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Réforme des retraites : Laurent Berger appelle «les travailleurs et travailleuses à massivement manifester»

Les manifestations et les blocages contre la réforme des retraites se poursuivent dans toute la France. Emmanuel Macron a défendu le texte, la Première ministre et son cap sur France 2 et TF1.

A Paris, le 7 février, lors de la troisième journée contre le projet de réforme des retraites. (Boby/Libération)
Publié le 22/03/2023 à 9h25, mis à jour le 22/03/2023 à 21h28

En résumé :

- Pas de regrets, de l’ordre républicain, de la réindustrialisation et des promesses floues sur l’éducation, l’écologie et la santé : Emmanuel Macron s’est s’exprimé pendant une grosse demi-heure sur TF1 et France 2.

- Vu la gravité de la crise, l’examen de la loi immigration au Sénat est repoussé sine. «Nous allons réagencer les choses et découper les textes plus courts», a annoncé Emmanuel Macron.

- Un peu partout en France, des blocages et des manifestations ont été organisés depuis mercredi matin. Sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages de violences policières continuent à affluer.

Le 22/03 à 21H21

A Paris, une fin de manif dans le calme. Le cortège arrive au dépôt de bus de Lagny, dans le XXe arrondissement à petits pas. Sur le cours de Vincennes, les manifestants bloquent la circulation qui vient du périphérique vers l’intérieur de Paris. Ils «prennent [leur] temps», sourit un militant. Ils rejoignent les conducteurs de bus de la RATP, nombreux à tenir un piquet de grève dès 4h30 du matin. Une manière d’acter la convergence avant la grande journée de mobilisation de jeudi.

Le 22/03 à 20H36

Laurent Berger déplore le «zéro réponse» apporté par Macron au 13 heures et appelle à manifester massivement ce jeudi. «On ne parle pas des travailleurs et des travailleuses. On parle même à peine des manifestants dans les manifestations syndicales. On se concentre sur ce qui se passe ici ou là en termes de violence, et que je condamne sans ambiguïté. Et donc c’est désincarné, c’est totalement désincarné», a critiqué le secrétaire général de la CFDT au 20 heures de France 2. Avant d’appeler «massivement les salariés de ce pays, les travailleurs et travailleuses de ce pays, à manifester contre cette réforme des retraites qui, je le rappelle, est rejetée par 94 % des actifs, n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale − parce qu’il n’était pas question [lors de] la motion de censure de voter pour ou contre la réforme des retraites, mais sur la confiance au gouvernement − et, je le rappelle, est rejetée massivement dans la rue depuis maintenant plus de deux mois et demi». Le patron de la CFDT a une nouvelle fois désapprouvé les violences qu’elles soient «physiques» ou «symboliques», contre des biens ou des personnes, tout en disant les craindre.

Le 22/03 à 20H13

Dans le XXe arrondissement, des ados courent dans tous les sens. Ils traînaient dans le coin, ont été attirés par la foule qui scande «Grève, blocages, Macron dégage». Auprès des militants ils ont récupéré des autocollants qu’ils collent partout : sur les panneaux, sur les vitrines, sur les voitures. Le tout est filmé sur Snapchat sous de grands éclats de rire, ils commentent : «Ouais Macron, va te faire foutre !» Dominique, 65 ans, est venue gonfler les rangs. Elle travaille dans un service d’administration d’un hôpital et est «à quinze jours de la retraite». Elle sourit : «Je ne souhaite à personne de travailler jusqu’à cet âge, moi je l’ai fait pour l’argent et je travaille derrière un bureau.» Par notre journaliste sur place Gurvan Kristanadjaja.

Le 22/03 à 19H55

L’interview de Macron vue depuis l’incinérateur d’Issy-les-Moulineaux : «C’est lui, le violent !». Les agents grévistes du site de traitement de déchets des Hauts-de-Seine se sont insurgés contre les propos avancés par le chef de l’Etat ce mercredi, en présence du député François Ruffin. Notre reportage sur place.

Le 22/03 à 19H20

Une autre manifestation est organisée à métro Stalingrad. Là bas comme dans le XXe, l’objectif est de convaincre ceux qui hésitent encore à rejoindre la grande manifestation prévue ce jeudi. Une dizaine de personnes sont chargées de faire du rabattage. Les manifestants arpentent les commerces, arrêtent les vélos, font ouvrir les vitres des voitures bloquées avec la même question : «Tu viens à la manif demain ?» Un livreur Flink, souriant, répond : «Je ne peux pas faire grève.» Ils rétorquent : «C’est pas grave, tu pourras lire nos revendications» et glissent un tract dans sa sacoche, entre deux packs d’eau. Le cortège est accueilli chaleureusement partout où il passe, certains riverains sortent aux fenêtres pour applaudir. Signe, veut-on croire du côté de la CGT présente dans les rangs, que la journée de jeudi promet de rassembler. Par notre journaliste sur place Gurvan Kristanadjaja.

Le 22/03 à 18H49

A Paris, «toutes les manifestations ont de l’importance». Dans la capitale, une petite centaine de personnes sont réunies à la sortie du métro Alexandre-Dumas à l’appel de l’interprofessionnelle du XXe arrondissement. On est loin des images de la veille, une foule compacte réunie place de la République. L’idée c’est de s’offrir un tour de chauffe avant la grande journée de mobilisation de demain. «Toutes les manifestations ont de l’importance, plus on est présents, plus ça pèsera», plaide Lucie, une architecte de 26 ans. De nombreux enfants sont venus gonfler les rangs avec leurs parents à la sortie de l’école. Une petite fille chante «on est là, on est là». Et sa copine abonde : «Et Macron le veut pas !» Le cortège remonte la rue de Bagnolet dans une ambiance joyeuse. «On doit rester pacifistes, l’idée c’est de montrer aux plus jeunes générations comment on peut se battre», plaide Lucie l’architecte. Par notre journaliste sur place Gurvan Kristanadjaja.

Le 22/03 à 18H30

Que sait-on de la violente irruption de policiers dans un Domino’s Pizza à Rennes ? Tard dans la soirée de mardi, plusieurs comptes Twitter de médias indépendants répertoriant des images de violences policières ont partagé des vidéos qui montrent une brutale irruption de CRS dans un restaurant de la chaîne Domino’s pizza. Une deuxième vidéo montre au moins une personne tirée en dehors de l’établissement par les forces de l’ordre, tandis qu’une autre se trouve déjà au sol, maintenue par les policiers. Enfin, dans une troisième séquence filmée, on peut entendre une des personnes immobilisées se plaindre d’avoir mal à l’épaule. Le procureur de la République indique que deux gardes à vue pour outrage et rébellion, «très probablement» liées à cette scène, sont en cours. Notre ChekNews sur cette nouvelle affaire de violence policière est à lire ici.

Le 22/03 à 18H13

Les propos de Macron sur les allocataires du RSA indignent les associations. Après les politiques de gauche comme de droite, les syndicats les plus réformateurs comme radicaux, c’est au tour de plusieurs associations de lutte contre la précarité de faire part de leur indignation. Dans son interview ce mercredi à 13 heures, le président de la République a estimé que le «sentiment d’injustice» en France se nourrirait en partie du fait que certains «ne travaillent jamais». Le président «s’attaque aux personnes au RSA et au minimum vieillesse», ce qui revient à véhiculer «toujours les mêmes idées fausses», a fustigé de son côté ATD Quart Monde. «Emmanuel Macron est en train de nous expliquer que la colère des Français, en fait, est due aux assistés au RSA qui vont profiter du minimum vieillesse ?? #leculot», a twitté Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre. «Désigner les chômeurs à la vindicte populaire jusque dans leur retraite, quel misérable calcul politique», a-t-il ajouté.

Le 22/03 à 17H59

Qu’est-ce que les «rachats d’actions» annoncées par Macron et leur «contribution exceptionnelle» ? Dans son interview au 13 heures de France 2 et TF1, le chef de l’Etat a promis une «contribution exceptionnelle» sur les rachats d’actions, une pratique de plus en plus courante destinée, pour les très grandes entreprises, à doper le patrimoine de leurs actionnaires. Retrouvez ici notre décryptage.

Le 22/03 à 17H42
Le 22/03 à 17H29

«La République adoptée à une voix près», vraiment ? François Bayrou ce mercredi matin sur France Info, puis Emmanuel Macron lors de son interview à 13 heures, ont tous deux utilisé un argument historique pour défendre le gouvernement qui a échappé à la motion de censure pour neuf petites voix. Le président de la République et son proche allié du Modem ont rappelé «la République qui a été adoptée à une voix près». Le 30 janvier 1875, l’Assemblée nationale a voté un amendement du député Henri Wallon, mentionnant pour la première fois dans la Constitution les pouvoirs du «président de la République». Par 353 voix pour et 352 voix contre, «la République n’est pas officiellement proclamée mais, implicitement par la personne et par le titre, elle est officiellement reconnue», explique Libération au sujet de ce jour décisif. Reste que Macron et Bayrou semblent s’être légèrement arrangés avec l’histoire : «Dire que la République a été fondée à une voix de majorité est néanmoins inexact. Car l’ensemble de la loi où figure le texte de Wallon sera adopté beaucoup plus largement. Or c’est là le vote juridiquement décisif», notent les sites… du gouvernement, de l’Assemblée et du Sénat.

Le 22/03 à 17H10

Convergence des luttes. Des activistes du collectif écologiste Dernière rénovation ont aspergé de peinture les façades de plusieurs préfectures mercredi, notamment à Marseille, pour «s’associer au mouvement social» et dénoncer la «surdité criminelle» de l’exécutif «sur les questions climatiques comme sur les retraites». Des militants revêtus de tee-shirts portant le slogan «résister est vital» ont aspergé de peinture orange les façades des préfectures de Lyon, Marseille, Nantes, Toulouse et Tours, indique le groupe dans un communiqué. A Marseille, deux militants se sont installés à genou devant la préfecture, attendant l’arrivée des forces de l’ordre sans résistance. «Face à l’inaction gouvernementale, nous devons, en tant que citoyens, nous mobiliser et contraindre le pouvoir à agir à la hauteur de l’urgence», affirme l’un des deux activistes, se présentant seulement sous un prénom, Alexandre, 25 ans. Au total, dix militants ont été placés en garde à vue, selon Dernière rénovation, sur une vingtaine de «citoyens impliqués» dans ces cinq actions.

Le 22/03 à 17H01

Les tas de poubelles repartent à la hausse à Paris. Environ 9 500 tonnes de déchets s’entassent ce mercredi sur les trottoirs de la capitale, a dénombré la ville de Paris auprès de BFMTV. Un chiffre en augmentation depuis lundi 20 mars, où 9 300 tonnes avaient été recensées. Selon les informations de Libération, deux incinérateurs (Ivry et Issy) sont toujours fermés ce mercredi, et le dernier (Saint-Ouen) filtre les camions à l’entrée. Les agents des trois structures ont reconduit leur grève jusqu’à dimanche contre la réforme des retraites du gouvernement. Pour rappel, jusqu’à 10 000 tonnes de poubelles avaient été décomptées à Paris, vendredi 17 mars.

Le 22/03 à 16H49

Eric Ciotti peu convaincu par l’interview de Macron. Le patron des LR et député des Alpes-Maritimes estime que les solutions proposées par Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée mercredi ne sont «pas à la hauteur de la crise politique et économique que nous vivons». «La seule vraie annonce de cette allocution est que le combat contre l’immigration de masse n’est plus une priorité pour le gouvernement» et «c’est une faute», a estimé dans un communiqué le député des Alpes-Maritimes en déplorant que le chef de l’Etat n’ait «pas su convaincre les Français» de la nécessité d’une réforme des retraites. Rappelons qu’Eric Ciotti est favorable à la réforme des retraites et qu’il a refusé de voter la motion de déficience contre le gouvernement pour «ne pas rajouter du chaos au chaos».

Le 22/03 à 16H29

Dupond-Moretti demande «une réponse pénale systématique et rapide» contre les manifestants interpellés. Selon l’AFP, dans une «dépêche» adressée aux procureurs généraux et aux procureurs de la République samedi, le garde des Sceaux appelle les magistrats à «se rapprocher de l’autorité préfectorale» pour que celle-ci «les tient informés des événements prévus et des moyens mis en œuvre pour sécuriser les manifestations et préserver l’ordre public». «Vous attacherez une attention particulière aux infractions qui seraient commises contre des élus», insiste le ministre dans sa note. «Chaque fois que les circonstances de commission des faits le justifieront, vous apprécierez la possibilité de retenir les qualifications» de l’article «qui dispose qu’est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende le fait d’user de menaces, de violences ou de commettre tout autre acte d’intimidation» à l’encontre d’un élu, rappelle-t-il. «Vous veillerez à apporter aux procédures conduites dans ce contexte une réponse pénale systématique et rapide», souligne Dupond-Moretti.

Le 22/03 à 16H15

Marine Le Pen estime que Macron fait preuve de «mépris». Marine Le Pen a estimé mercredi qu’Emmanuel Macron, «un homme de plus en plus seul», avait «conforté le mépris» des Français, après son entretien sur TF1 et France 2. La patronne des députés RN à l’Assemblée nationale reproche au Président d’avoir accordé cet entretien à 13 heures et d’avoir ainsi «défié symboliquement la France qui travaille (et) confortant ainsi le sentiment de mépris». «Il dit qu’il respecte, mais il insulte. Tous les Français, tout le temps», a-t-elle ajouté, accusant Macron «d’anti-parlementarisme».

Le 22/03 à 16H05

«Macron arrive à faire l’union de François Ruffin, Laurent Berger, Charles de Courson et Léna Situations». A quand le prochain film Avengers ? Devant l’incinérateur d’Issy-les-Moulineaux ce mercredi en début d’après-midi, le député LFI a critiqué «la stratégie du chaos» que mènerait le président de la République, alors «qu’il a des interlocuteurs responsables avec les syndicats». Avant d’établir une liste surprenante d’opposants à la réforme des retraites : «Vous imaginez ce qu’il arrive à faire ? L’union de François Ruffin, Laurent Berger, Charles de Courson et Léna Situations La convergence des colères entre élus de gauche et du centre-droit, syndicats réformistes et influenceurs.

Le 22/03 à 15H50

«Notre doctrine de maintien de l’ordre porte atteinte au droit de manifester». Pour Vincent Brengarth, les interpellations abusives, les encerclements injustifiés, la généralisation de prises d’empreintes de manifestants contre la réforme des retraites génèrent des illégalités systémiques. La tribune de l’avocat est à lire ici.

Le 22/03 à 15H36

Au Sénat, Borne assure que le «compromis fonctionne». Après l’interview du chef de l’Etat à l’heure du déjeuner, l’opposition sénatoriale a dénoncé un Président «totalement hors-sol». «Le prince Président nous a gratifié à l’heure méridienne de sa bonne parole», a lancé à la Première ministre le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard. «Cette réforme a fait l’objet de concertations intenses», lui a répondu Borne lors de la traditionnelle séance de questions au gouvernement. «Le projet a considérablement évolué. […] Cette réforme est le fruit d’un débat parlementaire long et dense.» Privée de majorité absolue et incapable de s’assurer des voix de la droite, la cheffe du gouvernement estime toujours que le «compromis fonctionne». Reprenant le fil de l’intervention du Président, qui a défendu la réforme par souci de «responsabilité», Borne a estimé auprès des sénateurs qu’«on ne peut pas brader l’intérêt général par démagogie et par peur de l’impopularité». Concernant les mobilisations partout dans le pays, la Première ministre a assuré : «Nous entendons les doutes et les colères qui s’expriment dans les mouvements sociaux et qui dépassent largement le sujet des retraites.» Et de conclure : «Dans des périodes d’inquiétude, l’immobilisme n’est jamais la solution.» De notre journaliste Victor Boiteau.

Le 22/03 à 15H21

Marine Tondelier a du mal à se remettre du «mépris» du président. Au micro de France Inter, la patronne des Verts fait part de sa réaction à l’interview d’Emmanuel Macron : elle dénonce un «complet décalage entre la colère des gens, le nombre de manifestants et la vacuité des réponses» du président. «A ce stade, c’est même inquiétant, moi j’ai du mal à m’en remettre», a-t-elle ajouté, précisant l’avoir «trouvé extrêmement méprisant, offensant même». «On a un président qui oublie complètement d’où il vient. Il a été élu contre Marine Le Pen à seulement 58 % des voix», rappelle encore Marine Tondelier.

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