusieurs indices boursiers décrochaient à New York : -2,5 % pour le Nasdaq, -2 % pour le S & P 500 et -1,76 % pour le Dow Jones.
Mais malgré ces turbulences, les analystes financiers sont plutôt dans l’attente. «Le marché considère qu’il se passe quelque chose, mais on ne sait pas encore quoi. Ce n’est pas une réaction massive, parce qu’on ne sait pas du tout où tout ça va atterrir», estime Gilles Moëc, chef économiste à Axa. En fait, depuis quelques mois, les nombreux revirements et prises de paroles erratiques de Donald Trump sont pris en compte dans les analyses, et ne sont plus nécessairement considérés comme fiables.
Un phénomène analysé par l’éditorialiste du Financial Times Robert Armstrong, et résumé en un acronyme : Taco, pour «Trump always chickens out», ou «Trump finit toujours par se dégonfler» en français. «A partir d’un certain moment, les marchés ont réagi beaucoup moins fort à chaque annonce. La crédibilité des déclarations de Trump a fini par diminuer parce qu’il n’y a pas eu de catastrophe», explique Evgenia Passari, professeure de finances à l’université Paris-Dauphine et chercheuse au Centre for Economic Policy Research.
Pour l’instant, il semble qu’on assiste à un de ces moments «Taco» autour du Groenland. «Le marché continue d’intégrer le fait que les menaces ne seront peut-être pas mises à exécution, même si ça reste le grand sujet du moment», analyse Gilles Moëc. Les prochains jours seront cruciaux. La première salve de nouveaux droits de douane américains est annoncée pour le 1er février, ce qui laisse encore du temps pour les négociations et pour trouver un compromis. Malgré tout, «les risques sont aujourd’hui plus importants, alerte Evgenia Passari. Avant, les Etats-Unis employaient ce type de menaces pour en tirer un bénéfice économique. Aujourd’hui, ils utilisent les droits de douane pour des raisons géostratégiques et obtenir l’annexion d’un territoire. C’est un précédent très dangereux».
Année 2025 exceptionnelle
La réponse des indices boursiers est aussi conditionnée à la position de l’Union européenne. Comme demandé par Emmanuel Macron, la Commission pourrait utiliser l’instrument anti-coercition, considéré comme un «bazooka commercial», aux dispositions encore incertaines. «C’est un dispositif qui offre énormément de latitude. S’il est activé, ça aura des conséquences visibles sur les marchés, mais c’est pour l’instant impossible à quantifier sans savoir précisément quelles mesures seront mises en place dedans», avertit le chef économiste d’Axa.
Pour autant, malgré les soubresauts de la diplomatie économique trumpienne, l’année 2025 a été exceptionnelle pour Wall Street. «Sur le long terme, les bourses mondiales n’ont pas trop été touchées par ces changements. Surtout, beaucoup de ces événements ont aussi été atténués par le boom de l’IA et de la tech, qui supportent les marchés», avance Evgenia Passari. Une analyse nuancée par Gilles Moëc : «Si l’Union européenne choisit de durcir les conditions d’accès à l’Europe pour les leaders de la tech, les conséquences seront importantes. Il ne faut pas croire qu’il y a une imperméabilité totale des valeurs de la tech par rapport au reste.» Du côté des bourses européennes, le bilan de l’année 2025 est globalement positif, avec une progression de 10 % du CAC40. Francfort, Milan et Londres ont même affiché des performances supérieures durant toute l’année.




