Quel gouvernement, dépourvu de majorité à l’Assemblée qui plus est, aurait envie d’affronter une mobilisation massive des étudiants à un an d’un scrutin présidentiel ? Pas celui de Sébastien Lecornu, qui fait savoir au Parisien qu’il n’a pas la moindre intention de reprendre à son compte la dernière idée du Medef au sujet de l’emploi des jeunes. Matignon explique «avoir découvert comme tout le monde», dans la presse donc, cette piste de réflexion patronale : créer un cadre légal dans lequel le contrat d’un jeune salarié peut être rompu sans motif durant les trois premières années.
Cette proposition, qui figure dans un document distribué la semaine dernière aux organisations patronales et syndicales en vue d’une future négociation sur l’emploi des jeunes, n’est «aucunement à l’ordre du jour du gouvernement», dit Matignon. On comprend les réticences : l’idée du Medef ressemble fort à un retour du contrat première embauche, mieux connu sous son acronyme «CPE», en pire puisque comme l’a rappelé Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, sur France 2 ce lundi matin, «la période d’essai était de deux ans».
Le CPE avait enflammé l’atmosphère sociale en 2006, quand le gouvernement de Dominique de Villepin avait voulu le mettre en place. Un très large mouvement étudiant et syndical s’était élevé contre le dispositif, occasionnant trois mois de grèves et de manifestations et des blocages d’universités pendant plusieurs semaines. La loi avait été promulguée par le président Chirac, mais le CPE immédiatement retiré.
Hautement improbable
En réalité, la fin de non-recevoir de Matignon ne mange pas de pain. Le Medef ayant formulé cette idée en vue d’une négociation paritaire qui n’a même pas démarré, le gouvernement n’aurait pas eu à se prononcer dessus avant un bon moment. La situation la plus embarrassante pour lui serait que la négociation débouche sur un accord autour de ce «contrat jeunes», car il faudrait alors le transposer dans la loi. Mais cette issue est hautement improbable, vu le front syndical qui ne manquerait pas de se mettre en place. La CGT a déjà prévenu qu’elle ne participerait pas à une négociation partant sur cette base.
Le Medef lui-même apparaît embarrassé par l’ampleur qu’a prise la polémique, et répète qu’il ne s’agit que de «propositions pour nourrir le débat». Si son idée n’a à peu près aucune chance d’être concrétisée dans l’immédiat, elle alimentera probablement la campagne présidentielle. Et c’est peut-être bien son véritable objectif.




