Ce sont des chiffres, certes théoriques à ce stade, qui tranchent avec l’actualité économique et budgétaire morose. Ce jeudi 7 novembre, Catherine Vautrin, ministre du Partenariat avec les territoires, Antoine Armand, ministre de l’Economie, et François Durovray, ministre délégué chargé des Transports, vont annoncer l’installation de trois nouvelles usines dans le bassin portuaire du Havre. Les chiffres de l’investissement potentiel sont très conséquents : plus de 2,5 milliards d’euros et 720 emplois directs. Au programme : industrie verte, flux tournés vers les mers et souveraineté. Bercy estime que fixer le calendrier des installations à échéance 2028-2029 «est raisonnable», sans pouvoir être plus précis à ce stade.
Dans le cadre des 50 «sites clés en main France 2030», Haropa Port, qui gère les ports sur la Seine (Le Havre, Rouen et Paris), avait lancé en avril un appel d’offres pour 60 hectares sur la commune de Rogerville, près de l’autoroute A29 et du grand canal du Havre. Avec des aménagements «bord à quai» possibles. «Pour qu’une usine s’installe, il faut du foncier. Et il y en a de disponible dans les grands ports», précise le cabinet d’Antoine Armand, qui cite également ceux de Dunkerque et Fos-sur-Mer. Haropa Port a par ailleurs réussi à en faire labelliser quatre autres. «Les zones foncières labellisées présentent d’excellentes caractéristiques géographiques et fonctionnelles : connexions aux réseaux de transports massifiés, concentration d’activités économiques et logistiques, densité d’infrastructures et de services et d’utilités essentiels», promet l’établissement public.
«L’Etat n’a pas besoin de mettre la main à la poche»
Les trois entreprises lauréates sont portées vers l’industrie verte. Livista Energy, qui va accaparer à elle seule la moitié de la surface concernée, va installer une raffinerie de lithium pour 1,2 milliard d’euros et la société luxembourgeoise pourrait générer quelque 300 emplois. Ce lithium doit être utilisé dans les batteries des voitures, les quatre «gigafactorys» françaises étant prévues dans les Hauts-de-France voisins. Air Products, une boîte américaine, va quant à elle importer de l’hydrogène vert, issu des énergies renouvelables pour un milliard et 270 salariés. Elle compte s’associer à TotalEnergies, qui a un site voisin. L’entreprise occitane Qair, enfin, fera du stockage d’hydrogène vert et de biocarburant, pour 500 millions d’euros et 150 emplois. «Ces projets sont notamment dédiés à l’exportation et à l’amélioration de la balance commerciale française», espère le cabinet de Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l’Industrie.
Sur le financement, les ministères concernés par ces annonces se félicitent que «l’Etat n’ait pas besoin de mettre la main à la poche», dit Bercy, avant d’ajouter que les pouvoirs publics promettent aux lauréats de «leur simplifier la vie sur les procédures». Avant de préciser : «On parle d’une accélération, pas d’une dégradation», manière de déminer d’éventuelles critiques sur des normes environnementales qui pourraient être bazardées. D’autant plus que plusieurs centaines d’arbres se trouvent sur les parcelles présentées sur les plans satellites d’Haropa Port.
Des chiffres d’investissement et d’emplois créés à ce jour théoriques
Dans un brief destiné à la presse mercredi après-midi, les cabinets de Catherine Vautrin, Antoine Armand, et François Durovray, présents au Havre ce jeudi au côté du maire, Edouard Philippe, ont en revanche rappelé à plusieurs reprises que les chiffres d’investissements et d’emplois créés ne restent qu’à ce jour théoriques et sont des «ordres de grandeur», qui devront être confirmés. En mai, l’Usine nouvelle avait fait le bilan des six ans de Choose France, le grand raout créé par Emmanuel Macron à la gloire des usines étrangères s’installant dans l’Hexagone. Si les promesses abandonnées étaient rares, l’américain Del Monte en 2018 et le groupe coréen SPC semblent avoir lâché prise après avoir laissé augurer, en cumulé, une trentaine de millions d’euros d’investissement et des dizaines d’emplois. Les trois annonces, si elles sont aussi solides qu’espérées, aideront la France à repartir sur le chemin de la – timide – réindustrialisation. Selon le dernier décompte du cabinet Trendeo, entre les ouvertures et les fermetures, le pays a perdu dix usines entre avril et août. Mais pourrait en gagner trois au Havre.




