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Niveau de vie

En vingt ans les plus riches sont devenus plus riches, selon l’Insee

Dans son portrait social annuel publié mardi, l’Institut national de la statistique et des études économiques révèle l’augmentation du niveau de vie des plus aisés. Le versement des dividendes et la baisse de leur taux d’imposition ont boosté les plus hauts revenus entre 2003 et 2022.

«Plus de banques, moins de saltimbanques.» Lors d'une manifestation satirique contre les ultrariches, à Toulouse, le 9 novembre 2025. (Pat Batard/Hans Lucas. AFP)
Publié le 18/11/2025 à 19h48

Les revenus des plus aisés s’envolent pendant que le taux de pauvreté grimpe. Cet été déjà, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) constatait le creusement de la fracture sociale, pointant une hausse du niveau de vie médian en 2023 qui bénéficiait aux plus aisés, alors que celui des ménages les plus modestes reculait. Cette fois, dans son portrait social publié mardi 18 novembre, l’Insee observe une augmentation du revenu moyen des foyers à très hauts revenus entre 2003 et 2022, bien plus rapide que pour tous les autres.

De qui parle-t-on ? Ces 40 700 foyers fiscaux au niveau de vie élevé appartiennent aux 0,1 % les plus aisés de la population en matière de revenu déclaré. Ils sont le plus souvent franciliens, urbains et mariés ou pacsés et gagnent en moyenne 1 million d’euros par an (c’était deux fois moins vingt ans plus tôt). En 2003, ces très hauts revenus gagnaient 21 fois plus que les autres foyers. En 2022, c’était 31 fois plus.

Le revenu des plus aisés a augmenté plus vite que celui des autres foyers fiscaux

A la fin de la période étudiée par l’Insee, ces foyers totalisent un revenu de 42 milliards d’euros, soit plus de 3 % du revenu de l’ensemble des foyers fiscaux en France. «Au début des années 2000, ils représentaient un total de 2 %, ça correspond à un point de plus en vingt ans», compare Thomas Laurent, responsable du pôle statistique à la Direction générale des finances publiques. Concrètement, entre 2003 et 2022, le revenu moyen des foyers à très hauts revenus a plus que doublé. «Alors que le revenu moyen du quart des foyers fiscaux les plus modestes a augmenté d’un peu plus de 20 % seulement», souligne Thomas Laurent. Si cet écart est constaté sur l’ensemble des revenus de ces foyers (qui comprend les salaires, les pensions, les bénéfices ou encore les dividendes), cette trajectoire s’observe aussi si l’on se concentre sur la seule évolution des salaires, «ceux des très hauts revenus ont davantage augmenté que les salaires des autres foyers fiscaux», détaille Thomas Laurent. «D’ailleurs, ceux qui font partie de la tranche des très hauts salaires en faisaient déjà partie il y a quinze ans», ajoute-t-il, précisant qu’en toute logique ceux qui perçoivent les salaires les plus élevés conservent souvent leurs postes.

Des revenus boostés par les dividendes

Quant à l’ensemble des revenus des autres foyers fiscaux, s’ils augmentent moins vite, c’est en partie parce qu’ils sont pour l’essentiel composés de salaires ou de pensions de retraite qui «sont moins dynamiques que les capitaux mobiliers», explique le statisticien. Autrement dit, les salaires et les pensions augmentent moins que les dividendes perçus par les plus riches. Ces derniers ont vu leur ressource progresser grâce à des revenus issus d’activité «plus risquées», en particulier celles des capitaux mobiliers et des revenus fonciers. En fait, en plus d’être très dynamique, entre 2003 et 2022, la part de ces capitaux mobiliers a augmenté pour représenter près de la moitié des sources de revenus des foyers fiscaux les plus aisés.

Les plus aisés ont moins payé d’impôts

Un autre levier a permis à ces très hauts revenus de gonfler : la baisse du taux moyen d’imposition. Ce taux est passé de 29,2 % en 2003 à 25,7 % en 2022, soit une baisse de 3,5 points. Plusieurs réformes ont contribué à la baisse du pourcentage auquel la dernière tranche du revenu d’un contribuable est imposable, «dont la réforme faisant passer ce taux de 48,09 % en 2006 à 45 % en 2012», explique le chef du département des ressources et des conditions de vie des ménages à l’Insee, Michel Duée. La mise en place du prélèvement forfaitaire unique en 2018 qui s’applique au revenu du capital a aussi bénéficié aux très hauts revenus. Avec un taux global de 30 % qui ne prend ni en compte la tranche d’imposition ni le revenu fiscal, cette «flat taxe» a été créée pour alléger la fiscalité de l’épargne. Pour autant, la part de ces 0,1 % dans le total de l’impôt sur le revenu a grimpé, de 10,5 % en 2003 à 13,1 % en 2022. Au total, les 10 % des foyers percevant les plus hauts revenus contribuent à 75 % de l’impôt sur le revenu.

Mise à jour le 19 novembre à 17h30 : correction de la dernière phrase de l’article, qui comportait une erreur sur la contribution des foyers touchant les plus hauts revenus à l’ensemble de l’impôt sur le revenu.

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