En résumé :
- La police annonce 740 000 manifestants sur tout le territoire, le CGT «plus de deux millions». À Paris, la CGT revendique 450 000 manifestants, soit presque deux fois moins que la dernière mobilisation du 23 mars. Selon la préfecture, 93 000 personnes sont descendues dans la rue, ce qui représenterait la deuxième plus grosse manifestation dans la capitale depuis le début du mouvement social.
- La première ministre a invité l’intersyndicale à venir à Matignon «lundi ou mardi», selon le patron de la CFDT Laurent Berger, favorable à une rencontre.
- À Paris, la grève des éboueurs est suspendue à partir de mercredi, a annoncé la CGT. Pas de quoi résorber l’amoncellement de déchets dans la capitale, car le blocage des incinérateurs se poursuit. La mairie revendique néanmoins une baisse du tonnage d’ordure présent dans les rues.
Les jeunes mobilisés à la Une de «Libé». Depuis le passage en force à l’Assemblée, la jeunesse a massivement rejoint les manifestations. Un rejet de l’exécutif qui va bien au-delà de la réforme des retraites. A Rouen, Paris, Marseille, Montpellier, «Libé» est allé à leur rencontre dans les cortèges. A lire demain en kiosque et dès ce soir pour les abonnés.
A la une de @Libe ce mercredi :
— Libération (@libe) March 28, 2023
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La permanence LR de la Drôme vandalisée en marge de la manifestation. Le local, situé à Valence, «a subi de lourds dégâts (rideaux de fer arrachés, vitres brisées, matériel dégradé...)», annoncent dans un court communiqué le sénateur Gilbert Bouchet et le maire de Valence Nicolas Daragon, respectivement président et secrétaire départemental Les Républicains de la Drôme. Selon la police, 5 300 personnes ont participé à Valence à la manifestation contre la réforme des retraites. La préfecture précise que les auteurs de la dégradation avait entrepris, avant l’intervention des forces de l’ordre, d’incendier la permanence LR.
La place de la Nation quasi évacuée. Les forces de l’ordre ont à nouveau chargé le centre de la place parisienne pour en achever l’évacuation. Quelques centaines de manifestants restent nassés sur le boulevard Diderot, d’autres rejoignent les métros ou s’égaillent dans la ville. L’ambiance est plutôt calme. Par Guillaume Tion.
Elisabeth Borne a invité l’intersyndicale à Matignon «lundi ou mardi». Moins d’une heure après la fin de la manifestation parisienne, Laurent Berger affirme qu’Elisabeth Borne souhaite recevoir l’intersyndicale : «Cet après-midi est tombée une invitation de la Première ministre à l’intersyndicale». «On en a parlé entre nous, c’est sûr qu’on ira, a ajouté le leader de la CFDT. On pense collectivement qu’il faut y aller pour porter nos propositions.» Selon Berger, ce devrait être lundi ou mardi. Mais qui ira à Matignon ? Un débat semble en cours au sein de l’intersyndicale. Pour le co-porte-parole de Solidaires Simon Duteil, contacté par Libération, «ça participe du storytelling et du tempo qu’essaie d’imposer le gouvernement. Nous, on prend le temps de discuter [entre syndicats]».
A Paris, évacuation en vue de la place de la Nation, des escouades de Brav-M circulent alentour. L’imposante ligne de forces de l’ordre traverse l’avenue du Trône et s’apprête à avancer sur la place de la Nation. Toutes les rues adjacentes sont bloquées. Seule extraction possible par le boulevard Diderot. Une vingtaine de motos de la Brav-M circule dans les rues en périphérie. L’évacuation de la place de la Nation est imminente. Par Guillaume Tion.
A Paris, vives tensions à Nation. Les forces de l’ordre chargent le centre de la place de la Nation et s’y installent temporairement. Détonations, lacrymos. Grand mouvement de foule, quelques centaines de personnes évacuent en direction de Cours de Vincennes. «Courez pas, courez pas, c’est dangereux», lance une femme. A la terrasse d’un café, un homme à terre, apparemment victime d’un malaise, est pris en charge par des Medics. Il reprend connaissance. Par notre journaliste Guillaume Tion.
La 11ème journée de mobilisation aura lieu le 6 avril. L’intersyndicale a fixé au 6 avril, soit neuf jours après le défilé de ce mardi, la date de la prochaine grève et manifestation nationales.
Des dégradations à Nantes et Rennes. Dans l’Ouest de la France, où les heurts avaient été particulièrement violents jeudi puis samedi, des dégradations ont à nouveau été recensées à Nantes et Rennes, malgré deux défilés jugés globalement plus calmes. Dans la préfecture de Loire-Atlantique, une agence bancaire et une voiture ont été incendiées et le tribunal administratif visé. Au moins un manifestant a été blessé lors de la manifestation nantaise, a constaté une journaliste de l’AFP. La préfecture a annoncé 49 interpellations.
A Paris, 10 000 contrôles de police. Peu avant 19 heures, 27 personnes avaient été interpellées à Paris, selon a préfecture de police, et 10 000 contrôles ont eu lieu autour de la manifestation. Au moins trois blessés ont été pris en charge par des «street medics» (secouristes volontaires), ont constaté des journalistes de l’AFP. L’un, conscient, était blessé à la tête, un autre, qui portait un brassard presse, présentait une blessure superficielle à la jambe.
SNCF: le trafic sera moins perturbé mercredi 29 mars. Au 23e jour d’une grève reconductible, l’entreprise ferroviaire prévoit de maintenir 80% de ses TGV Inoui et Ouigo, les deux tiers de ses Intercités et les trois quarts de ses TER. Circulation «quasi-normale» sur l’Eurostar et le Thalys. Côté RATP, le trafic devrait être normal, sauf sur le RER A.
A Paris, la fin de manif ressemble à un pique-nique géant. La foule disparate discute par petits groupes, les terrasses sont ouvertes, les bars pleins. Un vélo brûle dans l’indifférence générale. Un clown fait la quête. Les forces de l’ordre se déplacent en marchant. En bas du boulevard Voltaire, une quarantaine de gendarmes protègent immobiles une Société générale murée que personne n’attaque. Cannettes, vapeurs de lacrymo, «tout le monde déteste la police». Toutes les parties semblent découvrir une manif sans violence ni débordements. «Franchement, je connais plein de gars avant qui allaient en black blocs, et les gardes à vue et Sainte-Soline ça les a un peu refroidis», explique Marc, étudiant, qui papote avec deux copines, alors qu’une centaine de CRS et gendarmes chargent soudain la place. Par notre journaliste Guillaume Tion.
400 000 jeunes dans la rue, selon les syndicats. La mobilisation étudiante et lycéenne ne faiblit pas. Les organisations de jeunesse comptent 400 000 jeunes dans les cortèges dans toute la France, 450 lycées bloqués et 85 sites d’enseignement supérieur mobilisés. Des chiffres proches de ceux du 23 mars, et qui laissent entendre que les jeunes sont déterminés à rester mobilisés jusqu’au retrait de la réforme des retraites. A nouveau, des étudiants ont été attaqués par l’extrême droite, qui a tenté sans succès de lever par la violence les blocus en cours à Nice et Lyon 3.
🔴 Point de situation : le recul résiduel se confirme dans Paris. Le tonnage d’ordures non ramassées dans Paris est de 6 600 tonnes, soit 700 tonnes de moins qu'hier.
— Paris (@Paris) March 28, 2023
A Paris, place de la Nation, un chihuahua de 200 grammes a traversé la manif sans se faire piétiner. Les forces de l’ordre fouillent au petit bonheur les manifestants qui quittent la place dans le calme. Deux jeunes femmes sont contraintes d’ouvrir leur sac à dos et de montrer les écharpes qu’ils renferment. Une dame passe avec, en laisse, un chihuahua de 200 grammes, qui a traversé la manif sans se faire piétiner. On entend deux fortes détonations au loin. Trois. Qui n’émeuvent personne. Par notre journaliste Guillaume Tion.
740 000 manifestants dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur, «plus de deux millions» selon la CGT. La dixième mobilisation nationale a réuni 740 000 personnes sur tout le territoire selon la police, ce qui la classe au septième rang en termes de nombre de participants depuis le début du mouvement, le 19 janvier. La CGT, elle, revendique «plus de deux millions» de manifestants, ce qui en ferait la cinquième mobilisation la plus importante. A Paris, le cortège se hisse à la deuxième place sur les dix manifestations organisées par l’intersyndicale, avec 93 000 personnes selon l’Intérieur (450 000 selon la CGT).
Des syndicats d’avocats, de magistrats et de défense des droits humains dénoncent des interdictions de rassemblements nocturnes à Paris. Depuis le 24 mars, la préfecture a pris en «en catimini», «sans que personne n’en soit informé», des arrêtés prohibant les rassemblements dans le centre de la capitale, affirme dans un tweet le Syndicat des avocats de France (SAF). «Depuis, des manifestants ou simples opposants à la réforme des retraites reçoivent des amendes pour participation à des manifestations interdites», affirme le syndicat, alors que la participation à une manifestation non déclarée n’est pas interdite. Le SAF a déposé, avec le Syndicat de la magistrature, la Ligue des droits de l’homme et SUD-Solidaires, un référé liberté pour contrer ces verbalisations «arbitraires».
Comment la préfecture de Paris bafoue la liberté de manifester ?
— SAF Paris (@Saf_Paris) March 27, 2023
Depuis vendredi dernier, des manifestants ou simples opposants à la réforme des retraites reçoivent des amendes pour participation à des manifestations interdites. 1/19
Des heurts éclatent en tête de cortège à Paris. Des manifestants ont pillé un commerce Leclerc, allumé des feux de poubelles ou dégradé du mobilier urbain, peu avant l’arrivée du cortège intersyndical place de la Nation. Les forces de l’ordre ont chargé puis tiré des grenades de gaz lacrymogène pour «disloquer le bloc» de plusieurs centaines de personnes, permettre «l’intervention des pompiers» et «faciliter la progression du cortège». Peu avant 17 heures, la préfecture de police de Paris a fait état de 22 arrestations et 10 000 contrôles autour de la manifestation. Au moins deux blessés ont été pris en charge par des «street medics», ont constaté des journalistes sur place.
La petite Nation dans la prairie. Sur la place de la Nation, à Paris, une quinzaine de CRS : «Non, madame, passez à gauche, là, derrière le camion, merci. Bonne journée.» Au café Chez Prosper, des manifestants entrent comme un dimanche après-midi et commandent des cafés, des demis, les mains pleines de banderoles et des badges Solidaires ou CFDT collés sur leurs doudounes colorées. L’ambiance est si pacifique que les serveurs ne verrouillent même plus la porte du bar. Mireille a pris un crème : «J’habite là, je passe voir la fin de chaque manifestation qui arrive à Nation.» Elle a 92 ans. «Je n’ai pas peur des débordements, généralement les fins de manifestations sont très calmes», sourit-elle en retournant à son livre. Jérémie, un quadra au gilet jaune marqué «Lutte des classes, lutte de casse» entre : «De l’autre côté de la place j’ai vu une petite charge. Mais bon.» A la table d’à côté, Isabelle, 32 ans, a participé à toutes les mobilisations : «Celle-ci est vraiment particulière. Je n’ai pas vu de black bloc, pas de lacrymogène, pas de charges... j’ai l’impression que le mot d’ordre des flics c’était de nous laisser tranquille.» Elle est avec un ami japonais, Hokuto. C’est sa première manif. Il réfléchit. Passe sa main sur son visage. «Il m’a dit tout à l’heure qu’il avait trouvé ça très joyeux», coupe Isabelle. Par notre journaliste Guillaume Tion.



