Menu
Libération
LIVE
terminé

Réforme des retraites : le récit heure par heure de la mobilisation du 19 janvier 2023

Des centaines de milliers de manifestants, des grèves et des perturbations à l’école ou dans les transports : les syndicats ont donné ce jeudi le coup d’envoi de la contestation pour faire reculer le gouvernement sur sa réforme phare des retraites. Avant un round 2 mardi 31 janvier.

Paris, le 19 janvier 2023 manif contre la reforme des retraites (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Publié le 19/01/2023 à 8h19, mis à jour le 19/01/2023 à 20h56

Pour Emmanuel Macron, c’était la première épreuve de force sociale depuis sa réélection. Ce jeudi, unis pour la première fois depuis douze ans, les huit principales organisations syndicales ont appelé à manifester contre le projet de réforme des retraites, avec l’appui des partis de gauche.

Ce qu’il faut savoir :

  • Environ 200 manifestations ont eu lieu tout au long de la journée à travers la France. Le ministère des l’Intérieur a décompté près d’1,12 million de manifestants, contre plus de 2 millions du côté de la CGT. A Paris, le cortège s’est élancé aux alentours de 14 heures depuis la place de la République, fort de plus de 400 000 manifestants selon la CGT, 80 000 selon les autorités. 18 000 personnes ont défilé à Grenoble selon la police, 35 000 selon la CGT. Du côté de Marseille, ils sont 140 000 selon l’intersyndicale, 26 000 selon la préfecture. A Saumur, un record a été battu : ils étaient de 2 500. Retrouvez notre point de la journée.
  • Retrouvez ici la liste des mots d’ordre et des secteurs en grève. En fin de journée, 42,35 % d’enseignants dans le primaire, 34,66 % dans le secondaire étaient grévistes selon le ministère. Le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, a fait état jeudi d’un taux de 65% des professeurs de collèges et lycées grévistes, et le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, recense 70% d’enseignants grévistes. Ils étaient 46,3% à la SNCF selon les syndicats et 44,5% chez EDF. Au total, près d’un tiers de la fonction publique était en grève.
  • Durée de cotisation, pension minimum, régimes spéciaux, «carrières longues»… Le mode d’emploi du projet de réforme porté par le gouvernement, qui suscite une levée de boucliers dans la majorité des secteurs.
Le 19/01 à 20H32
Le 19/01 à 19H45

Second round le 31 janvier. Après une première journée réussie pour avoir mobilisé plus de deux millions de personnes dans toute la France, selon leurs chiffres, les organisations syndicales annoncent une deuxième journée de mobilisation pour le mardi 31 janvier. Les représentants des syndicats sont réunis depuis 18h au siège de Solidaires, à Paris.

Le 19/01 à 19H41

Elisabeth Borne salue les «bonnes conditions» de la mobilisation nationale. La Première ministre promet de continuer «à débattre et à convaincre», et salue sur Twitter «l’engagement des forces de l’ordre, comme des organisations syndicales». «Permettre que les opinions s’expriment est essentiel pour la démocratie. Continuons à débattre et à convaincre», a ajouté Elisabeth Borne. De son côté, Gérald Darmanin a lui aussi eu un mot pour les forces de l’ordre : «Manifester est un droit fondamental. C’est l’honneur des policiers et des gendarmes d’avoir permis partout en France que ce droit s’exerce dans les meilleures conditions», a tweeté le ministre de l’Intérieur.

Le 19/01 à 19H23

En graph : l’historique des manifestations contre la réforme des retraites.

Le 19/01 à 19H17

«Sardou ta gueule» : pourquoi Sandrine Rousseau veut couper le sifflet du chanteur de droite. Au milieu du cortège contre la réforme des retraites à Paris ce jeudi, l’écoféministe a posé devant une pancarte invitant le chanteur à la fermer. La veille, l’interprète des «Lacs du Connemara» s’en était pris à elle et à son mari déconstruit. Plus d’infos ici.

Le 19/01 à 19H12

1,12 million de manifestants en France dont 80 000 à Paris, selon l’Intérieur. Les chiffres du ministère de l’Intérieur sont tombés : plus d’un million de personnes (1,12 million) ont défilé jeudi en France, dont 80 000 à Paris. En 2019, les autorités avaient décompté plus de 800 000 personnes dans toute la France.

Le 19/01 à 19H09

Dans les rangs du cortège parisien.

Le 19/01 à 19H03

Le point sur la circulation des trains en Ile-de-France vendredi. La trafic ferroviaire sera à nouveau perturbé vendredi en Ile-de-France sur les lignes C, D, E, H, N et U des RER et trains de la banlieue parisienne, indique jeudi SNCF Voyageurs, qui évoque «des mouvements sociaux locaux». La compagnie ne prévoit que 1 train sur 2 pour le RER C, 2 trains sur 3 sur les lignes D, H, N et U, et 9 trains sur 10 sur la E. Le service doit en revanche revenir à la normale sur les lignes A, B, J, K, L, P et R. Le trafic a été très perturbé jeudi sur le réseau SNCF de la région parisienne, première journée de mobilisation contre la réforme des retraites, avec en particulier moins de 1 train sur 10 sur une demi-douzaine de lignes, et de nombreuses gares non desservies. La RATP prévoit de son côté un retour à la normale vendredi.

Le 19/01 à 18H55

A Paris, les gauches marchent au pas syndical. Si les figures politiques de la Nupes ont eu du mal à trouver leur place dans le cortège parisien, la coalition de gauche s’est affichée unie contre la réforme des retraites et prépare la bataille parlementaire. Lire notre reportage.

Le 19/01 à 18H51

«Plus de 2 millions» de manifestants en France, selon Martinez. Côté syndicats, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dénombre «plus de deux millions» de personnes à avoir manifesté jeudi dans le pays. Le chiffre du ministère de l’Intérieur n’est pas immédiatement disponible.

Le 19/01 à 18H35

Quelques heurts entre manifestants et forces de l’ordre. C’est l’un des points de tension de la manifestation parisienne, par ailleurs plutôt calme dans sa globalité cet après-midi. Sur le boulevard Beaumarchais, peu avant d’arriver place de la Bastille, des heurts ont eu lieu entre quelques manifestants et les forces de l’ordre. Les échanges de projectiles et de lacrymos ont commencé vers 16 heures, et ralenti un cortège déjà lent. La préfecture précise que ses effectifs cherchaient à protéger une mutuelle. De nombreuses vidéos montrent des policiers distribuer des coups de matraque au cours de leurs bonds offensifs. A la fois pour faire reculer la foule, mais aussi, à au moins une reprise, sur un photographe tombé au sol, d’après des images filmées par BFMTV. A 17 heures, des tensions avaient toujours lieu à cet endroit.

Le 19/01 à 18H21

Vu du service d’ordre dans le cortège parisien : «Ils avaient besoin de bras, j’y suis allé.» Ilyes, 22 ans, déguste un Fanta frais devant Rock Hair, le coiffeur branché de la place de la Bastille. La foule est baignée dans la fumée rouge des fumigènes. Ilyes est entouré de trois copains, tous membres du syndicat du livre, militants à la CGT. Depuis trois ans, la petite bande de Parisiens travaille dans une imprimerie qui tire les journaux nationaux, dont Libération. «On est bien informés», lâche-t-il avec un sourire. Pourquoi encadrer les militants ? «SO ou pas, on est là comme tout le monde, pour dire non à cette réforme mais pas que», déclare Ilyes. Le jeune homme a rejoint la CGT à 19 ans et n’a pas hésité longtemps avant d’adhérer au service d’ordre. «Ils avaient besoin de bras, j’y suis allé.» C’est «grosso modo la cinquième fois que je suis dans le SO». Selon lui, ça devrait être calme aujourd’hui. Au même moment, des pétards retentissent au niveau de la tête du cortège. «C’est tout un système qu’on dénonce, pas juste la réforme des retraites. Même si ce texte nous pénalise nous les jeunes», dit-il, avant de rejoindre ses camarades. De notre journaliste Charles Delouche.

Le 19/01 à 18H15

«Gaulois réfractaire».

Le 19/01 à 18H12

Au moins 30 interpellations à Paris. Selon la préfecture de police, à 17 heures, 30 interpellations avaient déjà été opérées durant la manifestation parisienne. Les interpellés l’ont été pour port d’armes prohibé, outrage et rébellion et jets de projectiles notamment. Les heurts se sont déroulés alors que les délégations syndicales se trouvaient loin derrière. Vers 17h30, le cortège était scindé en deux par les forces de l’ordre : le bloc des plus radicaux d’une part, le reste des manifestants de l’autre. La majorité des manifestants piétinaient place de la Bastille.

Le 19/01 à 18H07

Avec les profs à Paris. Surplombant le cortège bis du boulevard Voltaire, une banderole raille : «Un Ehpad ? Non un lycée !» Laurene a 29 ans. Professeure d’histoire géographie dans un collège classé éducation prioritaire dans les Hauts-de-Seine, elle est entrée dans le métier à 25 ans. «Le passage de 42 à 43 annuités signifie que je vais devoir partir à la retraite à 68 ans, avec des conditions de travail aussi dégradées, des classes surchargées, pas de demi-groupe, je n’arrive pas à m’y projeter.» Alors que nombre de débats portent actuellement sur la pénibilité ou non de certaines professions, la jeune enseignante assure : «C’est un travail pénible qui demande d’être dynamique pour pouvoir gérer une classe. Déjà passé 60 ans, cela me paraît compliqué, mais à presque 70 ans c’est impossible.» Mobilisée également depuis la rentrée sur la question de la revalorisation salariale, elle avance : «D’autres solutions sont possibles pour combler ce déficit qui n’est même pas encore là. On peut faire peser la pression sur les plus riches et pas sur les seuls salariés.» De notre journaliste Marlène Thomas.

Le 19/01 à 17H48

Vers un retour à la normale sur les rails vendredi. La SNCF prévoit une circulation «quasi-normale sur les grandes lignes» vendredi, avec toutefois «encore quelques perturbations locales dans certaines régions», après la fin du préavis de grève qui court jusqu’à 8 heures du matin. Malgré les forts taux de mobilisation des conducteurs ou des aiguilleurs, l’entreprise de transport estime ce jeudi dans un communiqué que «les circulations aujourd’hui sont conformes aux prévisions annoncées». La SNCF «ne constat[e] pas de difficultés particulières. Comme attendu, beaucoup de voyageurs avaient pu prendre leurs dispositions».

Le 19/01 à 17H24

Avec les collégiens et lycéens de Paris : «On fait également ça pour vous». Tous les lycéens et collégiens présents ne sont pas venus pour afficher leur soutien au mouvement de contestation. Dans une rue adjacente à la place de la République, un petit groupe d’amis profite de la fermeture de leur établissement. «Merci de faire grève grâce à vous nos profs de lycée sont absents», lance sur un ton caustique une jeune fille blonde à plusieurs manifestants. «On fait également ça pour vous», peste l’un d’entre eux en se retournant. Le visage aussi étonné que déconfit, il reprend son chemin après un moment de réflexion. De notre journaliste Théodore Laurent.

Le 19/01 à 17H16

400 000 personnes à Paris, selon la CGT. Quelque 400 000 personnes manifestent jeudi après-midi à Paris contre la réforme des retraites, indique la CGT, alors que le chiffre des autorités n’était pas immédiatement disponible. En 2019, la CGT avait décompté 250 000 manifestants dans la capitale.

Le 19/01 à 17H13

Dans les rangs du service d’ordre, boulevard Beaumarchais. Les syndicats n’avancent plus. Ou alors ils piétinent dans le froid. Au loin, on distingue des centaines de manifestants qui attendent autour de la colonne de Juillet, on y perçoit le son des cuivres et de la caisse claire. Au niveau du cortège Sud, Fabien, la quarantaine, emmitouflé dans sa parka bardée de stickers dénonçant la réforme, tire tant bien que mal vers lui la longe qui délimite le défilé et que maintiennent les dizaines de militants du service d’ordre de l’organisation syndicale. Les manifs, «ils ne les comptent plus» au sein du service d’ordre. Un «rouage indispensable» pour le bon déroulement d’une manifestation selon le moustachu à lunettes. Dans le cortège de la CFDT, de nombreux manifestants sont venus en famille. «Il y a un monde, c’est dément !» dit-il en balayant le bras devant lui. Boulevard Voltaire, la foule du second cortège arrive enfin sur la place de la Bastille. Par les petites rues adjacentes, de nombreux manifestants quittent le cortège, d’autres investissent café et bars. Pour eux, la place de la Nation semble bien loin. De notre journaliste Charles Delouche.

Dans la même rubrique