Ilknur Arslan a 34 ans, les ongles courts et, sur deux doigts, une cicatrice blanchie par les années. Le passage d’une buse métallique qui a transpercé sa main de part en part, en septembre 2014, alors qu’elle paramétrait une des monstrueuses machines industrielles de son usine, celle pour remplir les tubes de mascara et les pots de fond de teint. A l’époque, la jeune opératrice de production doit se battre pour faire reconnaître son arrêt en accident de travail. Quatre jours plus tard, elle est de retour dans les ateliers de Kosan Kozmetik, où entre 2012 et 2024, un ballet d’ouvrières a fabriqué nuit et jour les produits de beauté Flormar, une marque du groupe Rocher (Yves Rocher, Sabon, Dr Pierre Ricaud).
Ce souvenir pourrait raconter à lui seul les conditions de travail déplorables subies par les employés – majoritairement des femmes – pendant une décennie, sans que la maison mère ne s’en préoccupe. Mais il n’est qu’une goutte d’eau au milieu des récits étayés de 81 anciens salariés de Kosan Kosmetik, étudiés par le tribunal judiciaire de Paris ce jeudi 20 novembre. L’audience devrait enfin permettre de juger le fond du dossier, trois ans après l’assignation en justice du groupe Rocher, en mars 2022, pour manquement à son devoir de vigilance.
Depuis 2017, la loi, unique dans le monde, impose en effet aux grandes entreprises françaises d’empêcher les violations des droits humains dans leurs filiales à l’étranger, avec des mesures de prévention concrètes. Une obligation dont




