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Grève du 31 janvier : revivez la deuxième journée de mobilisation contre la réforme des retraites

Après avoir rassemblé deux millions de manifestants selon les syndicats le 19 janvier, les syndicats déterminés à faire reculer le gouvernement sur sa réforme des retraites, se félicitent d’avoir rassemblé encore plus de monde partout dans le pays ce mardi. Ils appellent à de nouvelles mobilisations mardi 7 et samedi 11 février.

Dans le cortège parisien contre la réforme des retraites, le 31 janvier 2023. (Marie Rouge/Libération)
Publié le 31/01/2023 à 7h59, mis à jour le 31/01/2023 à 20h45

Le deuxième round a bien eu lieu. Après avoir réuni entre un et deux millions de personnes dans la rue le 19 janvier, la mobilisation contre la réforme des retraites a rassemblé encore plus de monde dans les rues selon les syndicats : 2,8 millions de personnes dans tout le pays, dont 500 000 à Paris (contre 87 000 côté police). Transports, hôpitaux, écoles… De nombreux secteurs s’étaient mis en grève contre le texte prévoyant notamment de repousser l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, contre 62 actuellement.

Ce mardi, la jauge des manifestants grimpe presque partout, dans les grandes villes comme les petites. Outre Marseille, où la préfecture a compté 40 000 manifestants, contre 26 000 le 19 janvier, ils étaient aussi près de 25 000 à Montpellier, soit 10 000 de plus que lors de la première manifestation. Un regain perceptible aussi dans de plus petites villes, comme à Sète (4 500), Calais (5 000) ou Guéret (4 300). Au cœur des manifestations, rassemblements et piquets de grève, nos envoyés spéciaux vous racontent le mouvement au fil de la journée, auprès des grévistes de différents secteurs et à travers toute la France.

Le 31/01 à 20H07

Borne entend les «interrogations» et les «doutes» après la mobilisation. « La réforme des retraites suscite des interrogations et des doutes. Nous les entendons. Le débat parlementaire s’ouvre. Il permettra, dans la transparence, d’enrichir notre projet avec un cap: assurer l’avenir de notre système par répartition. C’est notre responsabilité !» C’est ce qu’a tweeté la Première ministre, à l’issue d’une deuxième journée de grèves et manifestations, encore plus massive que la première.

Le 31/01 à 19H56

Soutien de la Mairie de Paris à la grève : «Indigne», rage Guérini. Sur deux banderoles bleu marine, déroulées sur la façade de l’hôtel de ville de Paris, on pouvait lire ce mardi : «Mairie solidaire avec le mouvement social». Le message a quelque peu courroucé Stanislas Guérini, le ministre de la Fonction publiques et grand défenseur de la réforme, quitte à malmener les libertés individuelles pour vanter les mérites du projet. «De façon très factuelle et concrète, il y a une rupture objective d’un principe très important qui est la neutralité des services publics, une mairie n’a pas, par la loi, à afficher de messages religieux, de messages politiques, sur la façade d’un établissement public qu’est une mairie, a-t-il estimé sur RTL. Je pense que contrevenir à ce principe de neutralité du service public, c’est absolument indigne et inacceptable.» Il poursuit : «Et en tant que Parisien, pour une collectivité qui a un niveau abyssal de dette, dépenser de l’argent pour mettre deux kakémonos de 30 mètres de haut pour donner une opinion politique sur la réforme de retraites, je crois que chacun peut constater que c’est aussi irresponsable.»

Le 31/01 à 19H45

Les syndicats appellent à de nouvelles mobilisations mardi 7 et samedi 11 février. Les huit principaux syndicats français ont appelé mardi à deux nouvelles journées de grèves et de manifestations mardi 7 et samedi 11 février, au soir d’une mobilisation historique. «Le gouvernement doit entendre le rejet massif de ce projet et le retirer», a déclaré Patricia Drevon, secrétaire confédérale de Force ouvrière, lors d’une conférence de presse de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU).

Le 31/01 à 19H34

«Ce n’est pas du tout dans notre culture» : des membres de cabinets de conseil dans la rue. Ils ont troqué leurs traditionnelles chaussures pointues et chemises bien repassées pour des baskets et des gilets rouge CGT ou bleu CFTC. Les cabinets de conseil et d’audit étaient eux aussi présents à la manifestation contre la réforme des retraites ce mardi, à Paris. En petit nombre, certes, mais présents quand même. L’intersyndicale des quatre plus grandes boîtes de conseil et d’audit avait appelé à manifester ce mardi contre la réforme des retraites. Le reportage complet de notre journaliste Salomé Kourdouli.

Le 31/01 à 19H20

La SNCF a supprimé 423 TGV et 6 706 TER. Le groupe ferroviaire a annulé 7 199 trains sur 9 633 prévus hors d’Ile-de-France, mardi, selon des données ouvertes qu’il a publiées. Dans le détail, la compagnie a supprimé 423 TGV sur 650 (65%), 6 706 TER sur 8 901 (75%) et 68 Intercités sur 74 (92%), ainsi que 2 Ouigo Train Classique sur 8 (25%), soit un taux d’annulation global de presque 75%. Ces chiffres correspondent aux prévisions de la SNCF 48 heures avant la grève. Ces données ne prennent pas en compte la banlieue parisienne (Transilien), qui habituellement concentre 40% des trains SNCF et transporte 70% des clients SNCF Voyageurs. Leur circulation était très perturbée mardi, avec seulement 1 train sur 10 sur de nombreuses lignes et de nombreux tronçons ne fonctionnant qu’aux heures de pointe ou pas du tout. La SNCF attend un retour à la normale mercredi, avec des circulations «quasi-normales» sur les grandes lignes et «encore quelques perturbations locales possibles dans certaines régions», avec en particulier 2 trains sur 3 sur les lignes C et N en Ile-de-France.

Le 31/01 à 19H16

Les pancartes aux trésors. Au-delà des formules conventionnelles inscrites sur les banderoles des syndicats, Libération a repéré des messages plus créatifs et plus personnels dans le cortège parisien. Retrouvez notre florilège ici.

Le 31/01 à 19H00

2,8 millions de manifestants en France, selon la CGT. La manifestation contre la réforme des retraites a réuni mardi 2,8 millions de manifestants dans tout le pays, indique la CGT, alors que le chiffre des autorités n’était pas immédiatement disponible. Des données chiffrées supérieurs à celles communiquées par le syndicat lors de la précédente journée de mobilisation. Il avait fait état de plus de deux millions de manifestants, tandis que les autorités en avaient recensé un million.

Le 31/01 à 18H54

Epernay à fond les bulles contre la réforme : «Les gens sont en burn-out, même en Champagne». Le recul de l’âge de départ à la retraite fait bondir syndicats et vignerons, qui dénoncent le manque de considération du gouvernement dans la pénibilité avérée de leur métier. Lire le reportage complet de notre envoyé spécial Sascha Garcia.

Le 31/01 à 18H48

87 000 personnes à Paris, selon la police, et quelques affrontements place Vauban. La préfecture a recensé 87 000 manifestants à Paris ce mardi, sur les deux itinéraires reliant la place d’Italie à la place Vauban. Plusieurs points de friction ont émaillé le parcours, notamment à Port-Royal, près de la gare Montparnasse, et à proximité de l’hôpital Necker. Partie peu après 14 heures, la tête du cortège est arrivée à destination et a commencé la dispersion avant 18 heures. Des tensions sont alors apparues entre des manifestants et les forces de l’ordre sur la vaste esplanade pavée, proche des Invalides. Des projectiles répondant aux gaz lacrymogènes, et vice-versa. Plusieurs vidéos montrent également des charges des compagnies d’intervention, parfois à grand renfort de coups de matraque, notamment pour mener des interpellations. Y compris au plus près des véhicules des syndicats. A 19 heures, la préfecture de police faisait état de 30 interpellations, sans pour l’heure en préciser les motifs.

Le 31/01 à 18H27

La contre-programmation très calculée d’Emmanuel Macron. Pendant que le débat sur les retraites agite le pays, la présidence regarde ailleurs : l’Elysée met clairement en scène un président occupé par l’Ukraine ou les défis climatiques, économiques et migratoires. Aussi loin que possible du tumulte de la rue et de l’Assemblée. «C’est bien de montrer qu’il n’y a pas que les retraites, les Français vont se lasser», assure une figure du camp présidentiel. A ses yeux, la «réforme emblématique» des retraites ne serait pas un moment-clé du second quinquennat du chef de l’Etat, mais viendrait «parachever» le premier, au cours duquel il n’avait pu clôturer ce chantier. L’Elysée prépare donc déjà le «nouvel élan» post-retraites, estime cette même source.

Le 31/01 à 18H11

Les rangs des étudiants grossissent contre la réforme des retraites… et le reste. Dans le cortège parisien, les étudiants mobilisés fustigent une réforme des retraites «injuste» mais aussi l’ensemble de la politique du gouvernement. Les syndicats espèrent instaurer un nouveau rapport de force. Le reportage complet de notre journaliste Olivier Monod à Paris.

Le 31/01 à 18H02

La CGT n’exclut pas des «arrêts» dans les raffineries la semaine prochaine. «Le moment crucial, ce sera la semaine prochaine.» Eric Sellini, coordinateur cégétiste pour TotalEnergies, prédit du lourd dans les jours à venir, alors que sa centrale syndicale réitère sa volonté de poursuivre sa mobilisation dans les raffineries les 6, 7 et 8 février. Ce qui pourrait passer par «un arrêt» de certains sites, alors que les vacances scolaires auront juste commencé. Plusieurs fédérations de la CGT, comme dans l’énergie ou la chimie (raffineries), ont déjà affirmé leur volonté d’inscrire le mouvement dans le temps, quitte à le durcir. De nouvelles grèves sont d’ores et déjà à prévoir de lundi à mercredi prochain dans les raffineries, en pleines vacances scolaires qui auront commencé le 4 février pour la zone A (qui inclut Lyon et Bordeaux). Cette reconduction sera soumise au vote des salariés en assemblée générale la semaine prochaine.

Le 31/01 à 17H46

A Guingamp, «malheureusement en France, s’il n’y a pas de casse ou de blocage, ils ne bougent pas». Dans la cité costarmoricaine de 7 000 habitants, le cortège a réuni à peu près autant de manifestants que le 19 janvier et bien plus que lors des mobilisations des dernières années. Parmi eux, des ouvriers ou des commerçants qui n’avaient pas manifesté depuis longtemps. Le reportage complet de notre envoyée spéciale Elodie Auffray à Guingamp.

Le 31/01 à 17H30

Vu de Paris, une réforme qui «ne tient pas la route». Vêtu d’un beau caban, les mains dans des gants en cuir et un mouchoir en tissu pour essuyer son nez humide, Pierre manifeste pour la première fois de sa vie. «Cette réforme ne tient pas la route», pense ce professeur d’économie et gestion dans l’enseignement supérieur public. Selon lui, l’«index seniors» censé inciter les entreprises à améliorer l’emploi des salariés les plus expérimentés ne relève que de l’«affichage» : «les employeurs virent les gens à 57, 58, 59 ans et n’embauchent pas après 55 ans». Lui, qui a justement 59 ans, a commencé à faire des «petits projets» pour sa retraite, qu’il compte prendre en 2025. Mais avec sa réforme, celle-ci va s’éloigner de deux trimestres «soit une année scolaire en plus», a-t-il calculé. Or, Pierre pense être «au bout du bout de son métier». Non pas qu’il soit physiquement pénible, mais «je ne me vois pas faire encore trois ans de chasse aux portables, aux bavardages, à la bonne tenue en classe, pour susciter un très vague intérêt et corriger des copies avec un niveau de français extrêmement faible», dit-il. Bref, il vaut mieux qu’il s’arrête. De notre journaliste Frantz Durupt.

Le 31/01 à 17H23

A Marseille, «cette colère que l’on sent depuis longtemps s’exprime dans la rue». Dans la ville des Bouches-du-Rhône, la deuxième mobilisation contre la réforme des retraites a réuni ce mardi 205 000 participants selon les syndicats, 40 000 selon la police, soit près de deux fois plus que le 19 janvier. Preuve, pour les manifestants, que «l’action va s’installer dans la durée». Le reportage complet de notre correspondante Stéphanie Harounyan.

Le 31/01 à 17H18
Le 31/01 à 17H14

A Paris, un rassemblement «encourageant», s’enthousiasme François Hommeril. «C’est encourageant, ça veut dire que le mouvement s’enracine», a estimé ce mardi le chef de file de la CFE-CGC, François Hommeril. «J’envoie un message au gouvernement et aux députés qui débattent à l’Assemblée : puisque vous invoquez ce que veulent les Français, lisez la presse, écoutez radios et télévisions. Ce que veulent les Français, c’est ici que ça se passe.»

Le 31/01 à 17H04

Mobilisation stable ou en hausse dans la plupart des villes. La jauge monte presque partout, dans les grandes villes comme les petites. Outre Marseille, où la préfecture a compté 40 000 manifestants, contre 26 000 le 19 janvier - un niveau de mobilisation qui n’avait pas été observé dans la cité phocéenne depuis près de vingt ans - la participation a aussi progressé à Nantes, où la police a dénombré 28 000 personnes dans le cortège, contre 25 000 la fois précédente. Ils étaient aussi près de 25 000 à Montpellier, soit 10 000 de plus que lors de la première manifestation. Un regain perceptible aussi dans de plus petites villes, comme à Sète (4 500), Calais (5 000) ou Guéret (4 300).

Le 31/01 à 16H49

Au boulot et à la maison : quid de la «double journée » des femmes ? Dans le cortège parisien, Léa le dit sans détour : ce qui la consterne le plus, c’est cette «non reconnaissance de tout le travail domestique et parental, principalement géré par les femmes». L’injustice est d’autant plus grande que «personne ne prend en compte que les femmes font constamment des double-journées : après le travail, elles rentrent chez elles et s’attellent à gérer toute la maison, souvent seules. Et pourtant, elles vont devoir travailler plus longtemps car tout ça ne compte pas». Pêle-mêle, elle liste celles qui toucheront des miettes en guise de pension de retraite : «Celles qui ont eu des interruptions de carrière pour s’occuper de leurs proches, qui arrêtent de travailler un temps pour leur famille...» Pour Léa, c’est simple : «Etre ici, c’est une question de solidarité. Au-delà de la question des femmes, cette réforme va accroître les difficultés de tout le monde, dans tous les domaines.» De notre journaliste Cassandre Leray.

Le 31/01 à 16H40

Premières tensions dans le cortège parisien. La manifestation n’a pas fait la moitié de son parcours sur l’itinéraire principal, que la tête du cortège est scindée, carrefour de Port-Royal (XIVe arrondissement), par une colonne de gendarmes mobiles en tenue de maintien de l’ordre et au pas de course. Ils sécurisent une banque victime de casse. A 14 h 45, la préfecture de police faisait était de 7 000 contrôles ; à 15 h 30, elle recensait six interpellations. Vers 16 h 15, des gaz lacrymogènes étaient utilisés dans le même secteur, boulevard de Montparnasse, afin de «disperser le groupe composé d’éléments radicaux qui cherche à dégrader des commerces sur l’itinéraire», d’après la préfecture. Plusieurs vidéos filmées à l’avant du cortège montrent de nouvelles interpellations, et quelques jets de projectile sur les forces de l’ordre. Le reste de la manifestation semble se dérouler dans le calme.

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