En résumé :
– Le gouvernement a décidé ce jeudi d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour déclencher un vote bloqué sur le texte de la réforme des retraites.
– Elisabeth Borne en a fait l’annonce peu après 15 heures à l’Assemblée sous les huées, avant que les députés Nupes ne quittent l’hémicycle.
– Des actions se poursuivent dans le pays pour protester contre cette réforme, dont la mesure phare fait passer l’âge légal de départ en retraite à taux plein de 62 à 64 ans. La CGT a notamment prévu une journée «ports morts» dans toute la France.
A Toulouse, la police reprend la place du Capitole. A l’instar de l’opération policière menée place de la Concorde à Paris, la place du Capitole, à Toulouse, est en cours d’évacuation. Comme dans la capitale, les tensions se déplacent dans les rues adjacentes tandis que certains manifestants tentent de regagner la place. Des poubelles incendiées et des bris de vitrines sont signalés.
A Paris, la place de la Concorde évacuée, des heurts dans les rues alentour. Après plusieurs charges policières, la place de la Concorde a été vidée de ses occupants, qui avaient investi ce lieu situé face à l’Assemblée nationale pour protester contre l’usage du 49.3. Selon la préfecture de police de Paris, 38 personnes ont été interpellées en marge de ce rassemblement. Les heurts ne sont pas terminés : une partie des manifestants s’est éparpillé dans les rues situées autour de la place où plusieurs barricades enflammées ont été allumées.
Elisabeth Borne «très choquée» par les huées à l’Assemblée. Interrogée sur l’accueil qui lui a été réservé à l’Assemblée nationale, Elisabeth Borne a répondu qu’elle n’était « pas en colère » mais « très choquée ». « Ca ne s’entendait pas forcément dans les micros mais quand vous avez des hurlements, des chants, des députés de la Nupes ou du Rassemblement national qui tapent sur leurs pupitres, qui crient… », a-t-elle décrit. Avant de souligner que « le Parlement, c’est le lieu où l’on débat. Si l’on ne veut pas s’écouter, cela traduit le fait qu’un certain nombre de groupes d’opposition ne respectent pas nos institutions. » Elle a aussi assuré que « cette réforme n’est pas un enjeu personnel », elle que l’on dit sur la sellette. Et que c’est pour ça qu’elle n’a pas tremblé lorsqu’il s’est agi d’engager la responsabilité de son gouvernement.
Elisabeth Borne n’a pas de regrets. La Première ministre a voulu battre en brèche l’idée d’un déni de démocratie. « A écouter certains, on a l’impression qu’il n’y a pas eu de débat », a lancé Elisabeth Borne. « Il y a eu 175 heures de débat à l’Assemblée nationale et au Sénat », qui a abouti à un « compromis différent du texte du gouvernement », a-t-elle développé, expliquant aussi qu’«il y a eu des mois de concertation avec les organisations syndicales qui ont évidemment conduit à des mesures sur les carrières longues, sur la pénibilité, sur les petites pensions… ». Interrogée sur d’éventuels regrets en matière de méthode, Elisabeth Borne a répondu qu’elle « restait convaincue que la seule méthode restait de chercher des compromis ». Sans parvenir à les trouver, manifestement.
Elisabeth Borne : «certains ont voulu jouer une carte personnelle». Invitée du 20 heures de TF1, Elisabeth Borne fait le service après-vente du 49.3. « Jusqu’à la dernière minute nous avons tout mis en oeuvre pour réunir une majorité sur ce texte », assure la Première ministre, qui rappelle que « les présidents LR Eric Ciotti (du parti, ndlr) et Olivier Marleix (du groupe à l’Assemblée, ndlr) voulaient voter ce texte ». Mais parce que « certains ont voulu jouer une carte personnelle, en contradiction avec ce portent les Républicains », « on a constaté que le compte n’y était pas ». C’est pourquoi la décision d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution a été prise.
*C'est pas des dispersions, c'est la police, ils nous chargent."
— Julien Lecot (@JulienLecot) March 16, 2023
Une équipe de @franceinfo prise à partie par quelques manifestants en plein direct place de la Concorde pic.twitter.com/ZHJsigVZYe
La police entre en action place de la Concorde. Le face à face fut d’abord calme, entre une foule grossisant depuis la fin d’après-midi sur la place de la Concorde, à Paris, et la ligne de forces mobiles barrant le pont menant à l’Assemblée nationale. Après deux heures de lente montée en tension, émaillées de quelques jets de projectiles sur les forces de l’ordre, un premier lacrymogène est utilisé, peu après 19h30. Puis de nombreux autres, pour répondre à des projectiles eux-mêmes de plus en plus nombreux. Entre les gaz, et l’utilisation par les forces de l’ordre de l’engin lanceur d’eau, les manifestants refluent vers le centre de la place où la nuit est tombée. Des grenades et des charges succèdent au démontage des barricades par les policiers et les gendarmes, qui continuent d’occuper le pont de la Concorde.
Une neuvième journée de mobilisation jeudi 23 mars. La fumée blanche est sortie du siège de la CGT, à Montreuil, où l’intersyndicale s’est réunie ce jeudi soir. Les syndicats coalisés contre la réforme des retraites appellent à une neuvième journée nationale de mobilisation le jeudi 23 mars prochain. « Forte du soutien de la grande majorité de la population, mobilisée depuis des semaines, l’intersyndicale continue à exiger le retraite de cette réforme en tout indépendance dans des actions calmes et déterminées. Elle décide de poursuivre la mobilisation et appelle à des rassemblements syndicaux de proximité et à une nouvelle grande journée de grèves et manifestations le jeudi 23 mars prochain », peut-on lire en conclusion du communiqué intersyndical qui vient d’être publié. Lequel fustige « avec gravité la responsabilité que porte l’exécutif dans la crise sociale et politique », découlant de l’utilisation du 49.3, « véritable déni de démocratie ».
Pour Jean-Luc Mélenchon, «là ça commence à être de l’Histoire». Attablé dans un café de l’autre côté de la place de la Concorde, à Madeleine, Jean-Luc Mélenchon sourit : « Victoire ! » L’ancien député est venu assister au débat parlementaire depuis les tribunes. « Je ne pouvais pas manquer ça, je voulais voir. Les moments comme ça ça me remplit. Je voulais chanter mais les huissiers m’ont empêché de me lever », plaisante-t-il. « Macron a voulu faire croire qu’il avait majorité mais ce n’est pas le cas. Il a perdu. Je ne suis pas sûr qu’il y ait un pilote dans l’avion, ils sont fragiles. Il a fait beaucoup d’erreurs. »
Maintenant, c’est « pas à pas, au jour le jour, on joue chaque étape comme si on allait gagner ». D’une part, la motion, qu’il veut le plus large possible : même en cas d’échec, « plus l’écart sera serré, plus on marquera le coup ». D’autre part, surtout, le mouvement social. « Aujourd’hui, ça sentait le débordement, dit-il en mimant l’odeur avec ses mains. Il faut que ça continue comme ça. Là ça commence à être de l’Histoire.» A la fin de l’entrevue, averti par son équipe que des rassemblements fleurissent un peu partout en France, Mélenchon serre les poings en signe de victoire. Par nos journalistes Charlotte Belaïch et Sacha Nelken.
Des rassemblements dans toute la France. Il n’y a pas qu’à Paris que ça bouge. Des rassemblements ont lieu dans plusieurs grandes villes de France, ce jeudi, après l’annonce de l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force la réforme des retraites. A Marseille, plusieurs centaines de manifestants convergent devant la préfecture, où un cordon policier important a été déployé. A Rennes, c’est place Sainte-Anne que les manifestants sont appelés à converger, après qu’un premier rassemblement a eu lieu devant la préfecture, boulevard d’Armorique. A Lyon, une manifestation sauvage s’est élancée de la place des Terreaux. Du mobilier urbain est en flammes. Des feux de poubelle aussi à Grenoble, où des milliers de personnes manifestent dans les rues de la ville.
Vu place de la Concorde.
A Paris, la place de la Concorde en effervescence. La place de la Concorde est devenue une fourmilière. Le gros des manifestants est toujours niché près du pont qui les sépare de l’Assemblée, juste devant le cordon de CRS et de gendarmes mobiles. Mais plus loin, autour de l’obélisque, ça grouille. Des centaines de personnes vont et viennent en permanence. Myriam, 23 ans, vient d’arriver après sa journée de cours : « J’ai appris sur les réseaux sociaux que le gouvernement utilisait le 49.3, puis j’ai vu qu’il y avait un rassemblement, alors je suis venue. J’ai d’autres potes qui arrivent. Il y en a une qui vient de nous envoyer sur une conversation de groupe : “Où est-ce qu’on va faire la guerre ?” » Comme en écho, de premiers jets de projectiles en direction des forces de l’ordre surviennent. Par notre journaliste Julien Lecot.
«Avec la majorité, c’est toujours la faute des autres. Mais ce n’est pas de ma faute s’ils ne sont pas majoritaires !» Chez LR, on pare déjà les critiques du camp macroniste. Faute d’avoir pu compter sur un socle suffisant fort de voix LR, la majorité égratigne déjà son éphémère allié de droite. Mais côté LR, on s’empresse de couper le cordon. «On n’est pas un partenaire de la majorité, assure la vice-présidente du groupe, Michèle Tabarot. On aurait voté ce texte pour les Français, pas pour le gouvernement.» Dans les rangs LR, on renvoie surtout la majorité à sa propre fébrilité, alors que plusieurs députés du camp présidentiel auraient pu manquer à l’appel en cas de vote. «Que chacun balaie devant sa porte», tacle Fabien Di Filippo, qui aurait voté contre. Son collègue Pierre Vatin abonde : «Avec la majorité, c’est toujours la faute des autres. Mais ce n’est pas de ma faute s’ils ne sont pas majoritaires !» Quid du deal qu’avait pourtant conclu les chefs LR avec l’exécutif ? Vatin encore : «Entre discuter avec quelqu’un et se marier avec, ce n’est pas la même chose». Par notre journaliste Victor Boiteau.
Trafic toujours perturbé à la SNCF, des améliorations en Ile-de-France. La SNCF prévoit vendredi un plan de circulation sans grand changement par rapport à aujourd’hui, avec notamment 2 TGV sur 3 et quelques améliorations en Ile-de-France. SNCF Voyageurs compte toujours sur 2 TGV Inoui et Ouigo sur 3, 3 Intercités sur 5, aucun train de nuit et 1 TER sur 2 en moyenne nationale. En région parisienne, le trafic restera le plus dégradé sur la ligne R avec encore 2 trains sur 5 en moyenne, mais il s’améliorera sur le RER D avec 3 trains sur 5 et la reprise des circulations entre Châtelet-les-Halles et Gare de Lyon. Les trois quarts des trains doivent circuler sur les lignes A, E, N et P, deux tiers sur les lignes C, H, J et L, et la moitié du service habituel pour la partie SNCF du RER B (au nord). La RATP table, elle, sur un trafic «quasi normal» sur le RER A et sur 2 trains sur 3 sur sa partie du RER B (au sud).
Place de la Concorde, on prépare un bûcher pour le 49.3. Devant le cordon de policiers place de la Concorde, qui sépare les manifestants de l’Assemblée nationale, on a formé un gros tas fait de planches, de poubelles et de plots. Au milieu, une pancarte «49.3 ta mère» a été posée et un portrait d’Emmanuel Macron, dont la tête a été désolidarisée du buste. Autour, le vent fait flotter les drapeaux des syndicalistes de la RATP. Peter Pan de Diam’s passe en fond sonore. Un représentant des cheminots prend la parole : «La seule force des manifestants, c’est la grève. Il faut qu’elle se généralise partout. Pour revenir a une retraite à 60 ans, 55 ans pour les métiers les plus pénibles. Et aussi pour faire augmenter les salaires qui ne suivent pas l’inflation. 49.3 ou pas, c’est pas terminé, on va rien lâ cher». Par notre journaliste Julien Lecot.
Elisabeth Borne a déclenché le 100e 49.3 de la Ve République.
— Libération (@libe) March 16, 2023
Son gouvernement se place déjà comme le 2eme plus gourmand en la matière.
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Le 49.3 met de l’huile sur le feu des AG étudiantes. A Strasbourg, Lille, ou Besançon, des cortèges surprises d’étudiants se sont formés après l’annonce de l’utilisation du 49.3 par le gouvernement pour passer sa réforme des retraites. «Il y a avait beaucoup d’assemblées générales prévues, et on voit des débrayages et des manifestations sauvages qui s’organisent un peu partout», témoigne Eléonore Schmitt, porte-parole du syndicat l’Alternative. A Paris, la manifestation autorisée jusqu’à la place Vauban a poussé jusqu’à la Concorde. «Le gouvernement joue avec le feu. Il veut voir si la mobilisation est suffisamment importante pour le faire reculer. Il durcit sa politique, nous on durcit le mouvement. Des occupations sont déjà en train de s’organiser.» Du côté des établissements, aussi, le 49.3 a fait réagir les présidents. Certaines universités ont fermé cet après-midi pour éviter de devenir la cible des militants.
Sur le port de Marseille, après le déclenchement du 49.3 : «Ce n’est pas une victoire, mais c’est loin d’être une défaite». Il est presque 17 heures et Pascal Galéoté, le délégué CGT des portuaires, vient de terminer sa réunion en visio avec la fédération nationale. «Ce 49.3, c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux, lance-t-il. C’est une annonce de faiblesse, la démonstration d’un gouvernement aux abois, malgré toutes ses tentatives pour convaincre les députés. Ça veut dire que le rapport de force a marqué les esprits. Ce n’est pas une victoire, mais c’est loin d’être une défaite.» Un temps politique inédit, qui mérite d’être analysé avant de décider de la suite de la mobilisation, dont la poursuite ne fait pas débat. Ce soir, comme prévu, l’opération «ports morts» sera levée. La porte 2C, point de ralliement, continuera en revanche à être occupée. «L’activité reprend, jusqu’à quand on ne sait pas, résume le syndicaliste. D’ici à la fin de la semaine, des choses vont se passer. On est dans le point de bascule du conflit. En tout cas, ce n’est pas fini.» Par notre journaliste Stéphanie Harounyan.
Et voilà, Elisabeth Borne a donc eu recours au 49.3 toutes les 648h en moyenne depuis sa nomination à Matignon pic.twitter.com/WRt1jXX9Rg
— Etienne Baldit (@EtienneBaldit) March 16, 2023
«La GUERRE est déclarée». Au retour d’une action sur le site de stockage de gaz de Beynes, dans les Yvelines, on discute dans une voiture avec trois militants de la CGT Enedis d’Arcueil. Les suites de la mobilisation, la séquence politique. On diffuse en direct le discours d’Elisabeth Borne en haut-parleur. Des rires énervés succèdent aux soupirs à mesure que la Première ministre défend une ultime fois son texte. A l’annonce du 49.3, ils s’emportent : «On va voir si les députés LR vont assumer et faire passer la motion de censure.» Sur le parking de l’agence Enedis, on demande à Frédéric Probel, délégué CGT Energie dans l’ouest francilien, ce que va changer ce 49.3 : «Ça va remotiver tout le monde pour demain, en espérant juste que l’on ne se fasse pas déborder par ceux qui sont le plus énervés.» Il regarde son portable : «Tiens, c’est ce que je te disais.» Puis nous montre une boucle WhatsApp d’agents : «La GUERRE est déclarée», écrit l’un d’eux. Par notre journaliste Damien Dole.



