Sur le tableau blanc laqué d’un local syndical CGT, à Arques (Pas-de-Calais), plusieurs photos de «camarades» sont aimantées au milieu de tracts. On y aperçoit surtout des ouvriers bras dessus bras dessous. Deux portraits encadrés surplombent l’ensemble. L’un des deux hommes porte une cravate, l’autre un tee-shirt décontracté. Ils arborent une moustache bien taillée. «Pascal n’a pas profité de sa retraite, il est tombé malade un an après», souffle Didier, ouvrier chez Arc France depuis plus de quarante ans, sans décrocher son regard des photos. «Alain non plus, il est décédé juste avant», embraye son collègue Laurent. Le rythme effréné (longtemps en quatre-huit) de la verrerie, les levers aux aurores et les postures pénibles auraient, selon eux, eu raison de la santé de leurs collègues qui étaient devenus des amis.
Didier et Laurent, eux, seront à la retraite à la fin de l’année. Ce jeudi 15 janvier, ils savent déjà qu’ils auront une belle fête de départ, à la hauteur de toutes ces années passées à chauffer le verre. Mais l’heure n’est pas encore aux préparatifs : leur attention est accaparée par l’avenir incertain de l’usine. «On s’inquiète surtout pour les jeunes qui restent», lâche Didier entre deux bouchées de frites.




