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Big deal

Le pionnier du streaming Netflix va racheter le géant du cinéma Warner Bros, pour près de 83 milliards de dollars

Longtemps mené par la Paramount Skydance aux affiliations trumpistes, le bal du rachat de l’un des studios historiques d’Hollywood a finalement tourné en faveur de la plateforme dont les dirigeants ne croient pas au cinéma en salles.

Un bâtiment de Netflix à Los Angeles le 2 décembre 2025. (Mike Blake/REUTERS)
Publié le 05/12/2025 à 10h39, mis à jour le 05/12/2025 à 13h15

Le deal va provoquer une secousse tellurique dans les collines d’Hollywood. La plateforme de streaming Netflix va racheter l’un des géants historiques du cinéma, Warner Bros Discovery (WDB). Le montant de l’opération s’élève au total à 82,7 milliards de dollars, d’après le communiqué conjoint des deux firmes publié ce vendredi 5 décembre à la mi-journée.

En faisant main basse sur la Warner, Netflix va s’adjoindre un immense catalogue de films mais aussi le prestigieux service de streaming HBO Max, qui contient notamment des classiques comme les séries The Sopranos et Friends, ou encore la saga de films Harry Potter. Le géant du streaming pourrait alors envisager de proposer une offre groupée à ses abonnés.

Après avoir déjà réhaussé à deux reprises ses propositions soumises au conseil d’administration de Warner Bros ces dernières semaines, le groupe fondé par Reed Hastings va verser 27,75 dollars par action à WBD, valorisant l’entreprise à 72 milliards de dollars, hors dette. Jusqu’à présent, aucune offre n’aurait atteint les 30 dollars par action espérés par le patron de Warner Bros Discovery, David Zaslav, qui valorisait son groupe environ 74 milliards de dollars.

En juin, la Warner avait annoncé son intention de séparer ses divisions streaming et studios en deux sociétés distinctes cotées en Bourse. «Cette séparation devrait maintenant être achevée au troisième trimestre 2026, avant la finalisation de cette transaction», selon le communiqué commun publié ce vendredi.

Des fidèles de Trump à la tête de la Paramount

D’autres mastodontes du secteur s’étaient par ailleurs positionnés dans cette bataille : le câblo-opérateur Comcast et la nouvelle entité Paramount Skydance, née du rachat du premier par le second, finalisé début août. L’hypothèse Paramount Skydance suscite de vives inquiétudes, du fait de l’identité de son nouveau PDG : David Ellison. Son père, Larry, affiche une grande proximité, notamment idéologique, avec Donald Trump. De quoi accroître encore un peu plus la bascule conservatrice d’Hollywood.

Cet accord entre Netflix et Warner Bros dépasse la plus grosse opération de consolidation dans le domaine du divertissement depuis le rachat de Fox par Disney, pour 71 milliards de dollars en 2019. La bataille du streaming et la décroissance de la télévision traditionnelle entraînent des réorganisations stratégiques majeures chez les grands acteurs américains. Pour rivaliser avec Netflix et Disney, les concurrents cherchent à s’unir pour se renforcer dans le streaming et améliorer leur rentabilité.

Néanmoins, selon le New York Post, des responsables de la Maison Blanche se seraient inquiétés de la possible acquisition de Warner Bros par Netflix qui pourrait, selon eux, conférer à la plateforme vidéo une position dominante sur le marché américain des contenus. La décision pourrait revenir au département de la Justice, sous la coupe de Donald Trump.

Un groupe d’acteurs hollywoodiens importants - dont les noms n’ont pas été dévoilés - avait également envoyé une lettre ouverte au Congrès, pour alerter sur «un effondrement économique et institutionnel potentiel à Hollywood si Netflix parvient à acquérir Warner Bros», rapporte le magazine américain Variety. James Cameron avait quant à lui pris position publiquement, dans le podcast The Town mis en ligne ce vendredi. Le célèbre réalisateur estime qu’une absorption par Netflix «serait une catastrophe», du fait des récentes déclarations du DG de la plateforme de streaming, Ted Sarandos, qui ne voit guère d’avenir pour le cinéma en salle. Toutefois, d’après le New York Times, la proposition de Netflix inclut un engagement à continuer de diffuser les films Warner en salle. «Notre mission a toujours été de divertir», commente Sarandos dans le communiqué ce vendredi.

Un analyste du cabinet Emarketer, Jeremy Goldman, avait synthétisé dans une note l’enjeu de ce rachat : «Le vainqueur va orienter la manière dont les plus gros films d’Hollywood sont distribués».

Mise à jour à 13 h 15, avec l’ajout de l’officialisation du rachat de Warner par Netflix.
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