En résumé :
- Les Français étaient appelés dans la rue ce samedi pour une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Plus d’un millions de manifestants ont été comptés par la CGT, là où le ministère de l’Intérieur en recense 368 000. Il s’agit de la plus faible mobilisation depuis le début de la contestation.
- En amont du défilé parisien, Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT) se sont prononcés pour une consultation citoyenne sur le sujet.
- Au Sénat, l’examen du texte pourrait s’achever dès ce samedi soir. Vendredi, le gouvernement a fait usage de l’article 44-3 de la Constitution, qui permet un vote unique sur l’ensemble du projet de loi.
Plus d’un million de manifestants en France pour la CGT, 368 000 pour l’Intérieur. Plus d’un million de personnes ont manifesté samedi en France pour la septième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, annonce la CGT, alors que les autorités ont dénombré 368 000 personnes dans les cortèges. Il s’agit du chiffre le plus faible avancé par la centrale syndicale depuis le début du mouvement social, inférieur aux 1,3 million de manifestants du 16 février. Le ministère de l’Intérieur avait alors dénombré 440 000 personnes dans la rue.
La loi pourrait être adoptée dès ce soir. Le rythme des débats s’accélère au Palais du Luxembourg. Depuis 14h30, les sénateurs ont déjà discuté des articles 13, 14 et 15, et s’acheminent vers l’adoption du seizième point de ce projet de loi. S’il reste officiellement 209 amendements à examiner, un grand nombre d’entre eux ne seront pas présentés par les sénateurs faute de présence. Près de la moitié, a appris Libération auprès du groupe socialiste, qui décompte – à la louche – encore 4 heures 30 de discussions. « On va perdre ce soir, mais on perdra dans l’honneur », se console Patrick Kanner, patron des sénateurs du PS.
... et 48 000 pour la Préfecture de police ! Troisième chiffre, celui de la Préfecture de police de Paris. D’après les autorités, 48 000 manifestants ont défilé aujourd’hui dans la capitale dans le cadre du rassemblement intersyndical.
300 000 manifestants à Paris selon la CGT, 10 fois moins pour Occurrence. La CGT annonce que 300 000 personnes se sont mobilisées ce samedi dans la capitale. Selon le cabinet indépendant Occurrence, les manifestants parisiens étaient au nombre de 33 000 à Paris (27500 dans le cortège principal et 5 500 dans le cortège bis).
Les «Vagins vigilants» présents dans le cortège parisien. Jeanne et Ninon ont quinze ans et arborent des stickers jaunes avec un œil vertical, «Vagins vigilents». «On traîne avec le NPA et ils nous ont donné ça !», nous dit Jeanne en nous tendant un sticker (au verso, on peut lire qu’il s’agit d’une incitation à se former à l’auto-defense féministe). Jeanne, qui fréquente le lycée Voltaire (XIe arrondissement), très mobilisé, est déjà rompue au militantisme : «Je suis là pour les retraites mais aussi parce que je suis contre Parcoursup, le Service national universel, et plein d’autres trucs. Les manifs c’est aussi en profiter pour manifester contre plein de choses». Sa camarade Ninon, qui fréquente le lycée privé Edgar Poe (Paris Xe, non mobilisé contre la réforme des retraites) en profite aussi pour distribuer ses stickers jaunes et manifester son désaccord avec la réforme des retraites et le monde comme il va.
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Les femmes sont nombreuses à dénoncer l’injustice de la réforme, comme cette journaliste récemment licenciée (qui veut garder l’anonymat) qui scande «Simone, Gisèle, au secours» ou encore Diane Roussel, 45 ans, enseignante-chercheuse en Histoire à la fac de Marne-la-Vallée : «J’ai fait des études tellement longues, j’ai deux enfants, quel est donc ce climat général de dégradation, ce délitement du système ?». Elle est venue en famille avec des pancartes bricolées et des paillettes sur les joues. Son plus jeune enfant ajoute : «C’est vrai maman que tu vas devoir travailler encore plus ?». Par notre journaliste Marie-Eve Lacasse.
Jean-Luc Mélenchon veut «trouver une porte de sortie par la force». «Il faut trouver une porte de sortie, donc nous allons en trouver une par la force», a affirmé Jean-Luc Mélenchon, le leader Insoumis, samedi à Marseille, dans le cadre des manifestations contre le projet de réforme des retraites. «Macron ne laisse d’autre possibilité à personne que d’être dans ce rapport frontal, eh bien nous sommes frontaux et nous espérons que d’ici quelques jours, il finisse par comprendre que ça ne peut pas durer comme ça», a plaidé l’ancien député LFI des Bouches-du-Rhône, aux côtés de Manuel Bompard, qui lui a succédé dans l’hémicycle.
Estimant que «jamais on n’a eu l’impression que le pouvoir était aussi faible, et en même temps, nouveauté, ridicule, ayant des mots de trop, des gestes déplacés», Mélenchon a une nouvelle fois affirmé son «sentiment qu’il est possible d’obtenir le retrait de ce texte de loi».
La réforme des retraites devrait être adoptée au Sénat malgré les 316 amendements restants. «On ne retirera pas nos amendements. Ils essayent de nous humilier, mais on reste debout et dignes», a affirmé le sénateur communiste Fabien Gay à Libération. Malgré l’impossibilité de voter des amendements non retenus par le gouvernement, la gauche sénatoriale continuera de défendre ses propositions. «Le but est de donner de l’écho dans l’institution parlementaire à ce qui se passe dans la rue», défend Laurence Rossignol, vice-présidente du Sénat (PS). Il reste près de douze heures de discussions. «Le projet devrait être adopté demain dans l’après-midi», souffle Fabien Gay. Par notre journaliste Mattias Corrasco.
80 000 personnes à Marseille d’après les syndicats, 7 000 d’après la préfecture. La porte d’Aix, fin du parcours, est en vue pour les premiers partis. Les manifestants continuent d’affluer et l’intersyndicale a déjà annoncé 80 000 personnes à Marseille pour cette nouvelle journée de mobilisation. La préfecture n’en dénombre que 7 000. Le 11 février, les syndicats annonçaient 140 000 manifestants, 12 000 selon les pouvoirs publics. Pascal, délégué CGT dans la construction, aurait espéré plus, «mais nous, on est là, c’est ce qui compte», insiste-t-il. A côté de lui, une pancarte suggère que «jusqu’ici, le peuple a été gentil». Faut-il durcir le mouvement ? «C’est bien beau de dire on bloque, mais faut avoir plus de monde alors, renvoie le syndicaliste. Ils voudraient nous pousser dans les extrêmes, pour dire ensuite que tout est de notre faute.» Pour lui, il faut déjà continuer à occuper le pavé : «On a déjà gagné la bataille des idées, tous les travailleurs ont compris que cette réforme, c’était une arnaque. Que le gouvernement ne nous entende pas, c’est une chose, mais au moins, ça a été dit.» Par notre journaliste Stéphanie Harounyan.
A Paris : «Je me demande pourquoi il n’y a pas plus de violence». Et maintenant, on fait quoi ? «On a l’impression que tous les moyens de manifestation pacifiques ont été épuisés», dit Marc, magicien de métier. «Le gouvernement n’écoute rien. Je me demande pourquoi il n’y a pas plus de violence car sur tous les sujets, la retraite, mais aussi la planète, l’éducation, le gouvernement n’est pas à la hauteur». Souhaite-t-il que ça pète ? On le dirait. «Malheureusement, le gouvernement n’écoute que lorsque des Gilets jaunes envahissent l’Arc de Triomphe, ou des black blocs vont au carton contre la construction d’un aéroport inutile», comme à Notre-Dame-des-Landes. «La violence est une réponse à la violence d’Etat. Il n’y a qu’à voir les CRS, on dirait des robocops», ajoute cet intermittent du spectacle de 32 ans. Les policiers sont pourtant peu visibles, les forces mobiles étant cantonnées dans les rues adjacentes pour éviter toute provocation. Une heure et demie après le départ du cortège, la foule continue de s’écouler tranquillement sur les grands boulevards parisiens, calme et déterminée. «Et on ira, on ira jusqu’au retrait», scande un groupe de jeunes. Jusqu’au retrait ? Et que se passera-t-il si le texte est adopté ? Par notre journaliste Eve Szeftel.
A Paris, «moins de turbin, plus de câlins». Les boutiques de fringues chères et boulangeries de luxe ont fermé leurs portes à clé : c’est que la manif, sur le boulevard Beaumarchais, à Paris (IIIe arrondissement) , risque de déranger les rares clients réfugiés à l’intérieur, médusés par ce qui se trame dehors. Il faut dire que les slogans révolutionnaires ou ce drapeau rouge brandit par un militant CGT, «Vive la commune», tranche dans le luxe ambiant. La palme du meilleur slogan revient à «Moins de turbin, plus de câlins» : la pancarte, tendue bien haut par Antoine Perrin, employé EDF qui en est à sa cinquième manif, et «qui serait pour un référendum», défie la boutique Merci au-dessus de laquelle un.e petit.e malin.e a ajouté un «non merci». Accroché à un lampadaire, un homme (?) habillé en Hulk appelle à la «Grrrrrrève» au risque d’une «très grosse colère de Hulk». Plus sérieux, un «jeune actif» comme il se définit, Guillaume Cartalas, regrette qu’avec une telle réforme, il risque de ne pas pouvoir «faire du bénévolat à sa retraite auprès des migrants ou des jeunes en réinsertion» comme son grand-père, qu’il admire. Plus loin, des militantes de Greenpeace, dont Anna Fradet et Hanaé Yamashita, rappellent à juste titre que «sans planète, pas de retraite». Par notre journaliste Marie-Eve Lacasse.
A Paris, «au deuxième tour, on a voté Macron par défaut. On le paie maintenant». Le gouvernement ne veut pas retirer sa réforme ? «On ne battra pas en retraite», lui répond une banderole, derrière laquelle se massent des étudiants. Parmi eux, Sarah, Coline et Sarah, 19 ans, toutes trois en 2e année de licence d’économie politique à la Sorbonne. L’avenir de la mobilisation, alors que le débat parlementaire s’accélère, et pourrait déboucher par l’adoption rapide du texte, si besoin via le 49-3 ? «On espère que ça va continuer. Mais c’est compliqué. Lundi, la direction a fermé la fac préventivement, alors on n’a pas d’endroit pour faire des AG. On essaie de se coordonner via Whatsapp. En plus, les profs qui ne font pas grève ont maintenu leurs cours en distanciel. Pour moi qui suis boursière, je peux pas me permettre de rater plus de trois TD, sinon je serai considérée comme ‘défaillante’, et on me sucrera ma bourse», confie Sarah. Coline est là «pour ses parents, qui sont proches de la retraite». Pas pour elle, qui a du mal à se projeter dans un avenir obscurci par la crise climatique. «Il y a des trucs plus importants, comme le climat», soupire la jeune femme. L’autre Sarah, elle, pointe du doigt un «problème démocratique» à vouloir faire passer la réforme en force. Mais le mal vient de plus loin : «au deuxième tour, on a voté Macron par défaut. On le paie maintenant». Un référendum, comme le proposent certains syndicats ? «Pourquoi pas, au moins ce serait démocratique». Par notre journaliste Eve Szeftel.
Vu à Paris : toc, toc, toc, y’a quelqu’un ?
A Marseille, les manifestants en marche. Le cortège, après s’être étoffé, a démarré à Marseille. Au micro, sous le ballon multicolore de la FSU, le délégué syndical régional motive ses troupes. «C’est inadmissible que le président de la République ait refusé de recevoir l’intersyndicale, s’énerve-t-il. Mais qu’est ce que c’est que ce type enfermé dans son palais ? Ça suffit !» «Oui, ça suffit !», scande en écho la foule. Même ras le bol sur la pancarte d’Anne, 52 ans, institutrice en maternelle : «Depuis janvier, on vous dit non ! Marre de ce mépris ! Marre de la Macronie !» «Ca m’est venu parce que le samedi, on aurait mieux à faire, explique-t-elle. Mais on continuera tant qu’il ne comprendra pas que ce n’est pas possible de travailler deux ans de plus. On n’a pas le même boulot. Le travail, eux, ils le font en théorie !» Par notre journaliste Stéphanie Harounyan.
Bruno Retailleau renonce à son amendement anti-régimes spéciaux. Le sénateur (LR) Bruno Retailleau vient de retirer son amendement visant à accélérer la suppression des régimes spéciaux. Près de 300 sous-amendements initialement déposés par le groupe communiste, sont par conséquent tombés, réduisant au nombre de 365 le nombre d’amendements à examiner. «Vous le vouliez, il l’a retiré», ironise le président de séance à la chambre haute, Roger Karoutchi. «C’était sûr : le 44-3 permet à Bruno Retailleau de retirer sa proposition sur la clause grand-père en catimini», fustige le séanteur écologiste Guillaume Gontard. Par notre journaliste Mattias Corrasco.
Une foule dense à Paris, mais pas forcément au niveau du 11 février. Pour ce deuxième samedi de manifestations, les syndicats ne s’attendent pas à battre un nouveau record dans les rues, quatre jours après un 7 mars déjà massif, mais «qui n’a pas fonctionné totalement», de l’aveu de Benoît Teste, secrétaire général de la FSU. De fait, admet-il, «la France à l’arrêt, ça reste à construire». Impossible de dire si le cortège parisien sera aussi garni que celui du samedi 11 février (la préfecture avait enregistré 93 000 manifestants, record du mouvement dans la capitale), mais la foule qui a commencé à défiler depuis République vers Nation en passant par Bastille est importante, avec entre autres des étudiants bien représentés et des ballons CFDT qui attendent encore de quitter la place de la République. Par notre journaliste Frantz Durupt.
Au Sénat, la gauche sur le mode de la litanie face au 44-3. 14h30, la séance reprend : «Merci de ne pas poser de question parce que par définition, les élus ne peuvent pas vous répondre». La phrase du président de séance, le vice-président Roger Karoutchi, résume assez bien l’ambiance au Sénat depuis ce matin. En raison du déclenchement de l’article 44-3 par Olivier Dussopt vendredi, les parlementaires ne pourront «se [prononcer] par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement». Malgré tout, les sénateurs de gauche ont décidé de tenir bon, en défendant malgré tout leurs amendements. «Nous donnerons jusqu’au bout nos arguments […] Nous resterons mobilisés jusqu’au retrait de cette réforme», déclare le sénateur Fabien Gay. Comme ce matin, chacune des prises de parole des sénateurs est donc marquée par le refrain suivant : «Vous avez décidé de dévitaliser la fonction parlementaire par l’addition de toutes les procédures que vous offre la Constitution et le règlement. Vous espériez sans doute que nous laissions la retraite des Français entre les mains des droites coalisées. Nous ne sommes pas dupes, les Français non plus. Nous ne lâcherons rien, nous ne lâcherons pas.»
Mais la gauche tient à innover, et Libération s’est procuré la nouvelle litanie des sénateurs, actualisée pour la deuxième partie de l’après-midi. «6 manifestations historiques, 90 % des actifs opposés à la retraite à 64 ans. Et votre seule réponse c’est le mépris. Mépris envers l’opposition sénatoriale. Et surtout le mépris du président de la République envers les syndicats, qu’il refuse de recevoir, mépris envers les salariés et les Français. Votre projet n’est pas légitime. Retirez-le !». «On est encore nombreux en séance à gauche : ces amendements on les défend vraiment pour la gloire…», soupire Laurence Rossignol. Un nouveau slogan devrait arriver dans la soirée, reprenant cette fois-ci le communiqué de l’intersyndicale. Par notre journaliste Mattias Corrasco.
Vu à Paris : Emmanuel Arnault ou Bernard Macron ?
Participation en baisse un peu partout en France. Pour cette seconde journée de mobilisation organisée un samedi, de manière à permettre aux salariés d’y participer sans avoir à poser un jour de grève, la participation devrait être moins forte au vu des mobilisations déjà en cours ou terminées à la mi-journée. A titre de comparaison, à Tarbes, 2 500 personnes ont défilé samedi, selon la préfecture, contre 4 600 le 11 février. Dans le Nord, 950 personnes se sont rassemblées à Douai selon la préfecture, contre 3 200 le 11 février, et 1 300 à Valenciennes, contre 3 200 il y a un mois. Pour mémoire, dans l’ensemble du pays, 963 000 personnes étaient descendues dans la rue selon le ministère de l’Intérieur, plus de 2,5 millions selon la CGT.
Dans la manif parisienne avec Libé sur Instagram. Vous vouliez manifester mais vous êtes (comme moi) bloqué au travail ? Vous avez envie de jauger de l’ambiance dans le cortège parisien depuis votre canapé ? Alors connectez-vous à notre direct sur Instagram au cœur de la manif à Paris. Nos journalistes Mickaël Frison et Sacha Nelken vous font vivre l’événement au plus près.
A Marseille, le Vieux-Port peine à se remplir. «Mais ils sont où, les gens ?», souffle une dame, chasuble CGT sur le dos. Le rendez vous était donné à 14 heures et le Vieux-Port de Marseille n’a pas encore fait le plein. Prévisible pour un samedi. Du coup l’intersyndicale a prévu un parcours moins ambitieux que celui de mardi dernier, où 245 000 personnes selon les syndicats (30 000 selon la police) avaient défilé. «C’était pareil pour l’autre samedi de manif et ça n’a pas empêché l’affluence lors des rassemblements suivants», se console Tatiana, 30 ans, qui n’a pas raté un rendez-vous depuis le début de la mobilisation. Ce samedi, elle est venue avec sa fille Ghiulia, 5 ans, pancarte tenue avec les deux mains : «Les vacances et les mercredis, je veux être chez papi et mamie». Par notre journaliste Stéphanie Harounyan.



