Menu
Libération
LIVE
terminé

Réforme des retraites, 24 mars : le Conseil de l’Europe s’alarme d’un «usage excessif de la force» en France

Manifestations nocturnes, incendies de poubelles tous azimuts, appels au rassemblement devant la plus grande raffinerie de France, réactions politiques : la mobilisation contre la réforme des retraites ne faiblit pas.

Paris, le 23 Mars. Manifestations contre la réforme des retraites. (Boby/Libération)
Publié le 24/03/2023 à 9h05, mis à jour le 24/03/2023 à 18h16

En résumé

- La visite de Charles III prévu ce dimanche est reportée. Selon l’Elysée, ce report est une décision conjointe entre les deux pays mais Londres explique que c’est à la demande de la France. Une humiliation pour Emmanuel Macron.

- La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, s’est alarmée vendredi d’un «usage excessif de la force» envers les manifestants contre la réforme des retraites, appelant la France à respecter le droit de manifester.

- Le patron de la CFDT Laurent Berger appelle à mettre la réforme «en pause» pendant six mois. Il appelle «à l’apaisement».

Le 24/03 à 21H02

Face à Macron, son désordre, nos idées. Philosophes, écrivains, artistes, parlent à Libé.

Le 24/03 à 19H54

Des médias publient un enregistrement choquant de policiers de la Brav-M. C’est un enregistrement qui illustre les violences policières en marge des manifestations contre la réforme des retraites. Dans un document sonore que le Monde s’est procuré et que Loopsider diffuse, on entend des policiers de la Brav-M menacer, humilier et dire des remarques et insultes homophobes à un jeune homme interpellé lundi. «Tu sais, moi je peux venir dormir avec toi si tu veux…» dit un policier. Le jeune homme rétorque : «Eh ben on y va.» «Et c’est le premier qui bande qui encule l’autre», répond le policier. A cela s’ajoute dans cet audio enregistré par l’un des 7 interpellés lundi soir aussi des «blagues» sur son origine tchadienne et une possible obligation de quitter le territoire. A la fin de l’enregistrement, les policiers sont appelés sur une autre intervention. «T’as de la chance, dit l’un d’entre eux, on va se venger sur d’autres personnes.» Interrogé sur France 5, Laurent Nunez, le préfet de Paris, se dit «très choqué» et annonce saisir l’IGPN.

Le 24/03 à 19H28

La raffinerie Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon sera à l’arrêt samedi faute de brut. La raffinerie Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), dont les expéditions de carburants sont bloquées pour protester contre la réforme des retraites, va être contrainte de stopper sa production à compter de samedi, faute de pétrole brut à raffine. «Comme le mouvement a été reconduit à la CIM (Compagnie industrielle maritime), sur le dépôt pétrolier du Havre, il n’y aura pas d’alimentation en brut sur la raffinerie de Gravenchon ce qui va entraîner l’arrêt des installations demain», a déclaré Christophe Aubert, délégué CGT Esso-ExxonMobil, confirmant une information de BFM-Normandie. «On est contraint d’arrêter la production de carburants par manque d’alimentation de brut. On commence les phases d’arrêt demain», a confirmé la direction du groupe. Elle a rappelé que la raffinerie représente 20 % de la capacité de raffinage en France. «Ca va s’arrêter et pour pouvoir redémarrer, il faut compter dix jours à compter de la réception de brut», a ajouté Christophe Aubert.

Le 24/03 à 18H24

Face à «la répression du mouvement social», les députés insoumis en appellent aux Nations Unies. Se basant sur «les nombreuses images de la répression et des violences policières perpétrées lors de diverses manifestations», et les «centaines de personnes interpellées et placées en garde-à-vue sans motif», le groupe des députés insoumis à l’Assemblée nationale promet dans un communiqué de transmettre au Comité des droits de l’Homme des Nations Unies «dans les semaines qui viennent» un rapport «sur la répression à l’œuvre». Les députés ont annoncé également dans le même communiqué inviter le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion pacifique à se rendre en France «afin d’évaluer la législation, les politiques, les pratiques policières et judiciaires en matière de maintien de l’ordre», dans le cadre des manifestations en cours contre la réforme des retraites.

Le 24/03 à 18H14

Annulation de 20 % des vols à Paris-Orly, Marseille, Toulouse et Bordeaux en début de semaine. La direction générale de l’Aviation civile a demandé vendredi aux compagnies aériennes d’annuler 20 % de leurs vols à Paris-Orly, Marseille, Toulouse et Bordeaux mardi et mercredi en raison d’une grève de contrôleurs aériens. Des réductions de programmes, pour mettre en adéquation les volumes de vols et le nombre de contrôleurs aériens à leur poste et éviter des perturbations encore plus importantes, sont déjà en place depuis plusieurs jours. L’administration avait déjà prévenu que des annulations auraient lieu tout le week-end et lundi, avant une nouvelle journée de mobilisation nationale prévue mardi, à l’appel de l’intersyndicale.

Le 24/03 à 18H08

Le Conseil de l’Europe s’alarme d’un «usage excessif de la force» en France. La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, s’est alarmée vendredi d’un «usage excessif de la force» envers les manifestants contre la réforme des retraites, appelant la France à respecter le droit de manifester. «Des incidents violents ont eu lieu, parmi lesquels certains ont visé les forces de l’ordre», a déclaré la Commissaire dans un communiqué. «Mais les actes de violence sporadiques de certains manifestants ou d’autres actes répréhensibles commis par d’autres personnes au cours d’une manifestation ne sauraient justifier l’usage excessif de la force par les agents de l’Etat. Ces actes ne suffisent pas non plus à priver les manifestants pacifiques de la jouissance du droit à la liberté de réunion», a-t-elle poursuivi.

Le 24/03 à 18H07

Améliorations à la SNCF, mais toujours des perturbations. Le trafic des grandes lignes, des TER et des trains de la banlieue parisienne doit connaître une amélioration avec 3 TGV sur 4 en circulation ce week-end. SNCF Voyageurs prévoit de maintenir vendredi les trois quarts des TGV Inoui et Ouigo, la moitié des Intercités et les trois quarts des TER, indique un porte-parole. Aucun train de nuit ne roulera, et le trafic sera «normal ou quasi normal» pour Eurostar et Thalys. Sur le réseau ferroviaire francilien, la circulation des trains s’améliorera nettement, les lignes C et R restant les plus perturbées avec 1 train sur 2. Toujours en Ile-de-France, la RATP prévoit un trafic normal sauf sur sa partie du RER A samedi, où il devrait être «quasi normal».

Le 24/03 à 17H46

Il faut cesser les «violences policières contre les journalistes», réclame RSF. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) appelle le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à «mettre fin aux violences policières contre les journalistes» lors des manifestations contre la réforme des retraites. Dans un communiqué, RSF demande «de rappeler aux forces de l’ordre leur obligation de respecter le droit des journalistes et de les protéger». Les journalistes couvrant ces rassemblements ont fait «l’objet de nombreuses interpellations arbitraires, agressions et intimidations de la part des forces de l’ordre», bien qu’ayant tous été «clairement identifiés» comme professionnels de la presse, souligne l’ONG de défense de la liberté de la presse. «Ces différents incidents vont à l’encontre» du schéma national de maintien de l’ordre (SNMO), adopté en décembre 2021, ajoute RSF, rappelant que, selon celui-ci, la présence des journalistes «revêt une importance primordiale» et «permet de rendre compte des opinions et revendications des manifestants […] ainsi que de l’intervention des autorités publiques et des forces de l’ordre».

Le 24/03 à 17H27
Le 24/03 à 16H59

L’impact économique des manifestations inquiète les commerçants. Les Chambres de commerce et d’industrie (CCI France) déplorent l’impact économique des manifestations «violentes» et des «blocages» sur l’activité des commerces. La dégradation des boutiques est «inacceptable» et «répréhensible», écrivent les organisations dans un communiqué. «Alors que des tensions et des heurts apparaissent dans plusieurs villes de France, les troubles et les blocages impactent l’activité des commerçants alors même que leur situation reste fragilisée dans un contexte économique délicat», dénonce CCI France. «Nos commerçants ne peuvent pas se permettre de baisser le rideau», affirment encore les Chambres de commerce. En France, le commerce de proximité représente 634 000 entreprises pour 3,5 millions d’emplois. Mercredi, la Confédération des petites et moyennes entreprises déclarait que «le spectacle des troubles ou des blocages, en marge de manifestations responsables et pacifiques, inquiète les chefs d’entreprise qui craignent qu’une forme de désordre s’installe».

Le 24/03 à 16H19

Macron ne cédera «rien à la violence». «Face aux violences, que je distingue des manifestations, nous continuerons à avoir la plus grande fermeté. Je condamne les violences auxquelles nous avons pu assister (jeudi), j’appelle chacun à la responsabilité, et j’assure de mon soutien les forces de l’ordre qui ont fait un travail exemplaire», a souligné le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse à Bruxelles. «Nous ne céderons rien à cette violence. En démocratie, on n’a pas le droit à la violence», a-t-il ajouté. «Pour le reste, nous continuons d’avancer, le pays le mérite, en a besoin», a-t-il dit, affirmant : «le pays ne peut pas être à l’arrêt. Nous avons des tas de défis».

Le 24/03 à 16H08

Adèle Haenel du côté des grévistes normands. Devant la raffinerie de Normandie, plusieurs personnalités comme le rappeur havrais Médine ou le philosophe Frédéric Lordon sont venus soutenir les grévistes devant le site. L’actrice Adèle Haenel a également pris la parole : «Je suis venue ici en tant que féministe, en tant que lesbienne aussi. Je suis venu pour un message fort, si on est unis comme ça sur les points chauds, comme ici, on peut gagner. En tant que féministe aussi, on est bien au courant que le gouvernement n’en a rien à foutre de nous, que ça sert à rien d’envoyer des lettres. Ce qu’on veut, c’est imposer un rapport de force, et c’est ce qui est en train de se jouer ici avec les raffineurs. C’est pour ça qu’on est venu, et j’espère qu’on sera là en masse, sur tous les rassemblements, sur tous les points chauds, sur tous les piquets, car c’est là que cela va se gagner».

Le 24/03 à 15H45

Des renforts venus de Paris à Gonfreville-l’Orcher.

Le 24/03 à 15H27

Inflexion présidentielle ? Pas du tout. En se disant «à la disposition de l’intersyndicale» sur un nombre restreint de sujets («usure professionnelle», fins de carrière, rémunérations…) mais pas sur la réforme des retraites, qui est désormais aux mains du Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron ne fait que retendre les grosses perches qu’il avait déjà tendues durant son entretien télévisé de mercredi. Jeudi, au départ du cortège parisien, les responsables syndicaux n’étaient pas dupes. «Vous imaginez bien que s’il y avait une discussion entre le président de la République et les responsables des organisations syndicales, nous discuterions aussi des retraites», a ainsi affirmé Laurent Berger (CFDT). Son homologue de la CGT, Philippe Martinez, se montrait plus catégorique : pour que les syndicats renouent le dialogue, «il faut qu’il retire sa loi», a-t-il dit. Une ligne partagée par Frédéric Souillot, de FO. Par Frantz Durupt.

Le 24/03 à 15H18
Le 24/03 à 15H12

La production va s’arrêter à la raffinerie de Port Jérôme. La raffinerie ExxonMobil de Port-Jérôme-sur-Seine en Seine-Maritime va arrêter la production à partir de samedi. L’usine a ses cuves à sec depuis jeudi soir. Les salariés de la CIM, d’où arrive le brut, ont reconduit leur grève jusqu’à lundi 19 heures. «Les opérations d’arrêt vont donc commencer samedi», a expliqué à Libération Germinal Lancelin, délégué syndical CGT à la raffinerie ExxonMobil.

Le 24/03 à 14H55

Trois salariés de la raffinerie TotalEnergies de Donges réquisitionnés. En grève depuis le 7 mars contre la réforme des retraites, trois salariés de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) ont été réquisitionnés ce vendredi, selon la CGT et la CFDT. Le délégué syndical CFDT Adrien Vaugrenard précise que l’objectif de ces réquisitions est d’envoyer du carburant par pipeline à Vern-sur-Seiche, un dépôt de carburant qui alimente notamment la Bretagne, où la pénurie de carburant est conséquente. Une centaine de personnes escortaient en début d’après-midi les salariés réquisitionnés dans l’enceinte de la raffinerie. Devant la raffinerie de Loire-Atlantique, quelque 200 personnes sont actuellement rassemblées, ajoute Presse Océan. «Le mouvement prend un autre essor, dit Fabien Privé Saint-Lanne, secrétaire CGT à la raffinerie. Le sujet n’est plus la réforme des retraites mais le maintien de Macron.» Et le délégué d’ajouter : «Aujourd’hui, ils veulent supprimer le droit de grève.» Une AG doit décider de la suite à la raffinerie de Donges.

Le 24/03 à 14H45

Pour Macron, le «pays ne peut pas être à l’arrêt». Malgré les fortes mobilisations contre sa réforme des retraites observées jeudi, Emmanuel Macron ne compte toujours pas dévier de sa ligne. «Nous continuons d’avancer», a-t-il affirmé depuis Bruxelles ce vendredi après-midi estimant que «le pays ne peut pas être à l’arrêt». «Nous avons un agenda, il va continuer d’avancer. Face aux violences, nous continuerons aussi à avoir la plus grande fermeté», a-t-il également prévenu.


Le 24/03 à 14H30

Le report de la visite de Charles III ? Du «bon sens» selon Macron. A Bruxelles pour le Conseil européen, Emmanuel Macron est logiquement revenu sur le report de la visite du roi Charles III en France annoncée quelques heures plus tôt. «C’est une réponse de bon sens. Je crois que vous voyez la situation liée aux manifestations en raison de la réforme des retraites en France. […] Nous ne serions pas sérieux, ou ne manquerions d’un certain bon sens à proposer à sa Majesté le roi et à la reine consort de faire une visite d’Etat au milieu des manifestations […] Le bon sens et l’amitié nous conduisent à proposer un report. Ce qui aurait été détestable aurait été maintenir comme si de rien n’était avec des incidents à la clef», a-t-il expliqué. Le chef d’Etat a évoqué la fixation d’une nouvelle date «au début de l’été».

Dans la même rubrique