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Réforme des retraites: de l’adoption après le rejet des motions de censures, aux manifs éruptives, revivez la journée du 20 mars

Après le recours d’Elisabeth Borne au 49.3 pour faire passer en force la réforme des retraites, la motion de censure transpartisane n’a pas été adoptée par la majorité de 287 voix requise parmi les députés ce lundi après-midi. Rassemblements, blocages, grèves... Hors de l’Assemblée, la colère des opposants ne retombe pas.

Des poubelles en feu, ce lundi soir à Paris. (Christophe Archambault/AFP)
Publié le 20/03/2023 à 9h03, mis à jour le 20/03/2023 à 23h03

En résumé

- L’adoption de la réforme des retraites jeudi par le biais du 49.3 sans vote au Parlement a déclenché la colère des opposants. Des blocages de routes, voies ferrées, bâtiments publics ont lieu dans toute la France depuis ce lundi matin.

- Qui dit 49.3, dit censure. Dans la foulée de l’adoption de la réforme, deux motions de censure ont été déposées : une par le RN et une, transpartisane, par le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (Liot). C’est cette deuxième a finalement a été rejetée... à neuf voix près.

- Le mouvement de contestation se durcit aussi dans les raffineries, les éboueurs parisiens prévoient désormais des barrages filtrants et les transports restent perturbés. Le point sur les perturbations cette semaine.

Le 20/03 à 23H00

A Paris, des groupes épars se forment à Opéra Odéon et à Bastille, quelques heurts avec la police. Des milliers de personnes manifestent ce soir à Paris, sans rassemblement fixe. Ces manifestants, rejoints par des députés de la France Insoumise (LFI), se sont d’abord rassemblées Place Vauban (VIIe arrondissement), avant d’être canalisées par les forces de l’ordre. Puis, des feux de poubelles et affrontements avec les forces de l’ordre ont été repérés dans le quartier de la gare Saint-Lazare (IXe), autour de la place de l’Opéra, où de nombreux cars de CRS étaient stationnés, dans le quartier de l’Odéon ou de la Bastille, où des petits groupes de jeunes, se rassemblant par dizaines jouaient au chat à la souris avec les forces de l’ordre. BFM annonce plus de 101 interpellations à 23 heures.

Le 20/03 à 20H29

Macron va recevoir Borne mardi matin et les parlementaires de la majorité dans la soirée. Le Président recevra demain soir les députés et sénateurs de la majorité, après avoir reçu le matin la Première ministre Elisabeth Borne et les chefs de la majorité, a annoncé lundi soir l’Elysée. Le chef de l’Etat déjeunera aussi à 13 heures avec Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, a également précisé la présidence.

Le 20/03 à 20H09

Le référendum d’initiative partagée de la gauche soumis au Conseil constitutionnel. L’institution va d’abord en examiner la recevabilité. Quelque 250 parlementaires, députés et sénateurs principalement de gauche, l’ont déposée, alors que la réforme vient d’être adoptée au Parlement. Après cette vérification pourrait s’ouvrir le recueil des signatures citoyennes, afin de tenter d’atteindre un dixième des électeurs, soit 4,87 millions de signatures, dans un délai de neuf mois, pour ouvrir la voie à un référendum.

Le 20/03 à 19H57

Borne «déterminée à continuer» à Matignon. «Je suis déterminée à continuer à porter les transformations nécessaires à notre pays avec mes ministres, a réagi la Première ministre lundi soir après le rejet de la motion de censure transpartisane, et à consacrer toute mon énergie à répondre aux attentes de nos concitoyens.» Borne doit se rendre ce lundi soir à l’Elysée.

Le 20/03 à 19H49

«Faut bouger, on va être nassés.» Quelques instants après l’annonce du rejet de la motion de censure, les militants rassemblés place Vauban, à Paris, tentent de quitter le lieu de rassemblement, en vain. Ils tournent d’un accès à l’autre mais tous sont bloqués par des barrages des forces de l’ordre. Une dame, chapeau blanc tricoté sur la tête et pull violet, crame des bâtons d’encens, qui empestent presque autant que du gaz lacrymogène. «Ça passe ou ça passe pas là», demande une autre, en pointant du doigt une ligne de CRS. Au loin, un commissaire tente de se faire entendre dans un mégaphone : «Messieurs dames…» Ça grésille, la suite est inaudible. Quelques manifestants repèrent finalement un des barrages où les forces de l’ordre laissent sortir au compte-goutte. Une sortie «perlée», en langage policier. Les autres, environ 500, tournent encore. De notre journaliste Ismaël Halissat.

Le 20/03 à 19H40

Mélenchon appelle à «passer à la censure populaire». Après le vote serré sur la motion de censure transpartisane, rejetée à neuf voix près, le leader de La France insoumise a réagi en formant «le vœu que cette censure populaire s’exprime massivement, en tout lieu en toute circonstance, et qu’elle nous permette d’obtenir le retrait du texte, a-t-il déclaré lors d’un point presse près de l’Assemblée nationale. Neuf voix de différence ne suffisent pas à nous faire changer d’avis».

Le 20/03 à 19H29

La motion de censure des députés RN rejetée. Après le rejet à neuf voix près de la motion de censure transpartisane, les députés se sont prononcés sur celle du Rassemblement national, qui n’est pas adoptée non plus, avec 94 voix sur les 287 nécessaires, ce qui n’est pas une surprise. Les députés de gauche avaient prévenu qu’ils ne voteraient pas la motion du parti d’extrême droite. Ce dernier vote entérine définitivement l’adoption de la réforme des retraites.

Le 20/03 à 19H23

Le député LR Aurélien Pradié assure avoir voté «en son âme est conscience». Côté LR, Aurélien Pradié, qui avait annoncé ce matin voter en faveur de la motion de censure, insiste : «Il va falloir un sursaut, sinon tout cela peut basculer et personne ne le souhaite». Evoquant une «crise politique» en cours, l’élu assure : «Mon devoir et comme celui de près d’un tiers de mes collègues [...] était de voter en son âme et conscience». Le constat est là : tous n’ont pas suivi le mouvement. Alors Aurélien Pradié concède : «Oui, [notre famille politique] traverse une crise».

Le 20/03 à 19H05

Sortie de séance frustrante pour la Nupes : «Neuf voix... Ca ne tient qu’à un fil !». En sortie de séance, la députée LFI Mathilde Panot estime que «rien n’a été réglé» et que «tout continue dans le pays pour faire en sorte que ce texte soit retiré». «Emmanuel Macron n’a plus que deux choix» : le retrait ou le «retour au peuple», le référendum ou la dissolution, estime-t-elle. Dans un communiqué, LFI se réjouit : «La démonstration est claire : la macronie ne tient plus qu’à un fil !», en appelant «les Françaises et les fFançais à participer de toutes les initiatives de mobilisations, de grève et de blocage» en vu du jeudi 23 mars.

De son côté, le socialiste Boris Vallaud martèle : «Il n’y a pas de majorité dans le pays, il n’y a pas de majorité chez les syndicats [...] il n’y a pas de majorité au Parlement». Avant de conclure : «Quand le compte n’y est pas, on retire sa réforme au lieu de brutaliser les Français». L’écologiste Cyrielle Chatelain regrette : «Neuf voix... Ca ne tient qu’à un fil !» D’après l’élue : «La solution est la démission de la Première ministre». Avant d’assurer : «Nous sommes prêts à retourner devant les urnes. Nous n’avons pas peur et nous savons qu’Emmanuel Macron n’a pas de majorité dans le pays».

Le 20/03 à 18H50
Le 20/03 à 18H32

A l’Assemblée, la séance est suspendue, les votes sont en cours. A l’image de la députée LFI Mathilde Panot, qui partage sur Twitter avec un plaisir non dissimulé une photo d’elle entrain de voter. Un vote pour «mettre Elisabeth Borne à la retraite», assure-t-elle. Fermeture des urnes à 18h45.

Le 20/03 à 18H26

Avec les manifestants, place Vauban (Paris) : plus de son. Au milieu d’une prise de parole, la retransmission du débat à l’assemblée nationale s’arrête nette. Les enceintes du camion du syndicat Sud Rail ne crachent plus rien. Au même moment, le gros ballon vert accroché au véhicule se dégonfle lentement. Le groupe électrogène est en rade. Un militant monte sur le camion et hurle : «On n’a plus d’essence, mais on s’en fout des débats au Parlement.» Les quelques centaines de personnes présentes l’acclament. Il ajoute, en s’époumonant : «C’est pas un putain de 49.3 qui va nous arrêter, et même si la motion de censure est rejetée, on continue jusqu’à à la victoire.» Dans la foule, une jeune manifestante, tient d’une main son portable qu’elle colle à son oreille pour écouter le discours de la première ministre Elisabeth Borne, et de l’autre une pancarte avec écrit, en lettres colorées, «retraite au capitalisme». De notre journaliste Ismaël Halissat.

Le 20/03 à 18H23

Borne cherche à diviser les oppositions en rappelant les positions passées de Courson. «Nous ne sommes jamais allés aussi loin dans la construction d’un compromis». Elisabeth Borne (ou sa plume) aime les anaphores. En voilà une nouvelle : la Première ministre répète que «rejeter ce compromis» trouvé par les sénateurs et les députés et sur lequel elle engage ce lundi la responsabilité de son gouvernement, «ce serait renoncer à investir un milliard d’euros pour prévenir la pénibilité des métiers» ou encore «renoncer à des mesures qui réduiront d’un tiers les écarts de Français entre les femmes et les hommes». Borne prend ensuite un malin plaisir à dénoncer les «compromissions» de la gauche en soutenant une motion de censure portée par le centriste Charles de Courson, «un opposant au mariage pour tous et qui n’a pas voté l’abolition de la peine de mort dans la Constitution». «Je constate que la Nupes a perdu tous ses repères», a ajouté la cheffe du gouvernement pour qui, avec ce vote sur les motions de censure, «la démocratie parlementaire aura le dernier mot».

Le 20/03 à 18H19

Borne défend une «réforme équilibrée porteuse de progrès». Après les attaques contre les oppositions, place à l’autosatisfecit. Malgré les critiques venant de toute part, Elisabeth Borne vante «des mois de concertations qui auront permis d’atteindre des arrivées notables notamment sur la pénibilité et les carrières longues». Sans oublier de cajoler sa propre majorité. «Je veux saluer le travail mené depuis des mois par les députés des trois groupes de la majorité présidentielle», lance-t-elle. «Devant le défi des retraites vous avez fait des propositions innovantes dont beaucoup ont été reprises dans le texte, poursuit-elle. Devant les échéances, vous ne vous êtes pas laissés intimidés, vous avez pensé à l’inter général plus qu’à vos dessins personnels». Un moyen de faire une distinction claire avec les députés de l’opposition. Tout ça pour résumer son texte ainsi : «Une réforme équilibrée, porteuse de progrès prenant en compte les situations de chacun». De notre journaliste Sacha Nelken.

Le 20/03 à 18H16

Lecture engagée dans l’Hémicycle. Sur les bancs de la majorité, un député blondinet se gratte le nez, la tête plongée dans un livre de poche, apparemment insensible aux discours des orateurs qui se succèdent à la tribune. Charles Rodwell, élu Renaissance des Yvelines, a le sens du timing, ou de l’insolence : c’est le roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, qu’il dévore ostensiblement dans l’hémicycle… deux jours après que l’écrivain nancéien a publié dans Médiapart un texte contre la réforme des retraites, au titre éloquent : «Savez vous quelle réserve de rage vous venez de libérer?». L’auteur y déclare notamment au sujet du recours au 49-3, que ce «dernier passage en force (...) achève de discréditer tout à fait» le gouvernement. Des propos que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait jugés «un peu faciles», «injustes», «insultants» et même «méprisants». Rodwell, le lecteur macroniste, sépare-t-il l’homme de son œuvre ? De notre journaliste Nicolas Massol.

Le 20/03 à 18H11

A la tribune, Borne dénonce «l’antiparlementarisme» des oppositions. La Première ministre s’est exprimée face à des bancs de la gauche vides, les députés de la Nupes ayant quitté l’hémicycle peu avant sa prise de parole. «Des chants, des hurlements, des invectives, des pupitres qui claquent : voilà le spectacle auquel se sont livrés des députés jeudi dernier», a dénoncé la cheffe du gouvernement, avant de pointer des «déchaînements de violence que la Ve République a peu connu». «Nous avons vu l’antiparlementarisme à l’œuvre sous toutes ses facettes», a-t-elle également lancé, refaisant le film des «175 heures de débat au Parlement». Borne a déploré «toute la palette de techniques d’obstruction» utilisée par la gauche et «dont le seul et unique but [est] d’empêcher les débats». «Le mutisme de l’extrême droite ne trompe personne», a-t-elle également lancé. Des oppositions en général, Borne a reproché une «remise en cause directe et frontale de nos institutions, de notre Constitution, de notre démocratie. [...] La haine et la brutalité ne devraient pas avoir leur place dans le débat parlementaire.» De notre journaliste Victor Boiteau.

Le 20/03 à 18H09

Adrien Quatennens à la tribune, plusieurs députés quittent l’hémicycle. S’il l’avait oublié, Adrien Quatennens n’est plus un député comme un autre. La preuve : l’arrivée de l’élu du Nord, condamné pour violences conjugales entraîne une vague de départs des écologistes et de certains socialistes et insoumis comme Raquel Garrido. Pas perturbé pour autant, l’ancien coordinateur de la France insoumise dénonce une utilisation massive du 49.3 «un tous les 28 jours depuis le début de la législature», et «une crise de régime». «Deux tiers des Français souhaitent votre départ», lance-t-il à Elisabeth Borne. «Le vote de cet après-midi doit remettre les pendules à l’heure», estime-t-il, accusant l’exécutif de «mettre le pays à feu et à sang». «La France est parfois un simulacre de démocratie parlementaire», conclut-il, en demandant à la Première ministre «d’interroger le peuple par référendum» sur les retraites. De notre journaliste Sacha Nelken.

Le 20/03 à 17H53

L’écologiste Cyrielle Chatelain pointe «la rupture» entre un président et son peuple. A la tribune, l’écologiste Cyrielle Chatelain insiste, elle, sur le fossé qu’il existerait aujourd’hui entre Emmanuel Macron et les Français. «Jeudi 7 mars constitue un point de rupture entre un Président et tout un peuple», commence-t-elle. Selon la députée de l’Isère, deux mondes cohabitent aujourd’hui entre «la France d’en bas et la France d’en haut». «Ne fermez pas les yeux à la vue des pancartes qui fleurissent un peu partout dans le pays», poursuit-elle affirmant que «la légitimité électorale est un socle mais ne se suffit pas à elle même». De notre journaliste Sacha Nelken.

Le 20/03 à 17H51

Les épreuves du bac n’ont pas été affectées par la grève. Les épreuves de spécialités du bac, qui se déroulent pour la première fois en mars, «n’ont pas été perturbées» ce lundi par la mobilisation des profs indique le ministère de l’Education nationale : «Tout s’est déroulé convenablement» dans les 2 600 centres d’examen devant lesquels des professeurs grévistes ont, ici et là, tenu des piquets de grève ou organisé des barrages filtrants. Quatre organisations syndicales enseignantes, le Snes-FSU, SUD Education, FO et CGT Education, avaient appelé vendredi à durcir le mouvement contre la réforme des retraites, notamment par la grève des surveillants. Le ministère avait prévu davantage de personnels pour éviter de perturber ces examens qui comptent pour un tiers de la note finale au bac. Selon le Snes-FSU, le principal syndicat du secondaire, «le mouvement a été très éparpillé sur le territoire avec des lycées peu ou pas mobilisés et d’autres, moins nombreux, avec une trentaine de professeurs grévistes ou plus.» Par notre journaliste Cécile Bourgneuf.

Le 20/03 à 17H49

Côté Horizon, Marcangeli au secours de Borne et Dussopt. Comme ses autres collègues de la majorité, Laurent Marcangeli, patron des députés du groupe Horizon fait mine de regretter l’absence de vote sur le texte gouvernemental. «Je vous rassure, personne, je dis bien personne ne se réjouit du recours à cet article 49.3». Tout en imputant la faute à «l’obstruction» de la Nupes et au «refus de délibérer» des oppositions. «Une réforme des retraites est toujours une réforme difficile, ça n’en est pas moins une réforme nécessaire», assume le chef du groupe proche d’Edouard Philippe, qui regrette néanmoins le «traitement indigne» réservé à Olivier Dussopt et Elisabeth Borne au sein de l’hémicycle. Et d’inviter ses collègues «à une introspection approfondie». De notre journaliste Nicolas Massol.

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