En résumé :
– Comme Emmanuel Macron vendredi, Elisabeth Borne a assuré dimanche qu’elle était à la disposition des syndicats, pour les rencontrer sur… tout autre chantier que celui des retraites. Les deux têtes de l’exécutif ont déjeuné à l’Elysée ce lundi avant de réunir les chefs de la majorité.
– A Paris, à l’appel de SUD Culture et de la CGT, près de 300 agents renforcés par une interprofessionnelle bloquent les quatre entrées du musée du Louvre.
– Mardi, le trafic sera «très perturbé» sur le réseau RER, avec en moyenne un train sur deux sur les lignes A et B. Dans le métro parisien, les perturbations devraient être moindres que la semaine dernière. La SNCF prévoit, elle, 3 TGV sur 5.
Dans un bar parisien, le réseau pour la grève générale veut «soulever des montagnes». À l’appel du réseau pour la grève générale, un groupe informel né à la suite d’une tribune signée par 300 personnalités dans le JDD, les «camarades» se retrouvent dans un bar du XXè arrondissement. Au programme : «soulever des montagnes». En clair, il s’agit de coordonner les différents secteurs sur les actions à venir. Khaled, la barbe bien taillée en dégradé, était présent à la tyru d’Ivry ce matin. «L’idée c’est mieux se répartir les différentes tâches. Ce matin on était presque un millier au centre d’incinération mais on aurait bien pu être 300 sur le site de Romainville, 300 sur le site d’Issy-les-Moulineaux. Notre action n’aurait été que plus efficace.» Par Théodore Laurent
7 300 tonnes d’ordures non ramassées dans les rues de Paris. Symboles de la contestation contre la réforme des retraites, les poubelles s’amoncellent toujours dans la capitale. Il demeure 7 300 tonnes de déchets dans les rues de Paris, d’après la mairie, qui a tenu une cellule de crise ce lundi. Vendredi, la municipalité en dénombrait 10 500. «Pour le dimanche 26 mars, les agents de la DPE [direction de la propreté et de l’eau, ndlr] ont ramassé le double d’un dimanche normal», assure la ville de Paris dans un communiqué. Qui relève que «la collecte des déchets reste dégradée ce jour dans un contexte social tendu». «Ce matin, 162 bennes sont sorties dans tous les arrondissements et la priorité est donnée aujourd’hui et demain au traitement des parcours de la manifestation», indique la mairie.
Violences policières : Mélenchon s’en prend «à l’organisateur du chaos : Gérald Darmanin». Alors que le ministre de l’Intérieur a annoncé un dispositif policier «inédit» pour la dixième journée de mobilisation et de grève, mardi, le leader insoumis est revenu ce lundi soir sur les violences policières lors des manifestations contre la réforme des retraites et sur la répression à Sainte-Soline, «un traquenard délibéré et organisé». «Demain, soyez des millions, déferlez, montrez que la démocratie est vivante», a-t-il lancé, appelant de nouveau à une «censure populaire» de la réforme. «Ce n’est pas aux fonctionnaires de police que nous en voulons, mais à l’organisateur du chaos : Gérald Darmanin», a-t-il assené. Par Léna Coulon.
«Faites l’amour, pas la grève», tentent les Jeunes avec Macron. On le savait, la branche jeunesse de Renaissance est experte en opérations de communication foireuses et en récupérations malaisantes. Après sa vidéo flop des dernières législatives où elle imaginait ce que deviendrait la France si la Nupes arrivait au pouvoir, les jeunes macronistes récidivent – un peu moins grossièrement – ce lundi dans un tweet vantant le dispositif qui permet aux moins de 25 ans de bénéficier de préservatifs gratuits en pharmacie. Avec cette légende : «Faites l’amour, pas la grève.» Un emprunt assez savoureux à Mai 68, évènement pourtant honni par la macronie. La publication a en tout cas été immédiatement reprise et détournée par une foule d’internautes qui rappellent dans leur majorité que faire la grève et faire l’amour sont deux activités tout à fait bénéfiques et compatibles.
On s'est permis de modifier. https://t.co/v7TVMNsyaq pic.twitter.com/atV7RElIMe
— Jeunes Communistes (@_MJCF) March 27, 2023
Gérald Darmanin annonce un dispositif policier «inédit» pour les manifestations de mardi. Attention aux coups de matraque et aux éclats de grenades. Anticipant «des risques très importants de troubles à l’ordre public» pour la journée de mobilisation et de grève de mardi, le ministère de l’Intérieur annonce le déploiement d’un «dispositif de sécurité inédit» pour encadrer les manifestations avec «13 000 policiers et gendarmes dont 5 500 à Paris». C’est 1 000 policiers et gendarmes de plus que pour la précédente journée du 23 mars. En espérant que la Brav-M reste dans les limites de la déontologie cette fois…
Recours devant le Conseil d’Etat après les propos de Darmanin sur le «délit» de «manifestation non déclarée». Un recours en urgence devant le Conseil d’Etat a été déposé ce lundi après la déclaration du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a qualifié mardi dernier de «délit» méritant «une interpellation» toute participation à une manifestation non déclarée. «Cette consigne manifestement illégale» porte atteinte «à la liberté d’aller et venir» et «à la liberté de manifestation», estime le militant écologiste et ex-maire adjoint de Grenoble Raymond Avrillier, à l’origine de cette demande consultée par l’AFP. «Cette déclaration d’un ministre de l’Intérieur, supérieur hiérarchique des forces de l’ordre, s’apparente à une décision administrative qui vaut consigne aux forces de l’ordre», a affirmé auprès de l’AFP Jérôme Karsenti, son avocat. La «consigne» de Gérald Darmanin «a été appliquée par les forces de police et de gendarmerie, dès les jours suivants : des personnes présentes dans ou aux abords de manifestations non déclarées ont été interpellées, parfois violemment, placées en garde à vue, certaines renvoyées devant les juges», fait valoir la requête.
Finalement, les éboueurs de Derichebourg travaillent ce lundi. A 16h30 les premiers camions Derichebourg sortent finalement du site. Au volant des premiers engins, les hommes aperçus plus tôt aux abords de la salle de réunion. Ce sont les intérimaires. «Pour nous, on va bien travailler cet après-midi et ce soir», lâche le conducteur avant de démarrer en trombe, suivi de près par une flopée d’autres camions bennes. Au volant : les salariés de Derichebourg présents à l’AG. Si les négociations sont toujours en cours, cette journée sera bien un jour de travail pour l’ensemble des éboueurs du site, confirme un délégué syndical de la CFDT. «Ils ont laissé tomber», souffle un homme de la fenêtre de son camion, visiblement déçu. Avant qu’un collègue éboueur ne s’appuie sur lui, passe la tête par la fenêtre et gueule «on s’est encore bien fait niquer !» Par Charles Delouche-Bertolasi.
Enregistrements sonores accablants : les policiers de la Brav-M identifiés. L’IGPN a «formellement» identifié les fonctionnaires ayant menacé, frappé et proféré des injures homophobes envers des manifestants arrêtés dans la nuit du 20 mars. Ils n’ont pas été pour le moment suspendus.
Chez Derichebourg : «Il me manque des trimestres, je suis bien obligé de travailler.» Dans le fond de la pièce, Oumar désigne le «doyen» de la bande : un petit homme de 69 ans, chétif, qui serre contre lui son sac à dos. «Il me manque des trimestres, je suis bien obligé de travailler», souffle-t-il. «C’est difficile pour les gens qui sont en souffrance d’âge, reconnaît Oumar. Je ne sais pas comment ils font pour tenir, alors, vraiment chapeau.» Parmi l’assistance, tous ont commencé le métier au début de la vingtaine. Près de trente ans plus tard, les corps sont «fatigués, cassés» témoigne un éboueur du XVIIIe arrondissement, casquette militaire sur la tête et clope au bec. Pour Kamel, 50 ans, c’est la 23e année derrière un camion. A 16 heures, les salariés parlementent encore, la direction est présente à l’AG et les camions sont toujours au parking. Devant les portes de la salle, on perçoit éclat de voix et applaudissements. Par Charles Delouche-Bertolasi.
Le trafic SNCF «fortement perturbé» mardi, 3 TGV sur 5 en moyenne. La circulation des trains sera «fortement perturbée» sur certaines lignes mardi, pour la dixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, avec notamment 3 TGV sur 5, 1 TER sur 2 et toujours des difficultés en Ile-de-France, a indiqué la direction ce lundi. SNCF Voyageurs recommande aux voyageurs qui le peuvent d’annuler ou reporter leurs déplacements prévus, même si les perturbations annoncées seront moins importantes que lors de la précédente journée interprofessionnelle, jeudi.
A l’AG des éboueurs Derichebourg : «Il faut vraiment que le milieu poubelle se concerte.» Les dizaines de camions dorent au soleil. A l’intérieur du local de la Courneuve, on discute. On se serre. Quelques minutes avant l’AG, Miloud, 61 ans raconte les difficultés d’être éboueur. «C’est le métier dans lequel il y a le plus d’accidents du travail», affirme l’homme aux cheveux en brosse. A sa gauche, Oumar fait oui de la tête : «Il faut vraiment que le milieu poubelle se concerte, qu’on essaie d’aller tous dans le même sens pour adopter un plan clair. Il est temps de prendre en compte les doléances du secteur privé.» Pour Miloud, ce métier reflète plus que tout les inégalités sociales du pays. «Nous, on part à 62 et on va devoir partir à 64 ans avec la réforme alors que les agents de la mairie qui partaient à 57 ans partiront deux plus tard avec la nouvelle loi. C’est toujours mieux que nous.» Les collègues se souviennent d’un travailleur «tombé au début du mois de février». Un homme de 63 ans, mort au milieu du parking, à six mois de la quille. «Il mettait des croix dans son vestiaire et attendait la fin. Il ne verra jamais la retraite.» Par Charles Delouche-Bertolasi.
O surprise, Ryanair est contre la réforme. La compagnie irlandaise Ryanair a indiqué ce lundi que la grève de contrôleurs aériens en France contre la réforme des retraites avait retardé plus d’un quart de l’ensemble de ses vols en Europe le week-end dernier et conduit à l’annulation de 230 trajets aériens. «Ces perturbations répétées des survols de l’UE sont inacceptables», a dénoncé dans un communiqué le transporteur aérien à bas prix, premier d’Europe en nombre de passagers transportés, qui prend régulièrement pour cible le contrôle aérien (ATC, de son acronyme en anglais) français. Ryanair a lancé la semaine dernière une pétition auprès de ses passagers, leur demandant d’appuyer ses appels répétés aux autorités européennes pour protéger les survols du territoire français en cas de mouvements sociaux. Lundi après-midi, la pétition approchait les 60 000 signataires.
Macron accuse La France insoumise de vouloir «délégitimer» les institutions. Selon un participant de la réunion qui rassemble ce lundi à l’Elysée les chefs de file des groupes parlementaires de la majorité et des membres du gouvernement, le président de la République a accusé le parti de Jean-Luc Mélenchon de vouloir «délégitimer» les institutions de la Ve République. Selon cette personne, citée par l’AFP, le Président a déclaré : «Il y a un réel projet politique mené par La France insoumise qui tente de délégitimer l’ordre raisonnable, nos institutions.» Par ailleurs, Emmanuel Macron a affirmé à ses troupes son intention de «continuer à tendre la main» aux syndicats.
Au site Derichebourg de La Courneuve, il est 15 heures passées et on se prépare pour le deuxième round avec l’équipe de l’après-midi. Les travailleurs arrivent compte-goutte dans le local. Il y a Miloud, Kamel, Oumar et beaucoup d’autres. Tous attendent que Oumar Mody Magassouba, délégué syndical de la CGT, prenne la parole sur la question du jour : adhérer ou non au mouvement social. «On a déposé un préavis la semaine dernière et il devait prendre effet aujourd’hui à minuit, mais la direction de Derichebourg a anticipé notre mouvement et nous a rencontrés vendredi, relate l’homme 46 ans au bouc grisonnant. Et ensuite on a soumis les propositions de la direction aux salariés.» Plus tôt dans la journée, l’équipe du matin a décidé de «sortir les camions». Comprendre : aller travailler et effectuer le ramassage des ordures. Maintenant, les salariés doivent se prononcer. Ils sont une vingtaine à garnir la salle de réunion. Ça sent le café et la bonne humeur.
Chez Derichebourg, les éboueurs demandent pêle-mêle la prise en compte de la pénibilité, une augmentation des salaires ou encore la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine. Pour Oumar, bonnet noir vissé sur la tête et chasuble rouge de la CGT, «l’objectif est aussi de montrer qu’on est solidaires avec ceux qui sont mobilisés et qu’on suit ce qui se passe. Ce n’est pas normal que notre métier ne soit pas reconnu comme un travail pénible. Il y a beaucoup de métiers qui devraient l’être et le nôtre en fait plus que partie». Par Charles Delouche-Bertolasi.
Au moins 200 lycées bloqués ce lundi selon le syndicat Fidl. L’intersyndicale lycéenne, qui revendique plus de 1 500 établissements bloqués depuis le début du mouvement, a appelé à des blocus reconductibles toute la semaine. Les lycéens allient rejet de la réforme des retraites et refus du service national obligatoire (SNU), appelé à se généraliser.
🔴PLUS DE 200 LYCÉES BLOQUÉS🔴
— 📣 FIDL, le syndicat lycéen (@FIDLnational) March 27, 2023
Malgré qu’hier c’était le week-end, les lycéennes et lycéens ont tout de même réussi à #bloquer.
Demain va être grandiose, #BlocusGénéral ✊⚡️
Sous l’aile Richelieu du Louvre en grève : «Quand tu es archéologue, tu as le dos en vrac à partir de 45 ans». On est parti faire un tour devant l’entrée située sous le tunnel du pavillon Richelieu. Les chants résonnent dans la pénombre, les touristes arrivent ou repartent. On discute avec Séverine Hurard et François Gentili, archéologues et membres de la CGT Culture. Encore plus en contact direct avec les usagers du musée que le piquet principal devant la pyramide, ils sont tous deux agréablement surpris de «l’incroyable bienveillance des visiteurs». «Un Américain nous a même dit qu’il rêverait de voir les gens se battre autant dans son pays ! Les seuls qui se sont énervés contre nous ce matin, ce sont les retraités auditeurs qui ont la carte du Louvre et qui peuvent donc venir tous les jours», assure Séverine Hurard. «Cela montre bien que la base de Macron, c’est ça», dit François Gentili, en rapprochant ses mains. La syndicaliste énumère les mobilisations récentes dans la culture, aux musées de Cluny ou de Picasso. «Notre secteur ne fait pas grève par procuration», rappelle-t-elle. Alors que Séverine Hurard finit sa phrase, une femme de la cinquantaine danse sur un chant anti-Macron, demande si le musée sera fermé aujourd’hui. Un agent autocollant SUD Culture lui répond que non. «C’est pas grave», répond-elle en souriant. «Il y a aussi des ouvriers dans la culture et de la pénibilité dans plein d’autres métiers, soupire Séverine Hurard. Quand tu es archéologue, tu as le dos en vrac à partir de 45 ans à force de te baisser. Donc on défend nos retraites, les questions de pénibilités mais plus largement une certaine idée de la démocratie, particulièrement abîmée depuis deux mois.» Par notre journaliste Damien Dole.
30 % des professeurs du primaire seront en grève mardi. Le Snuipp-FSU, premier syndicat dans les écoles maternelles et élémentaires, prévoit un tiers d’enseignants en grève demain. Cette estimation du taux de grévistes, plus faible que la précédente, s’explique selon le syndicat par «les journées de mobilisation qui se succèdent et deviennent un sacrifice financier pour les enseignants». «Il y a également une préoccupation des enseignants de ne pas pénaliser enfants et parents au dernier moment», selon la secrétaire générale, Guislaine David.
61 universités bloquées, Tolbiac fermée pour la semaine. Les étudiants poursuivent leurs actions. Une soixantaine d’établissements sont toujours occupés ou bloqués. Le site de Tolbiac de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, haut lieu des mobilisations étudiantes, est fermé pour la semaine. Les différents syndicats appellent à rejoindre les cortèges ce mardi. La coordination nationale étudiante (proche du NPA) souhaite aussi aller organiser des blocages dans les lycées jeudi. Selon nos informations, une manifestation contre l’extrême droite est également en cours d’organisation après des agressions de cortèges et de blocages étudiants par les «Waffen Assas», une émanation du GUD.
Des barrages filtrants visent des centres économiques. Deux barrages filtrants ont été mis en place lundi matin à l’entrée de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), dont le deuxième réacteur a été mis à l’arrêt dans la nuit. «L’objectif c’est de peser sur l’économie d’EDF […] en ralentissant le démarrage de l’arrêt de tranche» pour «faire pression sur le gouvernement» sur la question des retraites, a expliqué Olivier Berty, délégué CGT du site. Dans l’Aude, tôt dans la matinée, environ 80 personnes ont également mené un barrage filtrant à l’entrée du dépôt pétrolier de Port-la-Nouvelle, précédemment bloqué du 16 au 24 mars. Le blocage a été levé à 11H30 par les forces de l’ordre. Un autre barrage filtrant a été installé lundi matin dans les Ardennes par quelques dizaines de personnes à l’appel de l’intersyndicale, sur une voie d’accès desservant à la fois le site Stellantis des Ayvelles, près de Charleville-Mézières, et un supermarché Cora. Le barrage laissait passer les salariés mais bloquait les sorties de camions des deux sites depuis 6h45, a indiqué un porte-parole de la direction de Stellantis. La situation s’est «débloquée» en fin de matinée, a indiqué Stellantis.
«La loi sur les retraites est derrière nous, on attend la validation du Conseil constitutionnel», ose Olivier Véran. Usant de la méthode Coué, le porte-parole du gouvernement espère enterrer la douloureuse séquence des retraites, à la veille pourtant de la dixième journée de mobilisation intersyndicale et alors que la décision des Sages, attendue avant le 21 avril, pourrait faire sauter des articles voire l’intégralité du projet de loi. Olivier Véran a profité de son intervention sur BFMTV pour tacler l’opposition de gauche, jugeant «irresponsable» la présence de députés Nupes à Sainte-Soline ce week-end, et qualifiant «Jean-Luc Mélenchon et ses amis» de «rentiers de la colère et de la misère des petites gens».



