L’emblématique verrier semble désormais n’avoir qu’une option. L’un des deux candidats à la reprise d’Arc a annoncé à l’AFP s’être retiré, laissant sauf surprise un seul candidat à la reprise, Timothée Durand, dont l’offre prévoit le maintien de 2 700 emplois sur 3 500 sur le site français d’Arques (Pas-de-Calais), avec 300 licenciements et des départs volontaires – dont des départs anticipés à la retraite. L’ancien président de l’entreprise Patrick Puy, qui avait présenté un plan de relance sans suppression de poste et demandé un report des échéances, a indiqué avoir «choisi en responsabilité de ne pas retarder le processus», et de retirer son offre de reprise. «J’avais besoin d’au moins un mois supplémentaire pour faire les choses sérieusement», a expliqué Patrick Puy dans un message transmis à l’AFP.
Le 7 janvier, la branche française du fabricant de produits en verre qui compte 3 500 salariés a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille. Créé en 1825 à Arques – commune de 10 000 habitants qui a donné son nom à l’usine –, le verrier a employé jusqu’à 13 000 personnes (intérimaires compris) dans le Pas-de-Calais. Le groupe, qui comprend entre autres les marques Arcoroc, Cristal d’Arques et Luminarc, en emploie aujourd’hui 5 700 dans le monde, dont la moitié en France. L’entreprise vieille de deux siècles, qui a si longtemps fait vivre la ville d’Arques, possède des usines en Chine, aux Etats-Unis et dans les Emirats arabes unis, mais fait face à un déficit chronique depuis plus de vingt ans. Les quelque 450 millions d’euros d’aides de l’Etat versées depuis 2015 n’ont pas inversé la tendance.
A lire aussi
«Même si on avait conscience que l’offre de Patrick Puy était peu aboutie, on aurait aimé être avertis, la dernière fois qu’on l’a rencontré il avait l’air sûr de lui», a expliqué à Libération Frédéric Specque, délégué syndical central CGT, qui craint d’importants licenciements. Et d’ajouter : «L’offre de M. Durand est très brutale, on va essayer d’alerter le gouvernement pour limiter l’ampleur du plan de sauvegarde de l’emploi.» Début février, les syndicats avaient été reçus à Bercy pour discuter des offres de reprises. «Nous faisons tout pour limiter l’impact sur les salariés tout en assurant la possibilité d’un redémarrage car l’objectif n’est pas un plan de relance dans un an», assurait le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin. Son homologue du Travail, Jean-Pierre Farandou, disait de son côté «envisager la possibilité de voir des personnes à qui il faudra retrouver un projet professionnel».
Pour limiter la casse sociale, la CGT, qui «aurait espéré qu’Arc France soit plus conquérant», demande notamment à Timothée Durand de revoir ses objectifs commerciaux à la hausse. Ce dernier vise une production de 130 000 tonnes par an, alors que, à titre de comparaison, 237 000 tonnes étaient produites en 2022. «En visant une production de 150 000 tonnes annuelles, de nombreux emplois seraient conservés», abonde Frédéric Specque. Aucun autre repreneur ne s’est fait connaître à quelques heures du délai légal pour déposer une offre. Le tribunal devra se prononcer sur l’avenir de l’usine le 10 mars.




